Par Farouk Afounas

Les élections législatives de 2017 coïncident avec une période pour le moins délicate caractérisée par un statu quo politique des plus incertains et une conjoncture économique difficile. Les partis politiques en lice ont jeté leur dévolu sur des candidats issus d’horizons divers pour parvenir à une mobilisation sans faille des électeurs. Cependant, tout porte à croire que les Algériens ne se rueront pas dans les centres de vote pour élire ou plutôt choisir leurs futurs représentants qui auront à siéger au sein de la chambre basse du parlement pour défendre leurs intérêts.

Personne ne peut nier le fait que les prochaines élections législatives marqueront un tournant des plus décisifs dans la vie politique du pays étant donné que leurs enjeux mettent à l’épreuve toutes les institutions du pays et que le risque de l’abstention est plus que jamais patent et pèse lourdement sur l’aboutissement de leurs objectifs. Si les élections présidentielles de 2014 ont pu avoir lieu dans des circonstances favorables et sans incidents majeurs du moment que les conséquences du choc pétrolier n’étaient pas encore visibles, les élections législatives de 2017 risquent de mal tourner en raison d’un éventuel boycott de la part des citoyens qui pestent constamment contre la cherté de la vie qui va crescendo.

Nombre d’Algériens ne semble intéressé par cette échéance électorale qui constituent à leurs yeux un leurre vu que les candidats à la députation ne proposent pas de programmes ambitieux propres à permettre au pays de surmonter sa crise politico-économique et aux citoyens de jouir d’un niveau de vie qui les mettra en position de subvenir dignement à leurs besoins. Les Algériens croient dur comme fer que les candidats usent à tort et à travers et délibérément de cette sordide langue de bois pour leur faire avaler des couleuvres. En d’autres termes, ils pensent que les candidats s’ingénient à leur faire des promesses qu’ils n’essaieront même pas de tenir après les élections. Ce sont en tout cas des propos tenus par des citoyens interrogés par des journalistes travaillant pour le compte de chaines de télévision nationales. Des propos largement diffusés sur les réseaux sociaux par des internautes en verve et très au fait des enjeux de ces élections législatives.

En revanche, les candidats en course pour s’assurer des sièges à la chambre basse du parlement ne lâchent pas prise et tentent mordicus de plaire aux potentiels électeurs quels que soient les efforts à déployer ou les moyens à mettre en œuvre. Ils n’hésitent guère à donner le meilleur d’eux-mêmes dans le seul et unique objectif de conquérir un large électorat qui les propulsera sans encombre au mythique hémicycle de l’Assemblé populaire nationale. De ce fait, toutes les astuces et tous les subterfuges sont de mise dans l’intention de rallier les citoyens aux diverses causes des partis en lice de manière à glaner leurs voix et s’adjuger ainsi un maximum de sièges à ladite chambre.

Il va sans dire que les Algériens, accablés par un renchérissement des prix constant et aléatoire, sont beaucoup plus préoccupés de leur devenir que par ces élections législatives qui ne trouvent absolument aucune grâce à leurs yeux. Le lancement de la campagne électorale a eu lieu dans l’indifférence absolue de ces Algériens qui sont contraints de travailler dur et de faire montre de parcimonie pour pouvoir joindre les deux bouts. Ils jugent donc plus opportun de rechigner à la cour que leur font les candidats à la députation.

La campagne électorale est lancée officiellement depuis quelques jours et il semble que les candidats ont d’ores et déjà du pain sur la planche du moment qu’ils sont tenus de sillonner plusieurs localités, y compris celles qui s’enfoncent dans l’enclavement de jour en jour, pour gagner la confiance des citoyens en leur faisant part de leurs programmes pour le prochain quinquennat. Ces candidats ont pour mission principale de signifier clairement et sans ambages que leurs aspirations ne sont pas vraiment aux antipodes des attentes des citoyens. Il s’agit là d’une manière pour les candidats de se défaire des vieilles pratiques et de ne plus s’isoler dans une tour d’ivoire pour éviter ainsi que cette campagne électorale ne soit synonyme d’échec frappant.

Pour les candidats de chaque parti, il s’agira tout au long de toute cette campagne de réussir à convaincre les citoyens non pas de la nécessité absolue de voter pour eux mais de l’utilité d’aller aux urnes pour faire entendre leurs voix et choisir des représentants parlementaires dignes de défendre leurs intérêts auprès des hautes instances du pays. Il s’agira aussi de faire en sorte de dissiper le scepticisme et l’appréhension qui taraudent l’esprit de tout un chacun quant à la volonté des candidats d’œuvrer pour la sauvegarde des acquis sociaux arrachés après moult tractations avec les représentants de l’Etat.

Les candidats, qui font montre d’un enthousiasme démesuré dénotant une grande envie de faire à tout prix irruption au sein dudit hémicycle, savent pertinemment que les citoyens ne démordent toujours pas de l’idée que les futurs députés n’auront pas à résoudre les problèmes dont ils souffrent et qu’ils se consacreront à servir leurs propres intérêts à l’abri des regards, et ce, pendant toute la durée de leur mandat. Ils sont entièrement convaincus qu’aucun élu ne fera grand cas de leur malheur et qu’ils continueront à vivre dans le dénuement.

La campagne électorale ne fait que débuter et il est très prématuré de se prononcer sur ses apports et ses répercussions pour l’aboutissement des élections du 4 mai prochain. Il serait aberrant de se fier uniquement aux précédentes élections et leurs campagnes respectives, certes assortis de piètres résultats, pour affirmer que le taux de participation au prochain rendez-vous électoral sera insignifiant en dépit du fait que l’abstention reste une éventualité qui fait peur aussi bien aux candidats qu’à l’Etat.

Pour espérer mobiliser un électorat considérable, les candidats à la députation n’ont qu’à tenir compte des véritables besoins et aspirations des citoyens. Il faut impérativement qu’ils se résignent à se défaire de toutes ces méthodes de propagande désuètes basées essentiellement sur des discours pompeux truffés de promesses et d’engagements sans lendemain qui sidèrent plus d’un du fait de leur excessive exorbitance. Il faut que les candidats gardent les pieds sur terre pour mener une campagne sensée en laquelle les citoyens ne verront aucune sorte de duperie ou de manipulation.

Avant de réfléchir à contrer l’abstention et ses fâcheuses répercussions sur le processus démocratique que l’Etat essaie vaille que vaille de mettre en œuvre, il serait souhaitable de penser à réunir toutes les conditions nécessaires au déroulement du scrutin dans la transparence totale. Il serait de bon aloi d’instaurer lors des prochaines élections des mécanismes efficients susceptibles de déboucher sur la mise en vigueur d’une lutte acharnée contre ces pratiques antidémocratiques qui consistent à bourrer les urnes afin de garantir à tels ou tels candidats des sièges à l’hémicycle de l’Assemblée populaire nationale pour des raisons connues et reconnues depuis des lustres. Si l’Etat présente des garanties avérées sur la transparence du scrutin et l’absence de toute forme de trucage que ce soit, les citoyens, se sentant en mesure d’avoir leur mot à dire lors de ces élections, seront nombreux à effectuer le déplacement pour glisser leurs bulletins de vote dans les urnes. Wait and see.

Farouk Afounas