Il a été animé par l’association El Athar Castellum Tingitanum

Dans le cadre du mois du patrimoine, l’Association «El Athar Castellum Tingitanum» a organisé un séminaire portant sur les voies et moyens de valoriser le patrimoine culturel qui doit, à l’instar des autres secteurs, devenir attrayant et fréquentable, résorber le chômage et créer de la richesse. La rencontre s’est déroulée au sein du musée national Abdelmadjid Meziane du 6 et 7 mai dernier.

Le séminaire qui a regroupé des universitaires de Tiaret, Mascara, Alger et Chlef qui ont animé des  conférences affluant tous vers la valorisation économique du patrimoine. Les conférences se sont étalées durant les matinées du 6 et du 7 mai. L’après-midi du 6 mai a été consacré à une visite du patrimoine culturel de Labiodh Medjaja, la Zaouïa et la maison du Cadi.

La première conférence a été donnée par le président de l’association El Athar Castellum Tingitanum qui a participé à l’appel à propositions pour le renforcement du mouvement associatif algérien. C’est un programme qui s’insère dans le cadre du programme d’appui à la protection et valorisation du patrimoine culturel en Algérie. Le programme en question s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre l’Union européenne, représentée par la Commission européenne et l’Algérie, représentée par le ministère de la Culture, suite à la signature d’une convention de financement et c’est ce dernier qui suit les projets obtenus par les associations. L’Association El Athar Castellum Tingitanum fait partie des 18 associations qui ont obtenu des projets au niveau national et le sien s’intitule «Revalorisation et mise en valeur de trois sites historiques d’époques différentes.» Il s’agit de la vieille ville de Ténès, de la Nécropole phénicienne et de Timici, la ville romaine d’Ouled Abdallah à Taougrite. Plusieurs partenaires de l’action sont déjà répertoriés. Il s’agit d’abord de la direction de la Culture, le musée national Abdelmadjid Meziane, l’université par le biais de ses départements d’histoire et d’archéologie, la direction du tTourisme, la direction de la Formation professionnelle, la direction de l’Education et la chambre de l’artisanat et des métiers. L’apport de l’ANGEM sera également le bienvenu dans la mesure où la mise en valeur des trois sites implique la mise en place d’un mini-circuit touristique reliant les trois sites. Au niveau de chaque site, il doit y avoir un ou plusieurs commerces dont au moins un doit être confié à un artisan qui y exposera les bibelots de la région à l’effigie du site culturel concerné.

Un riche patrimoine lexical et linguistique

Les deux conférences suivantes qui ont été programmées pour la matinée du 6 mai 2016 concernent «le patrimoine et sa relation avec la modernité» de M. Adda Fellahi, ancien conseiller du ministre des Affaires religieuses et «le patrimoine immatériel» de l’érudit Ould Azzouz Yacine. M. Fellahi pose la problématique de la mise en valeur de notre patrimoine immatériel et considère que la lutte pour la préservation du patrimoine culturel a plusieurs facettes.

La conférence de M. Ouled Aziz Yacine porte son regard sur un patrimoine immatériel très diversifié. L’orateur met l’accent sur la littérature et notamment l’art de la littérature, c’est-à-dire la poésie qui a joué un rôle très important dans les temps reculés de l’histoire de l’Algérie et jusqu’à nos jours ainsi que toutes les expressions artistiques qui ont coloré et ornementé le paysage culturel et même civilisationnel». Ce patrimoine immatériel littéraire qu’il définit comme étant le «Melhoun», doit être pris en considération parce qu’il exprime une valeur référentielle pour le sociologue. Pour M. Ouled Aziz, nous sommes détenteurs de quatre langues ou quatre registres lexicaux, à savoir, la francophonie, la langue arabe, le Melhoun et le Tamazigh, et que cette variété linguistique ne peut qu’enrichir le patrimoine d’une civilisation. «Il faut savoir, dit-il, créer une harmonie entre les quatre expressions lexicales, les quatre expressions linguistiques afin de mettre en évidence et en exergue, une pensée civilisationnelle commune et restructurer la civilisation qui n’existe pas encore. Faisons un effort de faire renaitre la civilisation algérienne qui est bien entendu une civilisation arabo-islamique ou alors islamo-arabe».

La visite de la zaouïa de Sidi M’hamed Ben Ali à Medjadja a démarré par le rituel soufi qui est incarné par la psalmodie d’une incantation rituelle scandée par les fidèles désirant pénétrer dans le mausolée où se trouve la tombe du saint. A l’intérieur, il a été fait la lecture de la sourate «El Molk» (la souveraineté de Dieu sur la création). Nous avons profité de l’occasion pour visiter le nouvel édifice où une grande salle est dédiée aux manifestations religieuses et à la lecture du Coran. La délégation a pris ensuite la direction de la maison du cadi, une vieille demeure située en contrebas de la zaouïa. Elle a servi de lieu de torture durant l’occupation française. Il faudrait faire un dossier de classement afin de l’intégrer au moins dans le sommier local. La matinée du 7 mai fut consacrée aux conférences de M. Elouissi Abdelkader sur les changements climatiques et leurs effets sur le patrimoine, «El Miqradh El Had» où la noblesse de caractère de l’Emir Abdelkader de M. Cherifi Slimane, «Tagdempt, capitale des Rostomides, des Fatimides et de l’Emir Abdelkader, un patrimoine dans l’oubli», de M. Mechtoune Mohamed de Tiaret et, enfin, «Le patrimoine islamique dans la culture algérienne» , de Cheikh Bouguesri Benbrahim de la zaouïa Boudalia Hebria de Mascara.


Ils ont dit :

Slimane Cherifi, président Association Siraj, Mascara :

«Ce qui ressort de la lecture du «Miqradh el had» écrit par l’Emir Abdelkader, c’est cette parfaite maitrise du sujet dans plusieurs disciplines, mais ce qui retient l’attention, c’est lorsqu’il aborde dans sa troisième partie, celle relative à la prophétie et, plus exactement, ce qui a été légiféré dans l’islam comme valeur de loyauté et trahison et ce qui s’ensuit comme vérité et mensonge. J’ai beaucoup apprécié la très belle manière dont il a évoqué la vengeance dans la Bible, le pardon dans l’Evangile pour prouver que l’Islam est venu pour parfaire ce que Dieu le Tout Puissant a décrété dans les anciennes lois religieuses. C’est pourquoi le Prophète Mohammed (S) a dit : «Je n’ai été envoyé que pour parfaire les plus hautes  vertus morales», c’est à dire celles qui se traduisent dans la vérité, la loyauté, la bienfaisance et l’altruisme. Ces qualités s’appellent noblesse de caractère en général.

Les hautes vertus morales se résument en quatre éléments : la sagesse, le courage, la chasteté et la justice, le reste en constitue les démembrements. Donc, celui qui dispose de ces vertus mérite d’être un seigneur parmi ses semblables, un exemple auquel tout le monde obéit et l’imite dans tous les actes. Seuls les prophètes ont pu atteindre le parfait équilibre dans les hautes vertus morales dont le plus parfait est sans équivoque sidna Mohamed (S) qui a dit : «Je n’ai été envoyé que pour parfaire les plus hautes vertus morales » et le Saint Coran en témoigne. Les partisans de cette thèse que ne partage pas d’ailleurs l’ennemi lui-même, ne connaissent pas l’Emir Abdelkader qui a regroupé les quatre éléments des hautes vertus morales à savoir la sagesse, le courage, la chasteté et la justice.

La France elle-même l’a reconnu victorieux aussi bien dans le champ d’honneur que celui de la diplomatie en ce qu’il ne se meut que par ce que lui dicte sa seule et unique référence coranique que son aïeul (s) a été envoyé pour la communiquer, cette référence à juste titre qui souligne que le prophète n’ayant trouvé refuge à la Mecque, il émigra à Médine sur ordre providentiel. C’est exactement la même situation qui a poussé l’Emir à décider d’émigrer à Alexandrie ou Akka, en transcendant l’espace temporel à travers une vision sainte que le temps de la hidjra est arrivé et c’est pourquoi après avoir réuni son conseil, il envoya son émissaire pour informer Lamoricière de l’arrêt des hostilités. La suite est connue, la France décide de l’emprisonner à Toulon au lieu de l’emmener à Akka ou Iskandaria comme le stipule la convention signée par deux chefs d’Etat. L’Emir s’est trouvé à Toulon, en prison, sans qu’il soit vaincu ou capturé ; il est resté cependant serein, patient et confiant en son dieu comprimant sa colère et satisfait de sa destinée.»

 

Abdelkader Elouissi, faculté des Sciences de la Nature et de la Vie, Université de Mascara :

«Le patrimoine est une valeur économique. Les sites patrimoniaux de l’Algérie peuvent substituer une grande partie des entrées de devises liées aux hydrocarbures. Notre patrimoine religieux (Marabouts, Zaouïas etc) peut être un moteur du tourisme religieux. Les sites archéologiques romains, phéniciens, Ottomans et autres sont des mines d’or s’ils sont bien entretenus et bien médiatisés. Cette valeur économique est menacée. Mais avec le changement climatique, cette menace est d’autant plus élevée.

Une bonne gestion de notre patrimoine naturel et culturel est impossible sans prendre en considération les effets du changement climatique sur le patrimoine. L’augmentation de la température prévue d’ici 2100 de 2°C à 6°C bouleversera tous les écosystèmes terrestre… Le bois et les autres matériaux de construction naturels peuvent être attaqués par  de nouveaux ravageurs. La désertification et l’érosion causée par le sel mettent en péril le patrimoine culturel des zones désertiques, comme la Mosquée de Chinguetti en Mauritanie. La migration des populations à cause des sècheresses peut laisser certains sites du patrimoine sans entretien et donc peuvent se détériorer. Plusieurs pays du monde ont pris conscience de ce danger. 72 % (de 83 états) reconnaissent que le changement climatique exerce un impact sur leur patrimoine culturel et naturel. Enfin, des mesures doivent prise immédiatement… Pour le futur, une planification de gestion et d’entretien du patrimoine doit prendre en considération les effets du changement climatique. Selon Martin Parry, qui est co-président du groupe de travail II du GIEC, les responsables politiques doivent envisager des actions immédiates.»

 

Benbrahim Bouguesri, Zaouïa Boudalia Hebria :

«Les zaouïas sont considérées comme des repères patrimoniaux islamiques dans l’Algérie profonde en tissant des liens entre les différentes régions à travers le tourisme cultuels qui prend une dimension culturelle rassembleuse, voire un foyer de rassemblement où se rencontrent   tout ce qui l’accompagne  comme valeurs économiques, culturelles, environnementales et spirituelles par excellence à tous les niveaux. La zaouïa prodigue l’éducation en matière d’esprit de sincérité et le self contrôle (sous l’œil de Dieu) le respect de l’autre qu’il soit humain ou environnement local avec toutes ses dimensions naturelles et universelles».

A. Cherifi