Il manque terriblement au collège après son départ à la retraite

C’est lui qui a ouvert, pour la première fois, les portes du collège d’enseignement moyen «Ahmed Cherfaoui» de Breira avec le premier directeur de l’établissement Abdelkader Benmouaz. Tous ceux qui ont passé par cette établissement le connaissent : directeurs, enseignants, travailleurs dans les différents services et domaines au niveau de l’établissement et les élèves. Aujourd’hui, il a pris sa retraite et manque terriblement au personnel et aux élèves du collège.

Tout le monde le respecte, personne ne l’appelle par son nom dépourvu du qualificatif Ammi (oncle). Il s’agit de ammi Ahmed Bouchaa, un ouvrier professionnel au niveau de cette structure éducative. Il a débuté le travail au niveau de l’établissement depuis le premier jour de son ouverture le 20 septembre 2001. Avant d’être recruté comme ouvrier professionnel  salarié, il était ouvrier au chantier de construction de l’établissement à la fin des années 1990. A cette époque, il n’ y avait pas beaucoup de poste de travail à cause de la situation économique et sécuritaire du pays en général et celle de la région de Breira en particulier. En effet, c’est en raison de ces circonstances qu’il avait perdu son poste de travail au niveau de la commune suite au licenciement collectif  des salariés où il a commencé à travailler comme ferrailleur en 1985. La décision de suspendre les travailleurs de la commune prise en 1994 est tombée tel un couperet sur ses simples ouvriers, à l’instar de ammi Ahmed, qui ne savaient à quel saint se vouer au milieu des tragiques événement que vivait le pays à cette époque. «Malgré la modestie des salaires, les choses n’étaient pas aussi graves», raconte ammi Ahmed. En plus de la perte de son poste d’emploi, tous les horizons était bouchés devant lui d’autant plus qu’il avait une famille à charge : des enfants à nourrir et à habiller.

À partir de 1994, ammi Ahmed vivait au jour le jour en se débrouillant autant qu’il le pouvait. Lorsqu’une caserne de l’armée populaire fut construite à Breira, au milieu des années 1990, Ammi Ahmed est appelé à s’occuper de différentes tâches au niveau de l’établissement militaire dans le cadre du filet social avec une pension de 3000 DA par mois, une somme qui ne pouvait satisfaire les besoins d’une seule personne. Après quoi, il commença à travailler dans les champs agricoles, la seule et dernière solution qui s’offrait à lui.

2001, la vie de l’errance

Comme nous l’avons cité plus haut, c’est en 2001 qu’il trouvera une stabilité relative avec une paie à la fin de chaque mois. Quoique trop modeste, ce pécule lui permet de satisfaire des besoins élémentaires quand même. Dans un premier temps, il était recruté sous contrat comme ouvrier professionnel dans la catégorie OP3 qui était la dernière classe à cette époque puisque l’échelle de classement est inversée aujourd’hui dans la mesure où un débutant est classé dans la catégorie OP1. Cependant il n’a pas tardé pour être titularisé en 2002 mais cette titularisation lui avait coûté sept mois d’attente pour être payé. Imaginons comment il a pu avoir le courage et le moral à travailler sans le sou et une famille à nourrir, à habiller et à soigner surtout lorsqu’on sait que beaucoup de tâches lui sont confiées. «Je me lève à 6 h du matin pour préparé le lait aux élèves, lorsque ces derniers terminent leur petit-déjeuner, je m’attaque à la vaisselle. Juste après, commence la préparation du déjeuner qui nécessite la mobilisation de tous les ouvriers dont le nombre était très réduit contrairement au nombre d’élèves qui était très élevé. Vous savez, le travail à la cantine n’est pas facile. A la fin du travail à la cantine, je dois aller nettoyer la cour. Enfin, j’arrive chez moi dans un état lamentable après plus de huit heures de corvée sans arrêt», nous a confiés ammi Ahmed sans aucun regret puisque, pour lui, l’important c’est de voir nos enfants scolarisés dans les meilleures conditions qui soit. Il disait cela pour répondre à nos question et non pour se plaindre car il n’est pas du genre geignard, loin s’en faut. Le sourire ne quitte jamais son visage. Bref, c’est une personne qui se contente de peu et vous pousse à être optimiste malgré vous. Toutefois, il faut reconnaître que sa santé a été influée par la charge qu’il subissait au travail, c’est pour cette raison qu’il a décidé de prendre sa retraite avant d’atteindre l’âge légal  puisqu’il n’a que 56 ans. C’est la première année de sa retraite et c’est la première année  scolaire dans l’établissement sans lui. Sa place ne pourra être remplie par aucune autre personne grâce à sa gentillesse légendaire et le respect mutuel dont il dispose au sein de l’établissement ; il est autant respectueux que respecté. Nous lui souhaitons une vie de retraité pleine de bonheur et de joie mais surtout pleine de santé.

Hassane Boukhalfa