Aux environs de Khemis Miliana, dans cette belle plaine du Chélif, depuis des années , des hectares de forêts sont décimés par des fabricants clandestins de charbon de bois.

Cette pratique détruit les arbres, dégrade les sols et pollue la nappe phréatique.

Nous nous sommes rendus sur les lieux pour constater l’ampleur des dégâts sur le plan écologique. Des tas de branches et de troncs d’arbres jonchent le sol. Les rives du ruisseau qui coule à côté sont noircies par la suie répandue sur les terres environnantes

Des conséquences désastreuses à moyen terme. Plusieurs cultivateurs se plaignent de la baisse de leur production, sans savoir que c’est parce que des fours à charbon dégagent une chaleur dans le sol sur un périmètre de plus de 20 mètres ! Le feu détruit la terre. Sur ce périmètre, on ne peut plus ni planter ni semer quoi que ce soit .

La pratique des fours à charbon occasionne le déboisement de la forêt et la dégradation des sols. La chaleur de ces fours détruit des éléments minéraux. Il y a de l’argile, le limon, etc. Tout ce qui participe à la cohésion, à la richesse du sol. Plusieurs centaines d’hectares de forêts sont détruites chaque année, du fait des défrichements occasionnés par la production du charbon de bois.

Nous avons pu échanger quelques mots avec ces ouvriers aux gueules noires.  Le chômage, l’absence d’opportunités réelles pour travailler régulièrement et nourrir des dizaines d’enfants sont les principaux arguments qu’ils avancent pour se justifier lorsqu’on les interpelle sur le danger réel d’une catastrophe écologique qu’ils provoquent en faisant ce travail. Certains sont cependant conscients des dégâts que cause leur action sur l’environnement. A l’exemple d’Abdelkader, 42 ans, charbonnier depuis 12 ans. Comme ses collègues, son travail consiste à abattre des arbres, les couper, les placer dans une fosse qu’il recouvre de terre (four) puis d’y mettre le feu. Après une semaine, il revient pour sortir le charbon du four, prêt à la vente. Père de famille, Abdelkader espère changer de métier dès que possible. «Je fais ainsi vivre ma famille. Mais si je trouve aujourd’hui un travail qui me rapporte 20 000 DA par mois, je vais abandonner le charbon. Cette activité nécessite non seulement de l’argent, mais est aussi très dure». Ces gens venus dans la région dans les années 1990 continueront à penser que fabriquer le charbon de bois est la seule façon de gagner leur vie. Entretemps, le Chélif, jadis rivière vive aux eaux limpides, charrie dans son lit la suie que déverse ces marchands de charbon inconscients du mal qu’ils font à cette belle plaine du Haut Chélif.

Nasser-Eddine M.