C’est une première, écrit-on en France, après qu’un franco-syrien (on ne savait pas que ça existait dans l’Hexagone), a porté plainte contre X auprès du tribunal de grande instance de Paris pour disparition forcée et torture de son frère en Syrie.

Le plaignant, Mustafa Abdul Rahman, qui ne cache pas ses sympathies pour les groupes islamistes armés syriens, veut connaître la vérité sur la mort de son frère médecin, qui aurait, d’après lui, trouvé la mort dans une prison près de Damas en 2014. Quelles preuves a-t-il pu produire à la justice pour introduire et faire accepter sa plainte ? Personne ne le dit mais peu importe qu’il dispose ou non des documents prouvant ses assertions, l’essentiel est que le régime syrien soit mis au banc des accusés.

Bien entendu, sa plainte a été acceptée dans le fond et dans la forme car il savait d’emblée qu’en s’attaquant au «régime de Bachar Al Assad» (nom quasi-officiel donné par de nombreux journalistes et hommes politiques occidentaux à la république arabe de Syrie), il trouverait une oreille attentive auprès des juges français et d’une partie non négligeable de l’opinion publique de ce pays. Mais pour ce faire, il lui a fallu user de subterfuges juridiques que lui ont soufflé ses avocats français lesquels se sont appuyés sur un arrêt de la cour d’appel de Paris datant du 10 juin dernier. Cet arrêt reconnaît que les proches de victimes de disparitions forcées peuvent être considérées comme victimes directes de traitement inhumain.

Cette décision ne va pas sans provoquer, dans les mois à venir, un véritable rush sur les tribunaux français, et le dépôt de milliers de plainte contre X visant directement des dizaines d’États africains, arabes, européens et même la puissante Amérique.

Mais il ne faut pas rêver : bien qu’elle se targue d’être le pays des droits de l’Homme, la France a aussi de nombreux intérêts qu’elle se doit de préserver, quitte à renier quelques principes de droit en y opposant la raison d’État.

En se saisissant de l’affaire, qui, du reste, n’est pas la première du genre, bien d’autres faits similaires ont été enregistrés dans les tribunaux français ces dernières années, les journalistes n’ont pas oublié l’essentiel de leur mission : casser du sucre sur le dos du régime syrien. Ainsi, l’habituelle litanie d’accusations gratuites et mensongères ressort contre la Syrie officielle. Damas est responsable donc de «crimes de guerre», voire de «crimes contre l’humanité». Plus grave, quelques confrères français affirment que «la grande majorité de ces crimes est commise par le régime» qui, selon eux, serait l’auteur d’«arrestations arbitraires par dizaines de milliers, de torture systématique, de bombardements d’hôpitaux en zone rebelle…» Rien que ça.

Exit donc les crimes commis par les groupes armés contre les populations civiles syriennes, oubliés les massacres collectifs, la liquidation physique de femmes et d’enfants, le martyre des Yazidis, des Kurdes, des Assyriens, des Chrétiens, des Chiites et des laïcs modernistes. Cela sans oublier les tirs aveugles de missiles et roquettes sur les hôpitaux, les écoles, les collèges et les universités, les bombes dans les marchés et les rues commerçantes, le dynamitage des mosquées et des églises, et la destruction systématique du patrimoine culturel.

Il est vrai, pour reprendre les propos de M. Laurent Fabius, l’ancien «ministre français des affaires étrangères israélien», que «le front al Nosra fait du bon boulot en Syrie». Alors, pourquoi se priver du concours des plaignants arabo-français dans la guerre contre ce pays puisque le plus important dans l’affaire est de faire chuter le «régime de Bachar Al assad» pour que vive en paix Israël ce pays démocratique qui défend sa sécurité en larguant des bombes au phosphore sur les populations de Ghaza, qui brise les os des lanceurs de pierre et qui, pour enfoncer la Syrie, n’hésite pas à s’impliquer du côté de Daech en bombardant des positions de l’armée arabe syrienne quand l’avantage lui revient sur le terrain des opérations.

Aux Etats Unis, une affaire similaire vient appuyer la démarche du plaignant franco-libanais. Ainsi, la famille de la journaliste américaine Marie Colvin, tuée dans un bombardement à Homs en 2012, a porté plainte contre le régime syrien de Bachar Al-Assad, le samedi 9 juillet aux Etats-Unis, l’accusant de l’avoir tuée «délibérément et avec préméditation».

Selon la plainte déposée devant un tribunal à Washington, l’armée syrienne aurait intercepté les communications de la journaliste du Sunday Times avant d’envoyer un déluge de bombes sur le lieu où elle se trouvait, un appartement transformé en centre de presse dans le quartier rebelle de Bab Amr. Le photographe français Rémi Ochlik avait également péri dans ce pilonnage survenu le 22 février 2012. Le photographe britannique Paul Conroy, la journaliste française Edith Bouvier et le traducteur syrien Wael Al-Omar avaient été blessés.

Qui veut nous faire croire qu’à cette époque (2012), l’armée syrienne était assez bien équipée pour intercepter ce genre de communications et confirmer la présence de «dangereux journalistes» dont Marie Colvin, dans cet appartement ? Et surtout qu’elle aurait été en mesure d’orienter les tirs de l’artillerie syrienne sur cette cible, au moment où le chaos régnait en Syrie et où l’urgence des autorités en place est de contenir l’avancée des hordes terroristes affluant de tous les coins du globe.

Fidèle à ses convictions politiques et religieuses, le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, avait dénoncé, au lendemain des faits, des «assassinats», assurant «tenir les autorités syriennes pour responsables».

Comme on les avait tenues pour responsable des deux tirs meurtriers de missiles bourrés au gaz sarin, alors que tout le monde savait d’où venaient précisément les tirs.

A.L