“Bessaha aidkoum ya ness lasnam”

Par Ali Dahoumane

C’est devenu un rituel : à chaque fois que j’accomplis la prière de l’Aïd et que je souhaite une bonne fête aux proches, aux voisins et à quelques personnes à l’intérieur et en dehors de la mosquée, je presse le pas pour arriver chez moi non pas pour manger les gâteaux mais surtout pour savourer la délicieuse chanson de Abdelkrim Dali : «Bessaha aidkoum». Pleine d’amour et de tendresse, cette chanson voyage de ville en ville, pour souhaiter une bonne fête aux habitants de chacune d’elles et les inciter à suivre les préceptes de l’Islam.

Après un mois de jeûne consacré à la piété et au recueillement dans cette ferveur religieuse que seul le Ramadan peut nous procurer, je ne peux m’empêcher d’adresser mes vœux à l’occasion de cette fête très chère aux Algériens. Bien sûr, ces vœux peuvent-être sincères, moins sincères ou franchement pas sincères du tout.

C’est avec beaucoup de sincérité que je souhaite une bonne fête à tous les agents de nettoyage de la ville. Parcourir tous les quartiers de l’agglomération pour ramasser les ordures et assurer l’hygiène et la propreté n’est pas une mince affaire surtout que nous savons que beaucoup de nos concitoyens font preuve d’un incivisme flagrant, à tous ces travailleurs souvent oubliés qui exercent leur métier dans de mauvaises conditions et parfois avec un salaire frôlant l’indécence, je leur dis «Bessaha aidkoum».

Mais alors mes vœux sont moins sincères quand ils s’adressent à beaucoup de commerçants de notre ville qui se comportent comme de véritables vampires durant toute l’année. L’avidité les a transformés en requins, exhibant fièrement leurs longues dents crochues pour saigner à blanc le citoyen aux revenus modestes qui a eu l’audace de rôder dans leurs parages. Impitoyables durant le mois sacré du ramadhan, ils sont devenus, comme par enchantement, des anges durant la fête de l’Aïd ; on les voit assis aux premiers rangs de la mosquée attendant probablement le pardon de leurs clients. On ne veut pas de vos «boussates», vous pouvez toujours les vendre si vous parvenez à trouver des acheteurs ou bien mettez-les dans des espaces frigorifiques car vous arrivez à tout conserver dans ces lieux obscures et froids que vous semblez affectionner.

Mes vœux sont sincères et pleins de bons sentiments quand ils s’adressent aux membres de la sureté nationale qui travaillent jour et nuit pour assurer la sécurité des biens et des personnes et, bien entendu, aux militaires qui sécurisent nos frontières et protègent notre pays des nombreuses menaces extérieures, loin de leurs familles et parfois au péril de leurs vies. À tous ces corps de défense et de sécurité, je leur dis «Bessaha Aidkoum». Par contre, mes vœux ne sont pas sincères quand ils s’adressent aux élus de notre ville qui ont réussi le triste exploit de transformer une charmante cité, pleine d’histoire, en un véritable souk où le citoyen a toutes les peines à se frayer un passage au milieu des vêtements et autres marchandises étalés sur les trottoirs.

Je ne dis pas «Bessaha Aidkoum» aux chaînes de télévision algériennes, qu’elles soient publiques ou privées, c’est le même constat et la même désolation. L’une a invité et a déroulé le tapis rouge à Feriel Furon qui n’est autre que l’arrière-petite-fille du sinistre Bachagha Bouaziz Bengana qui coupait les oreilles des résistants algériens et les remettait aux militaires français contre de fortes sommes d’argent. Cette femme a été reçue en grande pompe par la télévision d’État pour présenter son livre qui faisait l’éloge de ce sinistre personnage qui a été décoré d’une quinzaine de médailles militaires pour ses bons et loyaux services envers la France. La télévision privée, quant à elle, a trouvé un malin plaisir à humilier et ridiculiser un écrivain algérien de renom.

Je ne dis pas Bessaha aidkoum à nos députés car ils ont montré lors des dernières élections législatives que leur comportement est loin d’être irréprochable. Les médias et les réseaux sociaux nous ont révélés comment des places bien positionnées peuvent s’acheter à coup de milliards et on a tout appris sur l’art de bourrer les urnes. De tels agissements n’honorent nullement leurs auteurs mais ont au moins le mérite de mettre à nue la véritable nature des gens qui nous représentent à l’assemblée nationale.

Je dis «Bessaha aidkoum» aux guichetiers d’Algérie Télécom qui ont su satisfaire les nombreuses demandes et requêtes de leurs usagers, surtout pendant le Ramadhan, sans se départir de leur sourire ; «Bessaha aidkoum» aux fonctionnaires des différents services qui ont répondu favorablement aux nombreuses sollicitations des citoyens avec un calme olympien et sans montrer aucun signe d’énervement surtout en cette période de canicule.

«Bessaha aidkoum» à tous les enseignants qui ont trimé durant toute l’année, à celles et ceux qui exercent ce beau et noble métier, je vous dis «Bessaha aidkoum», n’oubliez pas que tout travail honnête est loué par le seigneur, tout en espérant que la future moisson sera prometteuse.

«Bessaha aidkoum ya ness ElAsnam» (ou Chlef), c’est du pareil au même, cette fête doit nous rappeler qu’il y a des gens qui sont dans le besoin et attendent un geste de notre part.

«Bessaha aidkoum ya ness Bocca Sahnoun» tout en espérant que cette fête doit nous montrer nos obligations envers les malades et les personnes âgées.

«Bessaha Aidkoum ya ness el firem», même si vous n’arrivez toujours pas à comprendre pourquoi votre ancienne mosquée reste toujours fermée et que votre grand souhait est celui d’accomplir la prière de l’Aïd dans cet édifice religieux qui vous est très cher. «Bessaha aidkoum ya ness La Cité» même si toutes les larmes versées ne pourront nullement vous rendre les arbres que vous chérissiez et qu’on a abattus stupidement. «Bessaha aidkoum ya ness Medjadja», on aime tant vous rendre visite et écouter ces enfants qui psalmodient à chaude voix les versets du livre sacré car vous incarnez pour nous toujours cette bonne éducation et le respect des traditions.

«Bessaha aidkoum ya Ness Zeboudja» que dieu accepte vos bonnes actions et que cette fête soit l’occasion pour la réconciliation et la fraternité.

«Bessaha aidkoum ya ness Oum Drou» en espérant que le bon dieu pardonne nos pêchers et nos actes inconscients.

«Bessaha aidkoum ya ness Sendjas», n’oubliez pas de venir en aide à la veuve et à l’orphelin en ce jour béni par le seigneur.

«Bessaha aidkoum ya ness Ténès», avoir une ville historique comme la vôtre au sein de notre wilaya constitue un grand honneur pour nous.

«Bessaha aidkoum» à tous les Algériens et bien entendu aux musulmans du monde entier.


Ils ont dit :

Ahmed Boudjelthia, chauffeur de taxi :

«Je profite de l’occasion qui m’est offerte pour adresser mes meilleurs vœux de l’Aïd aux Asnamis, aux Algériens et bien entendu aux musulmans du monde entier tout en espérant que le bon dieu accepte notre jeûne et nos prières. Je souhaite un joyeux Aïd à la grande famille sportive chélifienne. Il convient toutefois de souligner que cette fête doit nous rappeler qu’il y a des personnes qui ont besoin de notre aide, alors il ne faut pas hésiter à accomplir de bonnes actions envers cette catégorie».


Djamel Touba, fonctionnaire :

«C’est avec beaucoup de sincérité que je souhaite le bonheur, la paix et une bonne santé à tous les Algériens et à toutes les personnes qui me connaissent. Je profite également de l’opportunité qui m’est offerte pour implorer le bon dieu tout puissant et lui demander de préserver notre pays et son unité. Il ne faut pas oublier que durant cette fête on doit penser aux pauvres et aux nécessiteux».


Benali Saidi, sérigraphe :

«Je profite de l’opportunité qui m’est offerte pour adresser mes vœux les plus sincères à tous les Algériens et aux musulmans du monde entier. Mon souhait est de voir cette fête devenir la fête du pardon et de la réconciliation car l’Aïd est pour nous le symbole de la clémence. Cette fête doit nous rappeler également nos obligations envers les personnes âgées et les nécéssiteux, comme elle doit nous montrer l’acte de solidarité envers notre prochain car c’est grâce à cette solidarité que nous sommes parvenus à recouvrir notre indépendance. Cette fête ne doit pas nous empêcher d’avoir une pensée pour nos frères palestiniens qui souffrent quotidiennement des exactions sionistes et notre souhait est de voir ce peuple rétabli dans ses droits».


Mohamed Belkacemi, commerçant :

«Je commence tout d’abord par remercier notre journal qui nous donne cette occasion d’adresser nos vœux à nos concitoyens. Je souhaite beaucoup de joie, de bonheur et de santé à toutes les Algériennes et à tous les Algériens. J’espère de tout mon cœur que l’Aïd soit également la fête de la réconciliation et du pardon. Durant ce jour béni par le seigneur, l’être humain doit montrer sa générosité envers son prochain. Que dieu accepte notre jeûne et nos prières».


Ali Rabah, retraité de l’éducation :

«Je suis très heureux d’être sollicité pour contribuer à notre hebdomadaire. Avant toute chose, j’adresse mes vœux les plus sincères au peuple algérien. Je souhaite aux Algériens beaucoup de joie et de bonheur. Cette fête est le symbole du pardon et de la réconciliation, il suffit juste de faire le premier pas et d’ouvrir ses bras et son cœur. Que dieu illumine nos cœurs et exauce nos prières. Il ne faut pas oublier de rendre visite aux personnes âgées et aux malades».


Soraya Balia, enseignante :

«À l’occasion de l’Aïd el-Fitr, fête très chère à tous les Algériens, je présente mes meilleurs vœux à tous les Algériens où qu’ils soient, à toute ma famille et surtout à mes filles Insa, Dounia et Fella ainsi qu’à tous mes collègues du CEM Laribi Maamar de Ténès, sans oublier les habitants de ma ville natale. En tant qu’enseignante, je souhaite la réussite à tous les candidats qui ont passé un examen (5°, BEM ou BAC). Puisse dieu nous accorder santé, joie et prospérité et accepter notre jeûne et nos prières».

Propos recueillis par A. Dahoumane