Des bienfaits de la colonisation française en Algérie : Ou comment débarrasser l’humanité des races inférieures

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Par Mohamed Tiab

 Depuis l’occupation de l’Algérie par ses troupes en 1830, la France a fait de l’anéantissement de la race Arabe une de ses premières priorités. Le premier des hommes politiques qui milita grandement en ce sens est Louis Moll (1809-1880), auteur d’un volumineux ouvrage, intitulé «Colonisation et agriculture de l’Algérie», publié en 1845 à Paris. Il estime dans son ouvrage, à la page 108, que «toute race qui n’est pas apte à la civilisation doit nécessairement disparaître comme ont disparu les animaux antédiluviens».

 

Louis Moll, partisan acharné de l’instauration en Algérie d’un régime militaire très rigoureux, considère que le conflit qui oppose son pays aux Arabes d’Algérie n’est que l’expression particulière d’une lutte commune aux espèces humaines et animales qui s’affrontent depuis les premiers âges de notre globe. Selon lui, «la terre tout entière appartient de droit à la civilisation incarnée par les Blancs». D’après son raisonnement raciste, «les  indigènes d’Algérie doivent donc traités comme les Indiens d’Amérique avant eux ; ce n’est pas là perpétrer un grand crime, mais servir l’humanité en la débarrassant des races qui ralentissent la marche des peuples supérieurs partis à la conquête du monde pour le civiliser».

Lucien-François de Montagnac (1803-1845), qui a servi sous les ordres du général Christophe de Lamoricière (1806-1865), épouse lui aussi la thèse de l’extermination des Arabes. s’exprimant dans une de ses correspondances privées, il livre ses témoignages sur les méthodes et moyens nécessaires à employer pour venir à bout des autochtones algériens : «Voilà, mon brave ami comment il faut faire la guerre aux Arabes, tuer tous les hommes jusqu’à l’âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants, en charger des bâtiments, les envoyer aux îles Marquises au ailleurs ; en un mot, anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens».

Le génocide des populations algériennes est donc, selon ces prétendus penseurs, une nécessité absolue qui permet d’atteindre deux objectifs distincts : éliminer, d’après leur expression, des êtres incapables d’exploiter correctement la nature, et autoriser par la même occasion les peuples supérieurs à s’emparer de vastes territoires qu’ils pourront développer librement. Beaucoup de théoriciens occidentaux versés dans ses thèses encouragent le racisme contre les peuples opprimés, ils estiment que, «aux yeux de la théologie, les Arabes sont des hommes déchus ; aux yeux de la morale, des hommes vicieux ; aux yeux de l’économie humanitaire, des improducteurs». Bodichon, un médecin d’Alger n’a pu trouver mieux que d’avancer une théorie extrême qui s’articule essentiellement sur l’élimination massive des Algériens : «Il faut à l’arbre de la civilisation européenne une terre assez vaste  pour qu’il puisse s’y développer nonobstant les tempêtes pour qu’ensuite il étende ses branches jusqu’au fond de l’Afrique barbare». Il ajoute : «Si nous n’y prenons garde, l’élément arabe, tel un ver rongeur, s’insinuera dans cet arbre, et, bien que cet arbre ait été arrosé et de sueur et de sang, il restera chétif et infécond».

C’est de cette civilisation féconde très chère à ses initiateurs, que nous allons entretenir nos lecteurs et lectrices pour leurs montrer les «bienfaits» et les résultats réellement obtenus sur le terrain. Pour étonner nos civilisateurs et les faire retourner dans leurs tombes, on commencera par la conservation au musée national de l’homme et de la nature à Paris (MNHN) d’innombrables crânes d’Algériens qui son numérotés et entreposés à nos jours dans des caissons en bois et des armoires métalliques.

Les crânes sont ceux des résistants algériens tués, puis décapités en 1849, lors de la célèbre bataille de Zaatcha. En 2011, l’historien et anthropologue Ali Farid Belkadi a retrouvé la trace de ces ossements empaquetés dans de vulgaires boites cartonnées, qui évoquent les emballages à souliers ! Il alerta les autorités algériennes de sa découverte macabre. Les démarches entreprises auprès du gouvernement français pour leur restitution n’ont pas abouties jusqu’à nos jours.

Une première pétition fut lancée pour demander au gouvernement français la restitution de ces crânes, dont celles des chefs de l’insurrection des Zibans. Cheikh Bouziane, crâne n° 5941 ;  Si Moussa Al Darkaoui, crâne n° 5942 ; Bou Amar Ben Kedida, crâne n° 5943 dans les registres du Muséum. Boubaghla, de son vrai nom Mohamed Lamdjed Benabdelmalek, originaire de la région d’Aïn Defla, dit le Borgne, crâne n° 5940. Aïssa Al Hamadi, lieutenant de Boubaghla, tête momifiée n° 5939. Mokhtar Al Titraoui, crâne n° 5944.

Rappelons que Cheikh  Bouziane fut décapité en compagnie de  on fils et de Si Cherif Moussa Derkaoui par le sanguinaire général de triste renommée Herbillon au lendemain de l’assaut final contre l’oasis le 26 novembre 1849. La tête du vénéré cheikh fut fixée à la baïonnette d’un fusil, à la baguette, celle de son fils et sur la capucine fut ajustée celle de son fidèle compagnons Moussa Derkaoui. Les français perdirent 1500 soldats lors de cette courageuse résistance qui avait duré deux mois.

Le massacre des Zaatcha

Un témoin de l’époque, Louis de Baudicour décrit les scènes d’horreur qui accompagnent la défaite indigène dans son ouvrage intitulé «La guerre et le gouvernement de l’Algérie», édité en 1853, de la manière suivante : «Les zouaves, dans l’enivrement de leur victoire, se précipitaient avec fureur sur les malheureuses créatures qui n’avaient pu fuir. Ici un soldat amputait, en plaisantant, le sein d’une pauvre femme qui demandait comme une grâce d’être achevée, et expirait quelques instants après dans les souffrances ; là, un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre une muraille».

Charles Rocher, témoin oculaire de ces crimes contre l’humanité, nous livra un témoignage saisissant au lendemain de l’arrestation et la décapitation du chef de la révolte de Zaatcha dans un de ses écrits : «Un Arabe d’un extérieur et d’une attitude qui révélaient le chef apparut, sortant d’un des coins obscurs de la maison. Il était blessé à la jambe et s’appuyait sur un des siens. Sa main tenait un fusil, qu’il présentait à ses ennemis. Voilà Bou-Zian, s’écria le guide. Aussitôt le commandant se jeta sur lui et empêcha ses soldats de faire feu. «Je suis Bou-Zian», telle fut la seule parole du prisonnier, puis il s’assit à la manière arabe et se mit à prier. M. de Lavarande lui demanda où était sa famille. Sur sa réponse, il envoya l’ordre de la sauver ; mais il était trop tard : déjà sa mère, sa femme et sa fille avaient été mises à mort, victimes de la fureur des zouaves, qui s’étaient introduits dans toutes les pièces et en avaient passé les habitans (sic) au fil de l’épée. La fille de Bou-Zian, que sa beauté aurait dû faire épargner, ne put donc être sauvée, pas plus que les autres femmes qui, mêlées aux défenseurs, devaient subir, comme eux, le sort des armes. C’est la nécessité cette loi inexorable de la guerre, qui justifie de telles fureurs, et toute ville qui est prise d’assaut, après avoir refusé de se rendre, y est condamnée. M. de Lavarande avait envoyé prévenir le général Herbillon que Bou-Zian était entre ses mains. «Faites-le tuer», telle fut la réponse. Un second message rapporte le même ordre. Le commandant fit appeler quatre zouaves et leur ordonna à un signal donné de viser au cœur. Se tournant ensuite vers Bou-Zian, il lui demanda ce qu’il désirait et ce qu’il avait à dire. «Vous avez été les plus forts, Dieu seul est grand, que sa volonté soit faite !» Ce fût la réponse du chef arabe. M. de Lavarande, le prenant alors par la main, le força à se lever, et, après l’avoir appuyé le long d’un mur, se retira vivement. Les quatre zouaves firent feu. Bou-Zian tomba raide mort. On voulait lui faire couper la tête par le guide qui l’avait trahi ; mais celui-ci refusa et présenta aussitôt la sienne. Ce fut un zouave qui s’en chargea : il apporta ensuite le sanglant trophée au colonel Canrobert et le lui jeta entre les pieds. La tête du plus jeune fils de Bou-Zian fut également rapportée au colonel et alla rejoindre celle de son père. On décapita aussi le cadavre de Si-Moussa, qui avait été découvert au milieu des morts».

Même les lieux de cultes ne furent pas épargnés par ces soldats criminels qui s’acharnèrent sur toute chose. Comme ultime entreprise menée contre ce paisible oasis, l’armée française fait sauter le minaret de la mosquée de Zaatcha qui s’écroula dans un fracas épouvantable.

Aujourd’hui, l’Etat français qui continue de confisquer notre histoire, cachant sa véritable honte de sa barbarie d’antan que toute l’eau du fleuve de la Seine ne peut laver, estime que ces têtes sont de simples «objets scientifiques».

Des expériences sur les têtes décapitées

Une autre expérience française fut aussi préconisée en Algérie durant les premières années de l’occupation de l’Algérie par les décideurs de Paris : la remise des têtes d’Algériens toutes ensanglantées aux médecins pour des expériences scientifiques qui n’ont pas fait défaut. En avril 1832, lors du massacre de la tribu des Aouffia, près d’El Harrach (Alger), par le sinistre duc de Rovigo, la tête du chef de la tribu fut remise à un médecin militaire français le docteur Beaunafon pour tenter une expérience scientifique démontrant par la même occasion est-ce que l’âme quitte immédiatement le corps de son compagnon une fois décapité.

La tête du célèbre résistant et lieutenant de l’Emir Abdelkader, Mohamed ben Allel Sidi Embarek, mort au combat le 11 novembre 1843, près d’Aïn Temouchent, fut décapitée et séjourna quelques temps à Orléansville (Chlef) toute ensanglantée sur le bureau du tristement célèbre général Eugène Cavaignac (le bourreau de la tribu des Sbéahs en avril 1844), lorsqu’il était au commande de la subdivision militaire d’Orléansville. Cette tête d’un des plus prestigieux résistants algériens se trouve jusqu’à nos jours au musée de l’homme à Paris.

La France excella aussi à la remise des têtes d’Algériens civils à ses médecins pour tenter des expériences scientifiques dont nous ignorons le véritable dessin. Les guillotines, après les avoir décapités, la remise de la tête avec le corps du supplicié à la famille, doit passer nécessairement par cette sale besogne qu’on appelle «expérience scientifique». Les exemples sont nombreux et édifiants.

Le journal Bel-Abbessien (n° 143 du dimanche 11 mai 1890, page 2) nous informe que la tête d’un guillotiné, Mohamed Boubeker, fut immédiatement transportée à l’hôpital de la ville où des expériences ont été faites par les médecins militaires et civils convoqués à cet effet. La photographie de la tête du supplicié a été prise et moulée par M. R.  En 1886, l’Avenir de Bel-Abbès (n° 340  du samedi 19 juin), informe ses lecteurs de la décapitation à l’aide de la guillotine, la veille à Sidi Bel Abbes, d’un nommé Messaoud. L’auteur de l’article indique que «le corps a été soumis à des expériences électriques. On a mis les bras en mouvement, et rendu à la tête du supplicié, sa physionomie et jusqu’à son sourire habituels. Un moulage de la face a parfaitement réussi».

De l’usage immodéré de la guillotine

Un autre exemple plus édifiant nous est livré par l’Oued Sahel, journal bougiote (Béjaïa de nos jours) du jeudi 3 juin 1888 lors de l’exécution à Bône (Annaba) d’Amar ben Mohamed Belarbi, le lundi 31 mai 1888, à 4 heures du matin. L’auteur nous livre un décor des plus lugubres en ses termes : «Au milieu de l’emplacement du marché aux bestiaux, la guillotine s’aperçoit de loin, avec ses longs bras sombres soutenant le couteau triangulaire. Une compagnie de tirailleurs forme la haie, tenant la foule à distance. Les troupes ont du reste stationné toute la nuit sur le terrain de l’exécution, avant même qu’on ait dressé les bois de justice. A deux heures du matin, des groupes de curieux circulaient autour des sentinelles qui les empêchaient d’approcher. On peut, sans exagération, évaluer à un millier de personnes le nombre des assistants. Les indigènes étaient très peu nombreux. A droite de la guillotine, la bière longue et blanche se dissimule mal sous le couvercle du panier noir destiné à recevoir le corps. En arrivant, Amar tourne le dos à la fatale machine. On l’aide à descendre du tombereau et à s’approcher de la bascule. A peine a-t-il touché l’instrument de supplice, qu’avec une rapidité d’éclair, la planche roule, le cou glisse dans la lunette et le couteau s’abat !  La tête tombe dans la baignoire, le corps dans le panier et, entre deux tremblotements de paupières, le supplicié a disparu. Sitôt que la tête est tombée, une vingtaine de personnes, médecins, journalistes et autres qui avaient obtenu l’autorisation d’entrer au milieu du cordon formé par les troupes, se précipitent vers la guillotine. La tête tombée sur du son, dans un petit récipient, en forme de baignoire, est prise par M. le docteur Silve qui, la tenant par les deux oreilles, lui crie : «Amar ! Amar !» Quelques contractions de la face ont lieu, et pendant une minute, la pupille de l’œil se dilate très visiblement. La face parait vivante et n’est pas encore décolorée. Replacée sur son lit de son, les assistants constatent qu’à trois reprises différentes, la tête oscille sur la joue gauche. Le docteur la reprend, mais tout mouvement a cessé et la face devient entièrement exsangue.
M.d’Alger (Pierre Lapeyre, le successeur de M. Rasneux, ndlr) et ses aides, parmi lesquels M. Deibler, fils du bourreau de Paris, sortent le corps du panier et le placent dans le cercueil, avec la tête. On hisse le tout sur le tombereau qui part pour l’hôpital civil, vers lequel nous nous dirigeons après MM. Les docteurs Silve, Pêtrolacci et un docteur militaire, qui vont faite sur le cadavre quelques expériences. Nous entrons dans l’amphithéâtre de l’hôpital civil, où la tête du supplicié est déjà placée sur une table de marbre, derrière une autre table sur laquelle est le cadavre d’un homme décédé la veille. M. le docteur Silve pratique quelques incisions au-dessous de l’oreille droite, et à plusieurs reprises on constate une crispation de la lèvre inférieure. Des expériences électriques sont faites ensuite sur la face qui se contracte et grimace d’une façon surprenante. Tous les muscles du visage sont en mouvement, les yeux s’ouvrent, les oreilles remuent et la bouche se tord de gauche à droite avec des mouvements excessivement accentués.
M.X., docteur militaire, ouvre ensuite le crâne et met la cervelle à nu afin d’y faire des expériences électriques ; mais aucun mouvement n’est remarqué.

La tête a été coupée au raz du menton, la décollation est oblique. Les expériences sont terminées, et à cinq heures et demie nous sortons de l’hôpital. En ville, quelques magasins s’ouvrent, les troupes sont rentrées à la caserne et les spectateurs de l’exécution regagnent leur domicile».

Ainsi la France arrosa de ses bienfaits les indigènes d’Algérie.

M.T.