La prestigieuse équipe de volley-ball féminin, le NRC, ou Nedjmet Chlef, risque de disparaître à tout jamais. Évoluant en super-division, occupant la quatrième place au championnat national, l’équipe compte sept de ses éléments en équipe nationale (3 en équipe séniore, 4 en équipe cadette)… mais ne peut jouer les compétitions arabes et africaines. La raison en est simple : manque de moyens financiers et de subventions à la hauteur de l’ambition des volleyeuses Chélifiennes.

Les dettes s’accumulent, les subventions se réduisent et la situation empire et pour les joueuses et pour leurs encadreurs qui ne perçoivent plus de salaires depuis plusieurs mois. Si rien n’est tenté, le club est condamné à disparaître définitivement de la scène sportive nationale. Son président, M. M’hamed Belhachemi, nous en parle dans cet entretien accordé à notre collaborateur Kamel Aït Saada.


Le Chélif : Pouvez-vous présentez le NRC, Nedjmet Chlef, à nos lecteurs ?

M’hamed Belhachemi : Notre équipe, le Nejm Riadi de Chlef ou Nedjmet Chlef, évolue en championnat d’excellence de première division. Nous occupons la quatrième place dans le classement. Cela est dû au fait que l’équipe a été rajeunie pratiquement à 90%, les juniores actuelles évoluaient déjà dans la catégorie des cadettes. Nous sommes très satisfaits de ce résultat. Nous espérons que la saison prochaine, les résultats seront meilleurs. En ce qui concerne les cadettes, elles occupent aujourd’hui la première place au classement du championnat national. Pour nous, c’est une grande réalisation. Ce qui attire l’attention, c’est que notre équipe est devenue le vivier principal de l’équipe nationale féminine de volley-ball. En effet, nous avons renforcé l’EN avec trois de nos séniores qui sont Guimour Zahra, Achour Dellal Meroua, Rabah Mazari Bakhta et par quatre cadettes. Pour nous, c’est quelque chose qui honore la ville de Chlef et qui fait la fierté de Nedjmet Chlef.

Cette saison, nous avions à participer à une compétition arabe parce que l’année écoulée, nous avons joué la finale de la coupe d’Algérie contre les Pétroliers d’Alger. Avant, nous étions aussi qualifiés pour le championnat africain de Tunis, sauf que, en raison de l’état catastrophique des finances du club, nous n’avons pu nous déplacer en Tunisie. C’est la troisième année consécutive que cela nous arrive à cause du manque de moyens financiers. Nous occupons chaque fois des places qualificatives pour la compétition africaine, mais, hélas, nos moyens ne nous permettent pas d’effectuer le déplacement.

Avez-vous un soutien financier de la part des autorités locales ?

Je vais parler de l’APC de Chlef. Pour elle, le NRC ne compte pas. Notre équipe est méprisée par cette APC qui, depuis 2015, ne nous accorde aucune subvention ou aide financière.

En 2016, les élus de la commune ont consenti à nous verser une somme d’argent que je qualifierai de symbolique. Une somme qui ne suffit même pas à assurer un modeste stage local de préparation de l’équipe au championnat national.

Il faut que tout le monde le sache : cette année, nous avons obtenu une subvention de 90 millions de centimes, c’est une somme qui ne peut même pas nous payer le transport. Il faut savoir que nous nous déplaçons trois fois pour la ville de Bejaia (cette ville abrite 3 équipes en super-division, ndlr) et chaque déplacement nous coûte pas moins de 15 millions de centimes. Cela uniquement pour disputer les matches de championnat.

Vos résultats devaient en principe susciter l’intérêt des responsables locaux…

Pas du tout, c’est tout le contraire qui se produit. Mais qu’on le veuille ou non, le NRC est la seule formation sportive qui représente dignement la wilaya de Chlef, ainsi que sur le plan national et continental ; il ne vous échappe pas que nous avons obtenu la médaille de bronze au Kenya en 2014 (19 nations africaines participantes) ; nous avons perdu la demi-finale avec le pays organisateur, le Kenya. Par ailleurs, nous considérons que le NRC représente aussi la moitié de l’Algérie, soit de Blida à Tlemcen. Et là où nous déplaçons, nous jouissons du respect des autres. Sauf à Chlef, auprès de certains responsables qui ne nous accordent aucune espèce d’importance. Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est que l’APC de Chlef accorde 90 millions à une équipe qui évolue en super-division et plus du double à une formation inconnue jouant en championnat de wilaya. Il se trouve aussi des équipes de volley-ball qui ont obtenu presque la même subvention ou légèrement supérieure à la nôtre.

Je tiens à rappeler que nous avons pu, à l’issue d’une entrevue avec le précédent wali, M. Boucetta, bénéficier de 150 millions de centimes en 2015, à la veille de la dispute de la finale de la coupe de volley-ball féminin d’Algérie. Le wali avait saisi le maire de Chlef sur le pourquoi du manque de subventions au NRC mais le maire n’a pu donner de réponse. Le wali avait alors exigé que l’APC double le montant de la subvention au NRC. Au contraire, le maire a divisé la subvention par deux…

Il y a une semaine, nous avons saisi l’actuel wali par courrier pour lui expliquer la situation dans laquelle évolue notre équipe et nous attendons sa avec impatience réponse. Je pense que le wali saura démêler l’écheveau de ce qui se passe à l’APC de Chlef.

Que va-t-il donc se passer la saison prochaine ?

Il est évident que la situation ne peut durer éternellement, l’équipe, malgré le dévouement de ses éléments, ne peut plus faire face aux problèmes qu’elle vit. Nous allons droit contre un mur. Nous avons plus de 700 millions de dettes. C’est grâce à quelques bénévoles que nous faisons marcher cette équipe qui, qu’on le veuille ou pas, reste la meilleure équipe sportive de la wilaya de Chlef toutes disciplines confondues. Tout le monde sportif reconnaît cela.

Avez-vous un dernier mot à dire, M. Belhachemi ?

Il y a un point que je voudrai soulever : avril courant, il y a eu les élections du bureau fédéral où on avait cinq candidats de Chlef. Trois ont été élus et un quatrième est en attente, c’est un événement historique pour la wilaya. En principe, la communauté sportive de Chlef aurait dû fêter cet événement. On a eu comme membre du fédéral Oukazi Fatima Zohra, Heuss Mohamed, Khedidja Belghalia et M’hamed Belhachemi. Mais, hélas, l’événement est passé sous silence. Les autres wilayas nous jalousent pour ça, mais pour les gens de Chlef, on a tu l’événement. Si on a 4 éléments de Chlef au bureau fédéral, c’est que nous avons de l’importance aux yeux des animateurs nationaux de la discipline. Hélas, les responsables locaux (APC) ignorent cela. Pire, l’APC nous méprise. Par exemple, elle a accordé à l’équipe du POC une subvention de 250 millions de centimes, cette somme ne permet même pas au club de couvrir les frais de trois tournois. Cela au moment où elle donné 140, 150, 160 millions à des équipes qui n’activent plus sur le terrain. Je demande à M. le wali de Chlef d’intervenir pour sauver les équipes comme la nôtre, sinon, je ne pense pas qu’elles pourront survivre à la politique des deux poids deux mesures menées par l’actuelle APC de Chlef.

Si ça continue comme ça, je pense me retirer, il en est de même pour le sponsor major du NR qui ne peut assumer à lui seul les charges financières du club. Je mets au défi tout membre de l’actuelle APC qui prétendra faire fonctionner le NRC avec 90 millions de centimes. Avant de conclure, je voudrai remercier toute l’équipe du journal Le Chélif pour l’intérêt qu’elle accorde au développement du sport local.

Entretien réalisé par Kamel Aït Saada/Traduit de l’arabe par A. Laïb