Après une saison catastrophique en 2016, les céréaliculteurs de la wilaya de Chlef reprennent espoir cette année. Sans être exceptionnels, les rendements de cette année se situent entre 18 et 35 quintaux à l’hectare selon la nature des terres et des techniques utilisées par les agriculteurs.

Mohamed Boudahmi est actuellement membre d’une exploitation agricole collective (EAC), ces fermes issues de la restructuration des domaines autogérés et des coopératives qui eut lieu en 1987. Cet ancien technicien de l’agriculture, qui a connu toutes étapes par lesquelles est passé le secteur agricole, a décidé de se consacrer, avec d’autres paysans, à la céréaliculture et d’autres activités agricoles sur la soixante d’hectares sur lesquelles s’étend l’EAC. Nous l’avons rencontré le 15 juin dernier avec d’autres travailleurs près de «l’embranchement» sur l’oued Wahran supervisant le travail d’une moissonneuse-batteuse. Ce jour-là, il faisait chaud et le soleil était au zénith. «Nous sommes obligés d’ensiler le grain très rapidement car on ne sait pas ce que nous réserve la nature», nous explique-t-il, précisant qu’il faut au plus vite moissonner quelques 56 hectares de blé dur. À cheval sur les règles de sécurité, M. Boudhmi ne tolère aucune entorse : un simple court-circuit peut provoquer l’irréparable et faire partir en fumée les fruits d’un dur labeur. Raison pour laquelle les travailleurs veillent pratiquement jour et nuit sur leurs cultures.

Quant la CNMA et la CCLS entrent en jeu

Cette année, nous indique M. Boudahmi, la récolte s’annonce bonne. Sans être exceptionnelle non plus car le rendement à l’hectare attendu est de 18 à 20 quintaux. «En tout cas, c’est largement mieux que la récolte de 2016 où la saison a été catastrophique à Benaïra», souligne-t-il. L’ancien technicien précise que malgré l’assurance contractée auprès de la Caisse nationale des assurances agricoles (CNMA), cette dernière n’a versé aucun centime à l’EAC. «Nous avons tout perdu, nous n’avions même pas de quoi acheter le fuel pour nos tracteurs », affirme-t-il en pointant du doigt le comportement mesquin des responsables de la caisse agricole. «Mais cette année, nous espérons payer nos dettes contractées auprès des fournisseurs pour l’achat des semences et des engrais», explique-t-il.

Notre interlocuteur affirme que la location de la moissonneuse-batteuse revient à 3800 DA l’heure. «Il faudrait au moins 120 heures pour moissonner toute la superficie», nous apprend-il, assurant que c’est la norme pour l’engin qu’il ont loué. Toutefois, confie-t-il, l’exploitation se rattrape sur la vente de la paille qui est très demandée par les éleveurs de la région. Le prix actuel de la botte de paille est de 200 DA.

Le blé est livré à la coopérative des céréales et légumes secs (CCLS) de Ténès, il est payé à 450 DA le quintal. «Mais la coopérative a des moyens très subtils pour ne pas vous payer la quantité exacte, elle vous enlève le poids du sac, les impuretés, etc., de façon à ce qu’elle gagne davantage sur notre dos», note en souriant M. Boudahmi.

Ali Laïb