C’est à Mouzaïa, en plein cœur de la Mitidja ouest, qu’est installée la conserverie Amour. L’usine, qui court sur ses 30 ans, connaît depuis peu une mue complète pour sa modernisation et l’accroissement de ses capacités de production. Son objectif : mettre sur le marché un produit compétitif et de qualité irréprochable.

 

M.Othmane Amour, président-directeur général du groupe industriel éponyme, s’est lancé le défi non seulement de préserver intact le patrimoine légué par feu son père mais aussi et surtout de doubler les capacités de son usine en entamant une nécessaire opération de lifting. De nouvelles machines automatiques ont été mises en place, d’autres le seront progressivement pour que, d’ici au mois de juillet prochain, la conserverie arrive à traiter 3000 tonnes par jour, soit près du double de ce qu’elle produit actuellement. À ce propos, M. Amour tient à louer les mérites du président-directeur général du groupe Sonelgaz qui a répondu favorablement à sa demande de doubler la dotation de l’usine en gaz naturel.

Les nouvelles performances de la conserverie ne sont pas négligeables pour une conserverie dont le fonctionnement dépend quasi-exclusivement des niveaux de production réalisés par les agriculteurs, notamment les producteurs de tomate industrielle avec lesquels une convention a été conclue. Car, à la conserverie Amour, le concentré de tomate représente l’essentiel de l’activité. «C’est le cœur même de notre métier», nous explique M. Amour. Le principal responsable du groupe industriel, qui a eu l’amabilité de nous faire visiter son usine, nous a édifiés longuement sur sa stratégie : mettre sur le marché un produit à 100% algérien et qui plus est incomparable au plan de la qualité. «En fait, affirme notre interlocuteur, les analyses bactériologiques, chimiques et organoleptiques opérées sur le concentré par le laboratoire interne et celui avec lequel est conventionné l’usine, montrent qu’il n’existe pratiquement aucune trace de résidu chimique». En d’autres termes, le produit peut être labellisé comme «bio». Si et seulement si la traçabilité se faisait de façon correcte. Le Pd-g du groupe Amour estime, en effet, qu’une fois introduit dans les marchés de gros, le produit perd sa trace et il n’est donc plus question de penser au label. Pourtant, regrette-t-il, la majorité des producteurs agricoles algériens n’utilisent que très peu de pesticides, outre le fait que nos terroirs produisent des fruits et légumes possédant une qualité gustative introuvable ailleurs. Selon lui, rien n’empêche l’Algérie de se frayer une place de choix dans la production et l’exportation des produits agricoles dits biologiques.

Produire mieux et davantage

Mais pour ce faire, il y a un écueil psychologique qu’il faut absolument dépasser : changer les mentalités afin que l’agriculteur produise davantage et mieux en changeant à la fois ses habitudes de production et se mettre au diapason de ce qui se fait de mieux dans les pays avancés. C’est en augmentant de façon substantielle la production et en dégageant des surplus importants qu’il est possible d’agir sur les prix et donc de rendre nos produits compétitifs sur le marché international. Il en va de même pour la stabilisation des prix à l’échelle interne. Cela se résume à ceci près : plus il y a de la matière à transformer, plus cette matière est aux normes, plus les producteurs et les transformateurs auront à gagner.

Partant de ces principes élémentaires, la conserverie Amour a conclu des contrats d’approvisionnement avec plusieurs producteurs. Parmi eux, des agriculteurs à Ouled Ben Abdelkader, région où la culture de la tomate industrielle est en passe de supplanter les autres spéculations agricoles. Et pour cause, son climat favorise particulièrement la poussée de ce légumes avec des rendements de plus en plus importants eu égard à l’accompagnement technique, voire financier de la conserverie.

 

«Quand l’agriculteur a l’assurance que son produit trouvera preneur et qu’il sera rémunéré à son juste prix, il est évident qu’il sera encouragé à produire plus et mieux», assure M. Amour qui nous cite le cas de plusieurs exploitants conventionnés.

Le rôle stimulateur de l’État

L’autre défi, c’est de produire algérien en achetant algérien. Une devise qui n’est pas sans créer quelques désagréments, notamment avant et après la campagne de la tomate qui débute en juillet pour se terminer à la fin août. L’excédent est transformé en triple concentré pour la production du double concentré en dehors de cette période. Car, vu les caractéristiques du marché algérien, les prix des produits agricoles connaissent une envolée insupportable pour les conserveries à certaines périodes de l’année. À préciser que la conservation du triple concentré s’effectue sous froid et sans additifs chimiques dans un emballage spécial qui préserve les principales qualités du produit.

Il y a lieu de signaler que la conserverie Amour produit aussi des confitures d’orange, d’abricot, de pomme et de poire. Elle produit également des pulpes de fruits pour des producteurs nationaux de jus et de boissons alimentaires.

La conserverie Amour dispose de sa propre unité de production d’emballage. Le Pd-g souligne que 80% de la production est absorbée par la conserverie alors que le reste est cédé aux tiers. La production est de 60 millions de boite par an. L’avantage de l’emballage métallique réside dans la facilité de la manutention et surtout qu’il protège le produit des effets la lumière. La récupération des déchets métalliques est également plus aisée.

M.Othmane Amour admet volontiers que la filière de transformation des produits agricoles a été revigorée par la politique hardie de soutien à l’activité agricole adoptée ces dernières années par l’État. Selon lui, l’assistance et le soutien sans réserve accordés par les autorités aux producteurs ont amené une véritable bouffée d’oxygène à de nombreuses conserveries qui étaient sur le point de mettre la clef sous le paillasson. Il ajoute que les sollicitudes des pouvoirs publics locaux, à Chlef notamment, ont permis à sa conserverie de prendre pied chez les agriculteurs locaux auprès desquels le label Amour jouit d’une très bonne réputation.

Il en va de même pour les consommateurs qui montrent une préférence pour ce label qui garnit les étalages de la plupart des épiceries et superettes de la région. Et c’est là le défi le plus important de la conserverie Amour : fidéliser le consommateur en lui proposant des produits conformes à tous les points de vue.

Ali Laïb