Il a élu domicile au barrage de Sidi Yakoub

Depuis son jeune âge, il brûlait d’amour pour la pêche. La maison parentale, située près de la rivière, l’a beaucoup aidé dans le raffinement de son talent. Il s’est adonné à la pêche jusqu’à ce qu’il devienne mordu de cette passion. Il ne pouvait se passer de sa canne à pêche, ses appâts, des vers qu’il déterrait dans les champs humides, sa bouteille d’eau et sa galette. Il était comme un bébé qui ne peut se passer de sa tétine ou du sein de sa maman. Les lecteurs à Ouled Ben Abdelkader, peuvent le reconnaitre à mi-mot. C’est Bouamama Zendjabil.

Bouamama est devenu le pêcheur numéro un à Sidi Yakoub d’où il est originaire, et pour peaufiner son métier préféré et pour agir dans la légalité, il s’est procuré une petite barque de pêche de 3, 40 m de long. Avant d’entamer à la procédure administrative, il s’est renseigné sur le prix, après quoi, il a constitué le dossier requis par la direction de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) pour pêcher dans le lac artificiel après signature d’une convention d’une année renouvelable. La convention lui a permis d’acquérir le matériel de pêche. En association avec son ami Bensouna Laroussi, ex-gendarme, actuellement en retraite, ils ont payé la barque à 95 000 DA. D’après les deux associés, le prix de la même s’est élevé aujourd’hui à 120 000 DA. Cela fait deux ans que Bouamama et son compagnon sont en exercice, mais pas sans difficultés qu’ils énumèrent comme suit : la direction du barrage les oblige de quitter les eaux vers les coups de 4h, moment propice pour la pêche, affirment les deux pêcheurs.

En plus de cette contrainte administrative, Bouamama et son associé se plaignent de la difficulté des accès, du carburant ; le propriétaire de la station d’essence refuse de leur servir le carburant dans des bidons malgré les documents en leur possession et qui sont dûment signés par les autorités locales civiles et militaires. Les deux amis se voient obligés de faire le plein de leur voiture et en puiser ensuite pour alimenter le moteur de la barque.

La commercialisation du produit de la pêche constitue un autre casse-tête pour les deux pêcheurs. Ces derniers ramènent leur marchandise au marché de Chlef pour la vendre à des clients venus d’Alger. La réticence à l’achat de ce produit à Ouled Ben Abdelkader et même à Chlef est due essentiellement au fait que très peu de gens savent préparer le poisson d’eau douce. «Les gens de chez nous sont habitués au poisson de mer», nous dit Bouamama qui passe tout son temps au barrage. Il joint sa voix à ceux, nombreux, qui revendiquent à ce que les parages du barrage soient considérés comme des sites touristiques. «Je ne sais pas pourquoi les autorités continuent de faire la sourde oreille, pourtant toutes les conditions sont réunies pour faire de cette région un pôle touristique par excellence», ajoute Bensouna. «Si on m’octroie une parcelle de terre dans la périphérie du barrage, je monterais un café, un restaurant et une pêcherie», dit-il.

«Vu le nombre incalculable des visiteurs qui affluent sur les lieux, Ouled Ben Abdelkader se débarrassera à jamais de son enclavement si les autorités investissent dans ce domaine», enchaine Bouamama.

Pour rappel, les deux hommes, à l’instar de nombreux autres, ont subi une formation de pêche continentale et sont en possession d’un diplôme. Les deux hommes excellent dans l’accueil des visiteurs en quête de fraicheur. En plus de l’air pur et de l’ombre, ces derniers se régalent des poissons de Bouamama qui, en plus d’être un excellent pêcheur est aussi un bon cuisinier. L’homme nécessite d’être connu et son métier médiatisé, il mérite d’être aposté dans ce modeste portrait.

Abdelkader Ham