Raoudhane, un technicien de la direction des Ressources en eau (hydraulique) à Oued Fodda sauve la peau des responsables locaux d’El Karimia. Dans cette même localité, le wali se fâche deux fois mais revient à de meilleurs sentiments.   

 Le 9 mars dernier, le chef de l’exécutif de la wilaya de Chlef a effectué une tournée d’inspection et de travail dans la daïra d’El Karimia. Le wali commencera par la visite d’un investissement agroalimentaire à El Karimia. Le patron de l’usine, Abou Bakr Driouche, fera pour l’instant un travail saisonnier d’environ deux mois sur l’année. Il fait venir les pruneaux d’autres wilayas pour les traiter, les déshydrater et les mettre sous emballage. Le wali incitera M. Driouche à aider les fellahs de la région pour qu’ils produisent les prunes sur place, ce qui fera l’affaire de tout le monde

Vint ensuite la visite des 60 logements locatifs publics sur les 3 000 inscrits. Là, c’est une opération routinière. Ce qui ne l’est pas, ce sont les occupants des bâtiments qu’on appelle encore «cité 100 logements» qui se sont plaints au wali. Ce dernier, comme à son habitude, prend les citoyens au mot et va se rendre compte de visu par lui-même. Sur place, il constate que les caves des bâtiments sont pleines d’eau. De véritables piscines pour… rats et autres animaux de ce genre. Les habitants expliquent que l’eau suinte des canalisations d’eau potable et de celles des eaux usées dans les caves des bâtiments. En plus, l’eau remonte du sol dans les caves. Explication des habitants : «Dans le temps, il y avait un oued sur ces terres». Bravo les commissions des choix de terrain ! On construit dans les lits des oueds maintenant ! Les élus sont plus blâmables que les techniciens puisqu’ils sont forcément de la commune et donc doivent connaitre l’adage des sages qui dit qu’un oued asséché revient dans son lit initial même 50 ans après ! Résultats de cet amalgame des eaux, des odeurs nauséabondes, des moustiques et autres bestioles nuisibles qui prolifèrent. Nous avons vu de nos propres yeux des motopompes qui purgent les caves.

Des explications non convaincantes

Et ce n’est pas fini. Le wali visitera un autre point non inscrit à l’ordre du jour. Les citoyens des environs le happent à la sortie des beaux bâtiments tout neufs pour lui dire ce qu’ils endurent comme odeurs nauséabondes, moustiques etc. Le wali veut constater de lui-même. Il est conduit tout près d’une rigole qui charrie les eaux usées à ciel ouvert. Question au maire. Celui-ci se mêle les pinceaux, ses explications n’ont pas convaincu. C’est au tour du responsable de l’hydraulique. Rien à faire, il passe à côté du sujet. Le wali s’en prend maintenant au chef de la daïra d’El Karimia : «Où est ce que vous êtes ? Pourquoi vous n’avez pas vu cela ? Et qu’est ce que vous avez fait ?» Le wali se fâche. À un certain moment, nous avions cru déceler une certaine sympathie envers ce nouveau chef de la daira d’El Karimia, mais nous nous sommes rendu compte qu’avec l’actuel wali, c’est plutôt le travail d’abord.

Pour les eaux usées à ciel ouvert, il a fallu qu’un technicien de l’hydraulique d’Oued Fodda qui a travaillé ici à El Karimia et qui connaissait le problème, intervienne pour expliquer que les riverains sont propriétaires terriens. Ils ont construit leurs maisons, oui mais il fallait qu’ils creusent des fosses septiques en attendant l’arrivée du réseau des eaux usées. Le wali revient à de meilleurs sentiments. Les responsables locaux ont eu chaud, vraiment ils ont eu chaud par cette belle journée printanière.

Pour le prochain point, le wali restera dans les eaux propres cette fois-ci. Il visitera le projet de réalisation d’une piscine. Les travaux sont à l’arrêt. Une très grande crevasse où sont plantés des poteaux de ronds à béton qui émergent comme des arbres. La grue a été démontée. Le wali fait appeler l’entrepreneur pour explication. Ce dernier déclare qu’il n’a pas été payé. Le wali n’en reste pas là, il appelle le directeur de la Jeunesse et des Sports pour répondre. Ce dernier donne des précisions sur la somme qui a été versée, soit 20 millions de dinars. Cela a pris du retard certes, mais le versement a été effectué. Le wali revient à son style préféré, l’explication pédagogique : «Vous auriez pu emprunter et terminer votre travail et maintenant rembourser. Cela vous aurait coûté moins cher que de démonter la grue, maintenant vous allez la remonter avec l’installation et la désinstallation de vos moyens de réalisation, cela va vous coûter plus cher que d’arrêter les travaux. Nous allons vous adresser une première mise en demeure et si les travaux ne reprennent pas très rapidement ce sera la deuxième mise en demeure et nous finirons par vous mettre sur liste noire. Finis les boniments ! D’accord ?» Tout cela dit avec le sourire.

Une décharge sauvage à transformer… en lieu de détente

Pour le troisième point, nous resterons dans les eaux, décidément ! Cette fois, c’est l’adduction d’eau potable pour les habitants des boccas des hauteurs de la commune d’El Karimia. Certains collègues, très au fait et fréquentant les arcanes de l’APC d’El Karimia, nous ont soufflé dans l’oreille que c’est le fief d’un adjoint au maire qui est derrière la programmation du réseau d’eau potable pour cette région. On s’en balance, pourvu que les citoyens trouvent leur compte ! Si tous les adjoint faisaient la même chose, il n’y aurait peut-être plus de pleurnichards. Seul le résultat intéresse le wali quand il demande les délais avec exactitude. Dans deux mois, l’eau coulera dans les robinets de ces «boccas», lui répond-on. Il insiste pour que ce soit avant le ramadan. 4 500 habitants bénéficieront de cette adduction d’eau potable.

Pour la partie sud d’El Karimia, c’est-à-dire la partie montagneuse, le projet de réparation des sections dégradées sur le chemin de wilaya numéro 132 (cw132) est le plus important puisqu’il permet la relation entre El Karimia et la commune de Béni Bouateb au sud en passant par Chouchaoua et le barrage. Cela desservira au mieu les douards des alentours. La distance totale est de 10 km.

Pour le quatrième point également, nous ne serons pas très loin de l’eau. Cette fois, c’est l’oued Fodda qui passe à l’est de la ville d’El Karimia et dont les berges et les beaux arbres d’eucalyptus servent de décharge sauvage à la commune. M. Fawzi Benhassine n’est pas content du tout et il le fait savoir. Il se fâche, avons-nous titré. Il se fâche pour la deuxième fois dans la même commune : «Comment vous jetez vos ordures ici sur un site pareil avec des arbres pareils ? C’est un site touristique plutôt qu’un dépotoir à ordure !» La mairie d’El Karimia se défend et pour cela envoie au charbon un monsieur qui a roulé sa bosse dans les bureaux de l’APC d’El Karimia depuis les années soixante dix. Un beau parleur, certes, mais avec l’actuel wali, seule la sincérité marche. M M’hidi Kadour, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a appris la leçon. La première fois, c’était lors de l’installation du nouveau chef de la daïra à propos de l’habitat rural. Cette fois-ci, c’était sur un point non inscrit à l’ordre du jour où tout son verbiage n’a pas suffi. Cette fois, près de l’oued, il parle le langage correct : «Monsieur le wali, je n’ai que deux tracteurs pour ramasser les ordures, Oum Drou, c’est loin, et El Attaf est dans une autre wilaya». Le wali compatit : «C’est tout ce que vous avez, deux tracteurs seulement ?» Confirmation. Le wali : «Nous ne sommes pas là pour sanctionner les gens mais plutôt pour vous aider autant que faire se peut. Pour cela, nous décidons tout de suite de deux choses. La première est l’octroi à la commune d’El Karimia d’une benne tasseuse de 12 mètres cubes. Vous irez au centre d’enfouissement technique (CET) d’Oum Drou en attendant une meilleure solution. La deuxième chose, nous allons vous aider et vous accompagner pour que ces lieux soient érigés en lieu de détente pour les familles».

Tous les présents poussent un ouf de soulagement et nous les premiers car si vous revenez deux ans plutôt, c’est nous-mêmes qui avions proposé que ce lieu et celui du petit barrage soient transformés en lieu de détente pour les familles. Non seulement cela embellira les lieux mais créera de petits emplois directs.

Khaled Ali Elouahed