Ali Cherifi, citoyen de Breira, à propos du secteur de la santé : «Presque tous nos enfants sont nés à Zéralda et Tipasa»

0
166

Alors que nous étions affairés à photographier quelques équipements et administrations publics à Breira, un jeune homme nous a abordés pour nous dire, ouvertement, qu’il nous faut noircir des pages entières de notre journal pour rendre compte de la situation difficile des gens de cette commune. Il s’appelle Ali Cherifi et pense que tant qu’il y a aura des «gens biens» en Algérie, l’espoir est toujours permis. Une façon à lui d’orienter notre reportage. Il nous affirme en outre que le plus gros problème qu’il a eu à vivre est sans conteste l’absence de structures de santé, qui a fait que tous ses enfants naissent à Zéralda ou à Tipasa. Intrigués par cette déclaration, nous avons décidé de lui poser quelques questions pour en savoir davantage sur la vie qu’il mène dans ce paisible village.

Le Chélif : Parlez-nous de la situation sanitaire qui équivaut dans votre commune ?

Cherifi Ali : Concernant la santé à Breira, je peux affirmer que nous sommes délaissés complètement de ce côté-là. Certes, une polyclinique existe, mais elle est dépourvue de tout, excepté les vaccins pour enfants. Il y a un seul médecin généraliste pour toute une population, il n’y a pas de médecin de garde. Nous avons aussi un dentiste qui vient un jour par semaine, une maternité fermée depuis des années faute de sage-femme, laboratoire d’analyses qui ne fonctionne pas, la radio est toujours en panne…

Comment faites-vous quand il y a urgence, pour les accouchements par exemple ?

Je vous fais savoir que les enfants de Breira, presque tous nos enfants sont nés à Zeralda et Tipasa !

Pourquoi ?

Tout simplement, à Chlef comme à Ténès, nous sommes mal accueillis, il y a trop de bureaucratie, nos malades ne sont pas pris en charge convenablement. C’est tout le contraire qui se passe à Gouraya, Tipasa ou Zéralda.

Qu’en est-il avec les responsables ?

La dernière fois, l’ex-wali de Chlef était de passage dans le cadre d’une visite de travail dans notre commune, je lui ai parlé de la maternité fermée et qui n’a que de nom, il m’a répondu qu’on est à la recherche d’une sage-femme, il nous a promis qu’il ferait le nécessaire pour trouver une solution à notre problème et depuis, il n’y a rien. Nous sommes contraint à chaque fois de nous déplacer par nos propres moyens quand il y a une urgence, à cause de l’absence d’une ambulance dans notre commune. Figurez-vous, plusieurs fois, des femmes accouchent au milieu du trajet Breira-Tipasa. Avec tous les inconvénients de la route accidentée, le malade souffre le martyre. Pour les autres qui n’ont pas les moyens de se permettre de louer un véhicule, je vous laisse le soin de deviner ce qu’ils doivent supporter. De plus, il faut savoir que la majorité de la population vit au seuil de la pauvreté, sans ressources et sans moyens.

Et ça n’a pas l’air de s’améliorer ?

Notre commune est très pauvre, elle n’a pas de ressources, la plupart de ses enfants l’ont désertée pour d’autres wilayas, d’autres ont opté pour la «harga» faute de travail et de perspectives dans cette commune enclavée et ignorée par les responsables locaux. Pour tout vous dire, la situation est vraiment critique, nos routes sont dégradées, la population pointe du doigt la bureaucratie qui règne à leur encontre au niveau de Ténès et Chlef.

Parlez-nous de l’alimentation en eau potable ?

Le barrage est à 100 mètres du village et nous manquons d’eau quotidiennement dans nos robinets. On s’est plaint à l’APC, le maire nous a répondu qu’il n’a pas les moyens de payer le mazout pour faire démarrer les moteurs afin de vous aider à recevoir l’eau. On est contraint de cotiser entre habitants pour acheter le mazout. Pour l’électricité, les coupures sont très fréquentes et très répétées, de jour comme de nuit, sans aucune explication, plusieurs appareils ménagers ont été endommagés à cause de ces pannes non élucidées. Il y a un point noir qui concerne le pont qui traverse la rue principale allant vers Béni Haoua, à chaque averse le pont est submergé d’eau, la route est coupée.

Et si on parlait de l’enseignement ?

L’enseignement connaît une ségrégation qui n’a pas de nom ! La majorité des profs, qu’ils soient dans le primaire, le moyen où le secondaire est issue d’autres communes comme si la commune manquait d’enseignants et d’universitaires. On préfère les faire venir de Chlef et d’ailleurs juste pour signer le PV d’entrée pour garantir le poste et s’absenter les jours suivants, décriant l’éloignement pour certains, pour d’autres, ils arrivent tous les jours en retard alors qu’ils bénéficient de logements de fonction au sein des établissements, figurez-vous que le concierge d’un établissement vient d’Oum Drou ! Allez comprendre quelque chose !

Propos recueillis par Hocine Boughari