Une conférence de haut niveau sur la contribution des acteurs publics dans la consolidation des relations algéro-françaises, qui plus est animée par le conseiller d’une présidente de région en France, dans une petite ville du littoral algérien et en pleine saison estivale, c’est le drôle de pari que s’est lancé M. Mohamed Belhachemi, un «émigré», originaire de la commune de Hadjadj, près de Mostaganem, membre d’une association qui s’évertue à créer des ponts entre les acteurs publics des deux côtés de la Méditerranée, en particulier ceux disposant de la double nationalité.

Pari réussi puisque l’événement a eu lieu le jeudi 28 juillet dernier, réunissant un grand nombre d’invités qui ont effectué le déplacement qui de Mostaganem, qui d’Oran ou de Chlef, et se terminant par une formidable note d’espoir chez tous les présents…

Le sujet est «lourd» selon l’expression même du conférencier, en l’occurrence M. Karim Bouhassoune, qui a été surpris toutefois par la qualité des interventions à la fin de sa prestation. A son sens, évoquer des sujets aussi pointus que celui qu’il a abordé, à savoir quelle pourrait être la contribution des acteurs publics à l’approfondissement des relations entre l’Algérie et la France, ne peut l’être que devant un parterre de «connaisseurs» et dans un lieu autrement plus «important» que la modeste salle de la bibliothèque de Hadjadj.

L’étonnement du co-auteur du livre «Quatre nuances de France» à la rédaction duquel ont participé MM. Xavier Driencourt, Rachid Arhab et Nacer Safer, a été grand : contrairement à ce qu’il s’attendait, lui et les organisateurs, et en dépit de l’apparente indifférence de la population locale, le résultat a été on ne peut plus édifiant eu égard à l’intérêt accordé à ses propos et à la forte participation des gens du cru au débat.

C’est que la ville de Hadjadj, et c’est ce que nous avons constaté de visu, recèle un énorme potentiel humain constitué de hauts cadres et d’intellectuels fortement engagés dans le mouvement associatif. La présence de plusieurs présidents et membres d’associations sportives, culturelles et autres ainsi que du maire de la ville dénote de l’intérêt qu’accordent les habitants de la ville à la chose culturelle.

Et puis, il est tout à fait normal que la ville entière écoute les propos d’un de ses enfants qui a réussi en France et qui, à la sueur de son front, est parvenu à s’extirper du monde la zone, de ces banlieues sordides où tout participe à l’avilissement de l’individu.

Se faire une situation en France quand on est issu de l’immigration et qu’on vit en banlieue a été un des axes sur lequel s’est étalé le conférencier, sachant qu’une forte communauté de gens de Hadjadj et Sidi Ali, la commune voisine, vit à Tours et dans la région parisienne.

Nul doute que le compte-rendu de cette conférence intéressera nos lecteurs ici et ailleurs, en France notamment, qui suivent de près l’évolution des relations entre les deux rives de la Méditerranée à l’heure des grands bouleversements politiques et stratégiques à l’échelle mondiale.

La conférence donnée par Karim Bouhassoune se veut un message d’espoir. Comme les idées développées dans le livre qu’il a co-écrit avec l’ancien ambassadeur de France en Algérie, M. Xavier Driencourt, actuellement inspecteur général du ministère français des Affaires étrangères, Rachid Arhab, journaliste et Nacer Safer, ancien immigré sans-papiers. Un ouvrage sur lequel il va s’étaler tout au long de son intervention dont voici les grandes lignes.

«Le livre «Quatre nuances de la France», sorti en janvier 2016, à Paris, aux Éditions Salvatore, contient plusieurs messages», indique d’emblée M. Bouhassoune.

Au vu de l’état de la situation sociale et politique en France, les quatre auteurs ont estimé en premier qu’un dialogue républicain est nécessaire. A l’origine de ce livre, il y a  d’abord une rencontre entre l’ancien ambassadeur de France en Algérie, M. Xavier Driencourt qui a été présenté à Benhassoune par un ancien client que ce dernier avait dans une entreprise. A partir de là débutera une solide relation entre les deux personnes, Karim avouant que «l’ancien ambassadeur de France m’a aidé pendant ma carrière à rencontrer des personnes ; il m’a aidé en me donnant des conseils, en changeant de métier et puis, à la fin d’un cycle, je lui ai dit que j’avais envie d’écrire un livre sur la question de la banlieue française où il y a beaucoup d’enfants d’immigrés algériens mais aussi des turcs, du Burkina Faso, du Sénégal, de Tunisie. Je  pense que c’est la question politique principale à laquelle doit faire face la France». M. Driencourt  est intéressée par l’idée et se propose alors d’écrire avec lui cet ouvrage en élargissant la thématique à la laïcité, de la religion, de l’immigration et à un certain nombre de questions comme l’ascension sociale des enfants d’immigrés.

L’ex-ambassadeur a proposé à Nacer Safer, qui est un ancien immigré clandestin de se joindre au livre. Nacer a accepté et a demandé conseil à Rachid Arhab. Ce journaliste, ancien directeur politique de France Télévision, est né en Algérie. «On s’est rendu compte qu’on avait tous un lien avec l’Algérie. Rachid Arhab qui devait nous donner des conseils techniques s’est pris au jeu et a commencé à écrire avec nous et ça a donné ce livre de dialogue qui est sorti en janvier 2016».

«Quels sont les principaux messages de ce livre ? D’abord, c’est un livre iconoclaste, qui fait tomber les clichés. Rachid Arhab n’a rien d’un arabe, il ne s’en revendique pas, il ne se considère pas comme Arabe mais comme un berbère, il dit aussi qu’il n’a rien d’un musulman parce qu’il revendique une certaine conception de la vie laïque, il a des convictions, il a des connaissances de l’Islam, mais se revendique comme laïc. Ça fait déjà tomber un cliché

Le deuxième sujet qui fait tomber les clichés, c’est que Xavier Driencourt, l’ancien ambassadeur de France en Algérie, qui est maintenant inspecteur général du ministère des Affaires étrangères, est sorti de sa réserve pour dire sa religion. «Ça ne se fait pas en France, explique Bouhassoune, c’est un haut responsable public qui a été directeur de cabinet de l’ancien Premier ministre, c’est l’une des personnes qui a gouverné la France qui  dit : je suis chrétien catholique pratiquant et donc ça fait tomber des masques en France».

«Le troisième sujet un peu iconoclaste, c’est que moi, Karim Bouhassoune, issu de la banlieue française, qui est un territoire qui fait fuir tout le monde, qui fait peur à tout le monde en France, eh bien, on peut être issu de la banlieue, s’appeler Karim et faire Sciences Po, c’est à dire faire une grande école et réussir. Donc, cela renvoie un autre signal», souligne le conférencier.

Et le dernier signal, c’est Nacer Safer qui est arrivé en France comme étudiant mais qui n’est jamais retourné en Algérie. «Safer est contre le principe de regroupement familial. Ça fait beaucoup de messages donc qui font tomber les clichés», note Bouhassoune qui estime que c’est aussi un signal adressé à nos politiques du fait que le livre est préfacé par Jean Louis Debré, le fils de Michel Debré (l’homme qui a écrit la Constitution française), qui fut ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac et président de l’assemblée nationale, qui est de droite, tandis que l’avant-propos est de Jean Pierre Chevènement, e- ministre de l’Intérieur de Français Mitterrand, un homme de gauche, qui est un très grand ami de l’Algérie puisqu’il préside l’association d’amitié France-Algérie.

Le piège de l’identité

Pour Karim Bouhassoune, le livre dépasse certains clichés, comme la séparation entre la gauche et la droite, tout en étant optimiste car plusieurs pièges tendus par l’actualité, principalement celui de l’identité ont été évités : «C’est un piège dans lequel est tombé, à mon avis, la droite française dans le quinquennat précédent, le débat sur l’identité nationale portait en fait sur l’Islam en France, il était déguisé par un débat sur l’identité nationale». Tout a été mis sur la responsabilité de l’identité alors que les véritables questions en France sont plutôt économiques et sociales, indique le conférencier. Et de poser quelques questions : «Que vont faire les enfants d’immigrés qui ont raté leurs études primaires et au collège ?», «Que fait-on pour les personnes âgées qui sont malades et vulnérables et qui vivent seuls dans des bâtiments ? », «Que fait-on des jeunes sans diplômes d’origine turque, sénégalaise, algérienne, etc., qui quittent le collège sans diplôme ?»

Engagé à gauche, Karim Bouhassoune essaie de défendre une certaine vision de la France. Pour ce faire, il donnera plusieurs conférences pour défendre notamment l’idée d’un ministère des banlieues dont il a chiffré les actions ; ce ministère aurait pour objectifs de lutter contre un certain nombre de problèmes ; «le premier étant l’éducation civique dans les banlieues, ce qui est un vrai problème puisqu’on a arrêté l’éducation civique alors que faire un citoyen c’est investir dans l’éducation physique».

Le deuxième problème a trait à la formation : «Il faut savoir qu’en France il y a 150 000 jeunes par an qui quittent le collège sans diplôme. Si vous faites le calcul, en 10 ans, on a fabriqué 1 500 000 chômeurs, ce qui est énorme. Ce sont des jeunes qui finissent au pied de leur immeuble, et qui dérivent. Ça c’est une véritable bombe à retardement. Je pense avec beaucoup d’autres qu’il faut leur remettre le pied dans la société française grâce à la formation. Cela coûterait un milliard d’euros par an et permettrait à beaucoup de sortir de ce guêpier qui est l’absence de diplôme», souligne M. Bouhassoune.

«Je pense aussi au transport parce que, pour ceux qui connaissent la France, il y a une réalité particulière qui est celle de la banlieue : ce sont de grands ensembles immobiliers, de très grands immeubles, de grandes cités qui font parfois 10 000 habitants d’où il est extrêmement difficile de sortir. Vous, vous êtes ici à Hadjadj, vous avez un centre-ville avec une mairie, une mosquée, une clinique, une route qui traverse le village. En France, il y a des villes qui font plus d’un million d’habitants (Paris c’est 10 millions d’habitants avec la banlieue), il y a des endroits qui sont complètement fermés, enfermés entre une voie de chemin de fer, une ligne à haute tension, une zone d’activités industrielles et puis un fleuve, la Seine par exemple. Je pense à Villejuif, à Vitry-sur-Seine, je pense à Villiers où j’habite, c’est aussi une réalité à Tours, il y a de grands ensembles avec beaucoup de chômage et de criminalité, c’est aussi le cas à Marseille dans les quartiers nord, à Lyon, à Nantes, à Lille, à Bordeaux et j’en passe», explique le conférencier, estimant que «c’est là que réside la priorité politique de la France, parce que c’est là où les détraqués djihadistes viennent recruter les jeunes».

Un problème de représentation politique

Le conférencier met en avant un autre problème, celui de la représentation : représentation des personnes qui vivent dans ces quartiers, dans les entreprises, dans les associations, dans les mairies… «Il y a un système démocratique en France où il y a une tête de liste, ensuite des candidats qui sont sur cette liste et ensuite des élus à la fin en fonction de la répartition. Vous avez des villes comme Villejuif avec un maire, des adjoints, des conseillers municipaux et des élus d’opposition. Le problème c’est qu’en France, ces listes électorales ne représentent pas assez la diversité française, notamment l’importance de la communauté algérienne ou franco-algérienne puisqu’il faut être franco-algérien pour pouvoir exercer ses droits citoyens en France…»

A ce sujet, M. Bouhassoune dit militer pour faire évoluer le droit français afin qu’il puisse y avoir par des nominations -et non par des élections- un certain nombre de représentants d’enfants d’immigrés ou autres, autrement dit des français de souche, qui sont très pauvres et qui n’arriveront jamais à faire une campagne électorale alors qu’ils ont des choses à dire sur leur quartier, sur leur école, sur leur crèche, sur l’accès à la santé…

M ; Bouhassoune résume ainsi les principaux messages du livre : «C’est un livre iconoclaste, un livre optimiste malgré la difficulté de la situation, un livre qui fait en sorte de ne pas tomber dans le piège de l’identité et un livre qui propose des solutions concrètes pour les banlieues».

Relations bilatérales et acteurs publics, quelle contribution ?

Le conférencier aborde ensuite le thème du jour qui est  la contribution des acteurs publics aux relations entre l’Algérie et la France. D’emblée, il note ceci : «Je pense que des gens comme Slimane Abdoun Charef (ancien entraineur de l’ASO Chlef, élu à Vitry sur Seine, Mohamed Belhachemi (organisateur de la conférence, animateur d’une association en France), le maire de Hadjadj, des gens comme moi, peuvent faire beaucoup de choses». «Il y a ce qu’on est en train de faire aujourd’hui, et il reste à inventer beaucoup de choses ensemble entre les acteurs publics français et algériens», ajoute-t-il, en faisant remarquer que les relations entre l’Algérie et la France ne sont pas captives des acteurs publics. Pour lui, on est déjà dans les relations entre la France et l’Algérie sans être des acteurs publics par le seul fait de venir passer des vacances dans le pays de ses origines. Le conférencier donne plutôt de l’importance à ce que peuvent faire les fonctionnaires qui, eux, sont des acteurs publics dont la contribution peut avoir trait aux relations diplomatiques : «Je prends l’exemple de ce livre, nous sommes venus  à l’invitation de son excellence M. Bernard Emié, l’ambassadeur de France en Algérie, à Alger et Oran, pour faire des conférences, là c’est le niveau diplomatique. C’est l’ancien ambassadeur qui a été invité par l’ambassadeur actuel et  j’ai réussi, moi Karim Bouhassoune, c’est à dire quelqu’un comme vous, votre cousin, votre frère, votre neveu, j’ai réussi à entrer dans les bagages et prendre le micro à Alger pour défendre la place des Algériens de France, de l’Algérie en général et des Algériens, et pour essayer de remonter le niveau. Voilà l’une des contributions».

Mr.Bouhassoune évoque aussi les contributions en matière de relations consulaires : «Juste avant de venir, j’ai aidé Mme la consule d’Algérie à Besançon, Amina Laadjel, à organiser à Dijon la fête du 5 juillet qui a coïncidé ave la fête de l’aïd ; cela avec l’aide de la chef de cabinet du maire de Dijon qui, elle aussi, est une franco-algérienne. Voilà des contributions qui sont possibles».

Le conférencier aborde un autre axe, celui de la «coopération décentralisée» : «Nous avons organisé en 2012 avec Assia Meddah, qui est originaire de Tlemcen, un voyage d’élus avec beaucoup d’enfants d’émigrés algériens en Algérie sur le thème de la coopération décentralisée. On a été reçu par le wali d’Alger, par des sénateurs, à l’APC d’Oran, par le maire de Chlef, M. Karim Dziri, à Mostaganem à la chambre d’agriculture. Nous avons fait venir des gens à qui on a fait changer le regard sur l’Algérie, on leur a montré l’Algérie de l’enseignement supérieur etde la recherche scientifique, de l’agriculture, du sport, de la culture et des entreprises.

Le deuxième moyen d’agir, explique-t-il, est d’organiser des voyages d’élus algériens en France pour des jumelages. «Il y a une grande communauté de Hadjadj à Tours et de Sidi Ali en région parisienne ; je pense que si on crée des réseaux et des associations pour peser sur les élus français, on peut faire en sorte que le conseil municipal adopte des jumelages en insistant sur les intérêts mutuels qu’ils peut y avoir», commente-t-il.

Les autres contributions qui existent déjà ont trait aux projets culturels. Pour cela, le conférencier va donner l’exemple du festival «Rivières de sable» organisé à Nevers (dans la Nièvre) alors qu’il était directeur de cabinet adjoint du maire de Nevers, avec le concours du directeur de cabinet du département, Farid Hadjab, un franco-algérien.

Le festival a duré 3 mois et a vu la participation de troupes de chanson chaabie d’Alger qui ont rencontré des troupes de musique traditionnelle de France.

Mieux se connaître pour se comprendre

« C’est grâce aux réseaux associatifs, aux réseaux politiques, aux réseaux économiques, aux réseaux de coopération technique et scientifique et aux réseaux d’amis surtout que cette conférence a été possible», admet le conférencier qui a insisté sur l’utilité de ces derniers dans l’approfondissement des relations entre l’Algérie et la France.

Il se pose aussi la question de savoir qu’est ce qui doit exister comme contribution. Et d’y répondre : «A mon avis, dans l’avenir, il y  un certain nombre de choses pour lesquelles on est encore assez faible : la première des choses, c’est expliquer la société française à l’Algérie ; il y a beaucoup de gens ici qui sont émigrés ou qui ont de la famille en France et qui savent que ce n’est pas facile d’être un algérien en France pour énormément de raisons ; il y a encore trente ans, nos parents faisaient la prière dans des caves, parce qu’avoir un nom arabe en France est déjà un préjugé, parce que les européens ont peur de l’islam même s’ils ne savent pas ce que c’est à cause de l’actualité…»

Pour lui, il est donc clair qu’il y a énormément de choses à faire pour que les algériens d’ici connaissent les problèmes de leurs compatriotes en France «et pour que les Français comprennent l’Algérie en dehors de ce qui se passe à la télé».

A propos de connaissance de l’algérie par les français, M. Bouhassoune rapporte ce que lui a dit M. Driencourt : «Quand vous prenez le métro à Paris, vous allez voir des panneaux publicitaires proposant des vacances à Marrakech ou à Djerba, mais il n’y a rien sur l’Algérie. On croirait que l’Algérie n’existe pas. C’est un vrai problème».

Pour y arriver, il propose qu’il y ait un vrai rapprochement culturel. Et de donner l’exemple du projet de Rachid Arhab qui a compris, selon lui, la problématique de la guerre d’Algérie et des traces qu’elle a laissées dans les esprits des deux côtés. Arhab  se propose de créer une chaine franco-algérienne à l’image d’Arte, qui permettra à travers ses programmes de rapprocher les deux parties.

Mr.Bouhassoune est convaincu qu’il y a lieu de faire de la pédagogie de la réconciliation aussi, précisant que beaucoup de français pensent que l’Algérie est en guerre et que les gens se font égorger à chaque coin de rue. «Donc, il y a énormément de préjugés qu’il faut casser et surtout jouer la carte de la réconciliation. Je pense qu’il y a des groupes d’intérêts qui agissent pour que l’image de l’Algérie reste toujours négative. Il faut qu’on combatte cela, chacun au quotidien. Il faut faire la pédagogie de la réconciliation, le peuple algérien a fait une révolution pour se libérer et non pour conquérir et opprimer. La déception française est très forte parce que parmi tous les pays européens, seule la France a investi autant dans une colonie. Il faut que les Algériens sachent que c’est extraordinaire ce qui s’est passé, l’Algérie était considérée comme une partie de la France, c’était un prolongement de la France à l’étranger, c’était un million de colons, c’était des millions d’appelés, c’était des milliers de morts (25 000 soldats), des civils… Tout cela a laissé un choc chez les français… En Algérie, je n’en parle pas. Il n’y a pas un seul caillou qui n’ait pas vu du sang couler tellement le peuple algérien était martyr. Et ça c’est très lourd à porter. Je comprends que ce soit un fonds de commerce politique et je pense que c’est normal». Cependant, dit-il, il faut que l’on commence à travailler à une véritable réconciliation profitable aux générations futures car, affirme-t-il, «toutes les propositions que j’ai citées ne marcheront pas sans la réconciliation».

Enfin, le conférencier est convaincu qu’il doit exister des relations stratégiques et de défense très fortes. «Si on regarde la carte du monde arabe, l’Algérie est le seul pays qui est encore debout. C’est un véritable terrain d’expérimentation pour les relations nord-sud, entre l’occident et l’orient. Ce qu’on peut faire nous, en approfondissant les relations de partenariat économique et culturel et stratégique et de défense entre L’Europe et l’Algérie, entre la France et l’Algérie, c’est de montrer au monde un exemple du monde dans lequel on peut vivre demain. C’est à dire un monde où on peut circuler librement, un monde où l’on peut investir, où l’on peut retourner voir sa famille, où l’on peut parler d’histoire sans tabou, où l’on peut vivre sa religion des deux côtés de la Méditerranée…»

Et de conclure : «Quand on voit l’état du Moyen Orient, l’Algérie et la France peuvent travailler beaucoup pour construire un nouveau socle de relations entre l’orient et l’occident, construire l’opinion des Algériens et des arabes sur l’islam en Europe… C’est un travail qui sera long, très long mais possible…»

Ali Laïb


Karim Bouhassoune, un produit de la banlieue ?

Né en France il y a 37 ans, dans la banlieue parisienne, Karim Bouhassoune est issu d’une famille d’immigrés. Son père est également né à Paris. La famille de Bouhassoune, est originaire du douar Smara, dans la commune de Hadjadj (wilaya de Mostaganem), où il se rend de temps à autre pour passer ses vacances familiales.

Karim a reçu une formation plutôt littéraire. Mais son engagement public s’est construit dans les études, autour du 11 septembre 2001, avec les attentats de New York, alors qu’il était à l’université. Ces attentats vont lui faire prendre conscience du monde d’aujourd’hui… «J’avais un sentiment que des choses n’allaient pas. Et c’est depuis ce moment là que j’ai décidé de m’engager en politique d’abord par les études en les poursuivant à la Sorbonne (sciences humaines avec une mention philosophie, spécialité philosophie politique)… Par la suite, Karim va intégrer une grande école très difficile, celle de Sciences Po, un établissement très difficile d’accès, «surtout pour les enfants d’immigrés». Se disant très fier d’avoir réussi de rejoindre cette école qui a changé sa vie, Karim, une fois son diplôme en poche, a commencé à travailler en donnant des missions de conseil pour des rapprochements d’entreprises ; il se spécialisera ensuite dans la communication politique au ministère des Affaires étrangères, au ministère de l’Éducation, et ensuite pour un maire avec deux spécialités : développement économique et développement des transport. Aujourd’hui, il est conseiller de la présidente de la Bourgogne-Franche comté, région qui fait trois millions d’habitants.

A.L