L’eau, l’électricité, le gaz, l’école, le logement … et le paradis

 Le wali de Chlef ne tient plus en place à telle enseigne que nous avons décidé d’utiliser la machine à remonter le temps pour le rattraper. C’est qu’il court très vite et tous les jours. Comme nous n’avons plus 20 ans depuis longtemps, nous avons donc pris un raccourci, celui de l’attendre tout près de chez nous. En effet, ce jeudi 23 mars, il a décidé de visiter les communes de la daïra d’Oued Fodda. Pour maîtriser parfaitement son sujet, il travaille en parfaite symbiose avec la dame de fer, nous voulons dire sa secrétaire générale qui est arrivée deux jours plus tôt pour préparer le terrain. Suivez la machine.

 

Le mercredi 22 mars dernier, le wali était à Chlef et Oued Sly pour visiter quatre sites d’investissement. Avant cela, c’est-à-dire la veille, il était à Taougrit. Le lundi 20 mars c’est la ville de Chlef qu’il a arpenté.  Dimanche 19 mars, il est allé se recueillir au cimetière des chouhadas de Chlef et a baptisé certains quartiers avec les noms de martyrs de la glorieuse révolution. C’est vous dire qu’il ne se passe pas un jour où il ne soit dehors. Il nous l’avait bien dit un jour pluvieux de décembre 2016 lors de la visite de la commune de Béni Rached : «Vous me trouverez plus sur le terrain que dans mon bureau». La machine à remonter le temps est là pour nous aider à vérifier son programme.

D’habitude, nous déroulons le film de la visite de façon chronologique. Cette fois-ci, nous avons opté pour un développement thématique. Nous commencerons donc par la santé puisque c’est le premier point du programme du chef de l’exécutif à Oued Fodda. Pour ce seul secteur, le wali a visité trois structures de santé dans deux communes et la quatrième structure est au service de la santé. La première à Oued Fodda et elle est de taille. Les deux autres se trouvent sur le territoire de la commune de Béni Rached. Le chef-lieu de la daïra sera la première étape de son périple à travers les trois communes qui composent cette circonscription administrative. Il commencera par rendre visite aux malades en inaugurant pour la circonstance un service d’hémodialyse aux urgences médico-chirurgicales (UMC) d’Oued Fodda. Du matériel et un service flambant neuf, les personnels médicaux et paramédicaux veillant sur les malades et une hygiène impeccable des lieux.

 

La formation médicale continue, pourquoi pas ?

La deuxième structure de santé visitée par monsieur le wali est une salle des soins complète à Béni Rached dans la «bocca» de Melka. Une véritable petite clinique. Quand la santé du peuple est en jeu, l’État ne lésine pas sur les moyens, n’en déplaise aux détracteurs de tous bords qui ont ces derniers temps induit en erreur bien des parents d’élèves à propos des vaccins. Ici, nous avons l’intention de faire un commentaire : si la population algérienne se porte relativement bien et si l’espérance de vie a augmenté très sensiblement, c’est parce que l’Algérie a opté pour une médecine préventive plutôt que curative. C’est une politique qui a donné ses fruits. Nous nous sommes fait vacciner à l’école messieurs, et dieu merci !

Revenons maintenant aux structures de santé programmées dans la visite du wali et restons dans la même à Béni Rached. Cette fois, c’est la polyclinique. Une structure en dur où tous les services sont fonctionnels à part quelques petits trucs tels que la radio qui tombe en panne par exemple. Deux médecins femmes font fonctionner cette structure avec le personnel paramédical. Dans la discussion avec le chef de l’exécutif, le médecin soulève un problème de la qualité de la formation des paramédicaux et des ATS (agent technique de santé).

Le wali était sur le point de partir mais le sujet l’a accroché. Il retrouve ses marques. Quant à nous nous, retrouvons le pédagogue dont nous avons commencé à apprécier la méthode. Très calme, le wali explique au docteur : «Pourquoi vous ne faites pas de la formation continue ? Par exemple, une fois par semaine, chacun de vous prendra un thème et le traitera devant les autres. Prenez par exemple le sujet du diabète. Définir la maladie, les causes, les effets, les analyses, la prévention, la conduite à tenir devant le malade etc. La semaine suivante, ce sera un autre sujet. Pour la pratique, vous êtes sur le terrain. Qui vous empêche de faire cela ? Personne». Le responsable du secteur de la santé approuve. Le wali fait constater également la féminisation du secteur de la santé.                                                                                                                                        Si nous avions à évaluer la visite du représentant du gouvernement sur le secteur de la santé, nous dirions que cette visite de travail a été fructueuse à plus d’un titre et l’inauguration du service d’hémodialyse est la cerise sur le gâteau.

Nous restons toujours dans le domaine de la santé mais cette fois-ci, c’est l’industrie qui vole au secours de la santé même si le wali, un féru d’économie, préfère le mettre sur le secteur des investissements. C’est le second arrêt  du wali.

Le deuxième point à l’ordre du jour dans le programme de monsieur le wali est l’usine de fabrication de produits pharmaceutiques. Le P-dg de cette société sert de guide au chef de l’exécutif à travers les différents stades de la production. En fin de parcourt, le P-dg de la société «Santé Industrie» émet le vœu de s’agrandir : «Avec votre accompagnement, nous pouvons aller loin dans la production. Pour s’agrandir, il nous faut un autre terrain. L’assiette de cette usine est insuffisante». Le chef de la daïra d’Oued Fodda s’engage à trouver des terrains pour l’agrandissement de cette unité de production pharmaceutique.

 

Des listes de demandeurs de logements à assainir

Pour arriver au troisième point de la visite du wali, le cortège prend la direction de Sekassik, une agglomération à 3 km au sud d’Oued Fodda. L’objet de la visite, inspecter le projet de réalisation intitulé «250 + 200 + 60 logements» soit un total de 510 logements sociaux en construction depuis un bon bout de temps déjà dans le quartier dénommé Hay Essalem à Sekassik. Le chef de l’exécutif visite un appartement témoin et s’attaque à son sujet préféré : les délais de livraison. Les responsables et les représentants des entreprises de réalisation parlent du début, voire de la fin mai 2017. Le wali, plus magnanime, parle du mois de juin et même vers la fin juin. Lui aussi sait calculer. Il veut que la fin du ramadhan, c’est à dire l’Aid Esseghir, soit doublement fêtée : la fin du jeun et la réalisation du rêve des familles démunies : un logement. Le wali viendra donc comme un père noël. Au pied d’un bâtiment, une discussion a eu lieu entre le chef de l’exécutif et son représentant local, le chef de la daïra, M. Lazreg Berahma. Le wali : «Avez-vous étudié toutes les demandes d’acquisition de logements sociaux ?» Réponse : «Jusqu’à présent, nous avons étudié tous les dossiers de façon chronologique jusqu’en l’an 2014». M. Benhassine insiste et ordonne à son chef de la daïra de passer tous les dossiers au peigne fin.

C’est le premier point inscrit dans la visite du chef de l’exécutif dans la commune de Béni Rached. Le directeur de l’hydraulique charge son représentant pour exposer le projet de réalisation de l’adduction de l’eau potable dans la zone de Melka 1 et Melka 2. Le wali veut savoir si tous les habitants bénéficieront de l’eau courante. Le technicien de l’hydraulique explique que c’est un réseau qui s’étend au fur et à mesure que les travaux avancent. Le réseau s’étendra sur les boccas d’Ouled Slimane puis sur Chéraga I et Chéraga II. Satisfait, le wali entre directement dans la nouvelle salle des soins de Melka.

En réalité, ce sont deux points différents et dans deux communes différentes de la même daïra. À Ouled Abbès, le wali a observé une halte pour inspecter les travaux de pose des conduites de gaz de ville pour raccorder au réseau les habitations des deux communes à savoir Ouled Abbès et Béni Rached. Les retards accumulés pour la réalisation de ce projet ne plaisent pas au premier responsable de la wilaya et il le fait savoir à sa façon.

Pour l’électricité, le wali s’est rendu dans la bocca des H’lalfa pour inaugurer la ligne de livraison de distribution de l’électricité à cette localité. C’est la joie des citoyens et le wali de clore son périple dans cette commune par cette phrase : «Mabouk alikoum !»

 

Quand l’école va…

Nous avons sciemment laissé ce secteur en dernier non pas pour le dévaluer ou pour dire qu’il ne jouit pas de l’intérêt des autorités locales avec le chef de l’exécutif en tête mais justement pour signaler que l’actuel wali tient énormément à ce secteur et lui prête beaucoup d’attention. Rappelez-vous ce qu’il nous disait dans l’un de nos articles précédents : «Le jour où je visite une école pour trouver des élèves qui étudient dans de bonnes conditions, c’est tout mon bonheur ; le jour où je découvre nos enfants sans chauffage avec des classes dont les carreaux sont cassés et l’eau de pluie qui suinte sur leur petites têtes, là je suis très contrarié. Les enfants c’est notre avenir».

Pour cette visite, l’école se résume à Ouled Abbès. La première halte prévue va pour le projet de construction d’une école primaire de type B1 situé dans le quartier dit «Sidi Maamar». Une fois terminée, cette école permettra aux petits enfants du quartier des HLM d’éviter la traversée de la route et puis c’est juste à côté.

Le second point de la visite concerne toujours le domaine de l’éducation. Cette fois-ci, c’est le niveau moyen. En effet, la délégation s’est rendue sur le site de l’ancien collègeconstruit en préfabriqué et qui abrite toujours quelques classes puisque le collège Moumna Djelloul, construit en dur pour remplacer l’ancien, accuse un déficit de trois classes. L’idée de départ était de détruire les classes en préfabriqué. La directrice du collège, Mme Dif, présente au wali les classes dont certaines parties sont détériorées. Le wali veut voir l’une des classes où on y enseigne encore et que la directrice du CEM présente comme un véritable désastre. Une fois à l’intérieur de la classe, la situation est tout autre. Le toit en très bon état, les lieux sont propres, les murs peints. En fait, de très bonnes conditions pour que les élèves du collège Moumna Djelloul puissent travailler sans difficultés aucunes. Le wali prend les décisions nécessaires. Il n’est pas question de détruire ce patrimoine qui peut servir encore pendant de longues années.

Quand vous avez l’eau, l’électricité, le gaz, l’école et le logement, que vous reste t-il ? Il ne vous reste plus qu’à remercier le bon dieu et prier pour que cela continue. À ce propos, le wali a visité une mosquée en construction à El Briheyine, plus exactement dans la fraction de Krakech. L’imam de cette mosquée expliqua au wali les difficultés pour terminer le projet qui sera l’un des éléments fixateur des populations puisqu’ils ont déjà l’assainissement, l’eau, l’électricité, et le gaz. Le wali très compréhensif demanda qu’on intervienne auprès du directeur des Affaires Religieuses pour qu’on réserve un vendredi pour la quête des aumônes auprès des fidèles de la wilaya. Ces gens ne peuvent pas à eux seuls ériger ce monument du culte avec toutes les commodités nécessaires. Les habitants demandent ensuite au wali de leur permettre de se brancher sur la ligne du gaz de ville qui permettra de chauffer la grande salle des prières et d’avoir de l’eau chaude pour les ablutions.

Khaled Ali Elouahed

 


 

Elles ont eu de l’effet sur les citoyens et les décideurs locaux

Les piques du wali

 Une fois n’est pas coutume, nous avons bien ri à propos de certaines des remarques lâchées tout en souplesse par le wali de Chlef lors de sa visite à Oued Fodda. Cela a eu pour effet de dérider les visites officielles où tout le monde est sur le qui-vive et a la mine renfrognée. A Oued Fodda, dans l’usine de production pharmaceutique, quand le directeur de l’entreprise «Santé Industrie», M. Khettab Abdelkrim, voulait obtenir du wali une nouvelle assiette de terrain pour l’agrandissement de l’usine, le wali ne voulant pas s’engager sans connaitre réellement les besoins de cette entreprise s’en sort ainsi : «La surface actuelle ne vous suffit pas ? C’est la surface au deuxième niveau ou bien celle du sol ?» Le PDG s’aperçoit qu’il a comme interlocuteur un connaisseur. Lui aussi, en homme très intelligent, détourna le sujet sur les postes de travail à créer pour être toujours à son avantage. Le wali se dérobe : «Vous faites de bonnes choses, ce sont des produits que l’État paye actuellement avec des devises fortes. Voyez-vous, nous sommes venus en curieux !»

A Sekassik, En sortant de l’appartement témoin, M. Benhassine a déclaré ceci : «L’Algérie est le seul pays au monde à construire des logements pour ensuite les remettre aux citoyens».

Restons dans le logement et voyons ce qu’il a fait à Ouled Abbès. Après avoir suivi l’exposé sur la construction d’une école primaire, le wali veut écouter certains citoyens qui lui parlent de la distribution des logements. Ils diront que cela s’est fait dans l’opacité et que la liste comprend des indus méritants. Le wali demande des noms. «Je suis là, je ne bouge pas, j’attends que vous me donniez la liste des gens qui ne méritent pas». Il insiste jusqu’à l’obtention d’une feuille où des noms ont été couchés. Le wali demande au jeune qui a écrit les noms de mettre le sien en bas de page et que si après enquête ses déclarations ne sont pas fondées, il court des risques.» Il ajoute après la remarque d’un citoyen : «Parce qu’un  vieux de 90 ans n’a pas le droit au logement ?»

A la fin de la visite des logements en construction, le wali descend de son véhicule pour voir des bambins de défouler sur un ballon de football en un petit stade en Matico. Le wali demande chef de la daïra de réparer le grillage de cette structure sportive au profit des enfants en vacances.

À Béni Rached, après un bain de foule géant à la sortie du wali de la polyclinique de cette commune, l’un des citoyens dira qu’il est président d’une association sportive et décrira la situation comme catastrophique. Après avoir calmé les ardeurs du citoyen, le wali se rend directement au stade de Béni Rached pour voir de visu la catastrophe. Résultat : un très beau et vaste stade dont les Béni Rached n’en rêvaient même pas il y a quelques années de cela. Un point que retiendra le wali. Les toilettes et un petit vestiaire. Les responsables concernées mettent en avant une étude, puis le ministère etc. Le wali s’énerve comme on l’aime bien : «Quoi ? Il faut aller au ministère maintenant pour construire des toilettes et une petite structure qui permet aux jeunes de se changer ? Non mais ? Construisez une petite structure pour ces jeunes !» Nous avons noté que les enfants qui étaient en train de fatiguer un ballon de football voulaient prendre des photos avec le wali et la secrétaire générale.

A propos d’écoles et d’enfants en vacances, l’affaire des classes en préfabriqué qu’on voulait détruire mérite une digression. Dans un pays africain, on voulait construire une nouvelle gare ferroviaire plus grande et plus belle. On fait appel à deux entreprises pour cela. L’une est américaine et l’autre soviétique. Cela se passe dans les années 1960/1970. Les soviets proposent de raser l’ancienne gare et de construire à sa place une très belle gare. Les américains préfèrent construire la nouvelle gare juste à côté de l’ancienne qui doit continuer à servir pour générer de l’argent qui servira à finance la nouvelle gare. A vous de conclure chers lecteurs !

A Ouled Abbès et El Brihéyine, nous avons assisté à deux piques du wali. La première fois, c’était à la station qui devait permettre l’alimentation en gaz de ville pour les communes d’Ouled Abbès et de Béni Rached. La dame chef d’entreprise de réalisation parla beaucoup de contraintes quand le wali a soulevé le retard accusé dans la livraison du projet. Il signifia que : «C’est nous qui avons levé les contrainte et nous sommes là aujourd’hui pour voir le travail fini». Et d’ajouter : «Quand comptez-vous nous livrer ce projet ?» La dame parla de fin avril 2017. Le wali décrispa l’atmosphère : «Ça sent le premier avril cela. Non, je préfère la fin du mois de mars plutôt, qu’en dites vous ?» Réponse : «Disons la mi avril, il y a beaucoup de travaux à faire». Le wali : «Alors, je préfère le mois de mai, moi la culture du premier avril ne m’emballe pas». Le wali regarde la dame bien sapée en noir de cachemire et lance en souriant une remarque : «Vous êtes bien au chaud !» «Oui, monsieur le wali», répond la dame en noir. Le wali renchérit : «Oui, bien sûr, c’est pour cela que vous ne sentez pas les morsures du froid comme les pauvres gens de cette région !» Il a marqué un gros point et avec finesse.

A la mosquée d’El Briheyine, et pour vaincre les réticences du directeur de Sonelgaz, regardez ce que fait le wali. On lui ramène un habitant de la bocca pour lui dire que c’est lui qui a donné le terrain pour la construction de la mosquée. Le wali lui demande : «Pourquoi tu as donné ta terre gratuitement pour la mosquée ?» Puis il demande à un autre de lui rappeler le verset qui parle de celui qui construit une mosquée. La réponse fuse : «Il aura un palais au paradis». Le wali se tourne vers le donateur : «Donc toi, ça y est, tu as garanti une villa au paradis !» Après le rire général, le wali se tourne vers le directeur de Sonelgaz : «Vous ne voulez pas aller au paradis, vous ? Donnez-leur le gaz». Après un silence gênant, M. Benhassine continue : «Si vous ne le faites pas, moi je le fais». Cette dernière réplique est saluée par des applaudissements.

Khaled Ali Elouahed