Il excellait dans les attaques contre les fermes des colons et leurs suppôts

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Bouziane El Kalaï, bandit d’honneur 

Par Mohamed Tiab

Bouziane El Kalaï, de son vrai nom Bouziane Ould El Habib El Kalaï Chougrani, est né en 1838 à Kalaâ (wilaya de Relizane) qui dépendait naguère de la grande tribu des Béni Chougrane. Elevé par sa tente maternelle près de Ferraguig jusqu’à l’âge d’adulte, il s’est fait connaitre à l’opinion public par sa première action spectaculaire le 13 août 1873 quand il délesta El-Hadj Mohamed Ibn Abdellah, un notable et un riche de la ville d’Orléanville (El Asnam), sur le chemin de retour de Kalaâ vers Orléansville, à bord de son calèche, après avoir rendu visite à sa fille.

Ne pouvant supporter l’injustice imposée aux Arabes par les suppôts de la colonisation, les bachaghas et les caïds en particulier, surtout lors de la collecte de l’impôt au profit de la France, il déshabilla l’un d’eux devant la population de son village natal. Pour rendre justice lui-même, il décida d’entrer en dissidence contre le pouvoir de l’époque en créant un maquis en compagnie d’autres amis. El Kalaï excella dans les attaques contre les fermes des colons acquises dans le cadre de la loi du Sénatus-consulte de 1863, dite loi de la honte qui déposséda les paysans algériens de leurs meilleures terres.

Bouziane El Kalaï ne tarda pas à gagner à sa cause une importante tranche de la société algérienne. L’autorité française établie en Algérie (gouvernement général) acculée par les coups meurtriers de Bouziane, écrivit un rapport au ministre de la guerre à Paris le 30 décembre 1874 pour l’informer de la révolte grandissante de Bouziane El Kalaï. On mobilisa toute une armada de fantassins et de cavaliers et il ne fut capturé que par traitrise d’un certain caïd dénommé Benyoucef.

Bouziane El Kalaï sera condamné et guillotiné à Mohammadia (ex-Perrégaux) près de Mascara, à le 20 juillet 1876 à 5 heures du matin, l’âge de 39 ans. En 1983, le cinéaste algérien Belkacem Hadjadj produit un beau téléfilm retraçant la vie de personnage légendaire incarné par feu Sirat Boumedienne, qui reçu le prix Venezia Genti à la Mostra de Venise (Italie) en 1984.

Tellement le personnage de Bouziane El Kalaï est devenu célèbre et important par ses actions spectaculaires contre les intérêts des colons que toute la presse paraissant en Algérie et en France lui consacra la une de ses journaux. Un de ces quotidiens s’efforça de livrer à son lectorat un portait des plus mensongers sur l’homme qui a donné du fil à retordre aux pouvoirs publics français. Cet organe de presse décrit Bouziane comme un  homme au physique ingrat et bestial que les journaux illustrés ont reproduit : «Tête ronde, pommettes saillantes, lèvres épaisses, nez camard, barbe rude et grisonnante, regard faux et cruel, teint bistré. Il est vêtu d’une veste et d’un large pantalon bleu comme en portent les Turcos, une haute chéchia rouge est enfoncée sur la nuque. Il a peut-être quarante ans.»

Essayez de brosser un tableau fidèle sur le personnage de Bouziane El Kalaï dans un seul article de presse pouvait être considérée comme une chimère. Néanmoins, compte tenu de l’importance de ce personnage légendaire dont le souvenir est demeuré vivace à nos jours, je me suis efforcé de relater à nos lecteurs et lectrices, les moments forts de Bouziane, son arrestation, sa condamnation et son exécution en s’aidant de la presse de l’époque.

Les moments forts des actions de Bouziane

On lit dans le journal «La Presse du 9 décembre 1873» au sujet de la bande de Bouziane.

«On écrit de Mascara : deux malfaiteurs dangereux, les nommés Bou Zian Ould el Kalai et Ould el Guecheri ont pris pour théâtre principal de leurs exploits les cantons de Relizane et de Saint-Denis du Sig et parviennent depuis plusieurs mois, à échapper aux plus actives recherches, grâce aux intelligences qu’ils ont conservées au milieu des populations de ces circonscriptions dont ils sont originaires.»

Il y a quelques jours, Si Mouley Tahar, caïd des Sedjarara, territoire militaire du cercle de Mascara, fut avisé que les deux bandits avaient trouvé l’hospitalité chez un de leurs parents, le nommé Ahmed ben Adida, indigène au service d’un Espagnol habitant à 5 km environ de Saint-Denis du Sig, sur le territoire, de cette circonscription cantonale.

Il se rendit immédiatement auprès du chef de l’autorité locale pour lui exposer la situation et obtenir de lui les mesures nécessaires pour que force restât à la loi. M. l’administrateur désigna aussitôt pour procéder à cette arrestation, les gendarmes Boucheron et Prévôt, et les fit accompagner par son chaouch Mustafa benYedrissi, et par le garde-champêtre indigène Mahamed ben Toumi.

La petite troupe se mit en marche, guidée par le caïd Mouley Tahar et son serviteur Baghdad bel Arbi. Lorsqu’elle arriva au gourbi de Ben-Adida, elle ne trouva là que la femme du propriétaire et son frère, le nommé Lakhdar ould Adida, ceux-ci, interrogés, répondirent qu’il n’y avait personne chez eux.

Le  gendarme Prévôt mit alors pied à terre, donna son cheval à tenir à Lakhdar et pénétra dans le gourbi, son chassepot à la main, prêt à faire feu. En levant la tête, il aperçut au-dessus d’un tas de paille de deux mètres de hauteur environ, deux canons de fusil braqués sur lui ; il fit un saut en arrière, mais au même moment un coup de feu l’atteignait à l’avant-bras gauche. Quoique perdant beaucoup de sang, il épaula son arme avec le seul bras dont il pût se servir et tira à son tour sur les bandits qui étaient sortis de leur cachette et se précipitaient hors du gourbi.

Le caïd Mouley Tahar déchargea également son arme sur eux, mais sans résultat ; ils ripostèrent et frappèrent d’une balle à la jambe Lakhdar ould Adida, qui s’affaissa sur lui-même et lâcha le cheval de Prévôt.

Le camarade de ce dernier et les autres indigènes arrivaient en ce moment, mais déjà Bou-Zian ould el Kalaï avait sauté lestement sur la monture abandonnée et prônait la fuite au galop, tandis qu’El Guecheri se sauvait en se rasant à travers les cotons et les accidents de terrain.

Le gendarme Boucheron, qui était resté à cheval, les poursuivit bravement, et les rejoignit à 300 mètres de là environ; il déchargea sur eux les six coups de son revolver et son chassepot ; les bandits s’arrêtant alors, firent face et tirèrent en même temps.

L’une de leurs balles traversa la cuisse du cheval de Bouchoron et une lutte corps à corps s’engagea alors entre ce militaire et ses deux adversaires. »

Un coup de crosse de fusil qui lui fut asséné sur le bras droit, lui fit tomber des mains le chassepot avec lequel il se défendait, il mit pied à terre, et le sabre à la main, se jeta sur Bou Zian mais voyant que son cheval allait être pris par El Guecheri, il s’élança vers lui.

Les malfaiteurs profitèrent de cet instant de répit pour prendre la fuite. Boucheron, remonté à cheval, essaya de leur couper la retraite, mais sa monture qui perdait tout son sang, faiblissait visiblement.

Les fuyards étaient à ce moment arrivés sur les bords d’un canal d’irrigation ; Bou Zian essaya de le franchir avec le cheval de Prévôt, mais, éprouvant de la résistance de la part de l’animal, il descendit, lui coupa les jarrets à coups de yatagan pour qu’il ne pût servir à le poursuivre et sauta par-dessus la conduite d’eau avec son compagnon.

La nuit était arrivée et tous deux disparurent bientôt dans l’obscurité.

Une battue, organisée le lendemain dans les environs, est restée sans  résultat.

L’intrépidité déployée par les gendarmes Boucheron et Prévôt mérite les plus grands éloges ; le caïd Mouley Tahar a fait preuve également de courage et de dévouement.

Une réputation devenue mythique

Le même journal écrit  un autre article sur les exploits de Bouziane El Kalaï deux ans après (le 3 septembre 1875) :

«Les brigands en Algérie. -On écrit de Tlétat à l’Echo d’Oran :

«On prétend, en hauts lieux, que Bouzian n’existe que dans l’imagination de quelques cerveaux plus ou moins malades. Le récit suivant prouvera, aux incrédules que si Bouzian est un mythe les bandes du moins qui volent et assassinent en son nom n’ont rien qui appartienne au domaine de la mythologie.

Un Arabe richement habillé et armé, de pied en cap fut signalé à la ferme Sommer, le 10 de ce mois (10 août 1875, ndlr), entre six et sept heures du soir.

On perdit un temps précieux à délibérer sur ce qu’il y avait à faire. Enfin, on se décida à envoyer un homme de bonne volonté prévenir la gendarmerie. La mission était dangereuse car on avait cru reconnaître Bouzian dans cet Arabe si bien équipé. Le nommé Abd-el-Kader-ben-Tamour, cuisinier des détenus occupés sur les lieux, s’offrit et partit aussitôt prévenir la gendarmerie, et il revint de même, sans vouloir se faire accompagner.

A peine avait-il parcouru la moitié de la distance qui sépare la ferme du Tlétat, qu’il se vit arrêter par un Arabe d’une belle stature et possesseur de longues moustaches relevées en crocs, qui fit entendre ces paroles peu faites pour inspirer la confiance et relever le moral: «Je suis Bouzian; suis-moi !» Il le conduisit alors à quelques pas de la route où se trouvait la petite troupe du bandit. Les armes étaient rangées en faisceaux et six hommes à figures sinistres formaient cercle autour.

Le chef interrogea le pauvre cuisinier plus mort que vif et lui demanda d’où il venait, ce qu’il faisait à la ferme et quel en était le personnel.

Malgré sa frayeur il eut la présence d’esprit de répondre qu’il venait d’acheter du tabac et qu’il allait grossir le nombre du personnel de la ferme, afin de leur ôter toute envie de venir l’attaquer.

Le négro, compagnon inséparable de Bouzian, s’avança alors dans l’intention de lier le détenu ; mais Bouzian lui fit signe de s’asseoir et, enlevant la blouse et la chemise du patient, il lui lia les mains au cou et le serra fortement ; puis, prenant un long couteau, il lui fendit l’oreille sous prétexte de le reconnaître ; puis, lui ayant donné un soufflet, il l’invita à circuler, lui laissant pour tout espoir que, s’il ne courait pas, il étoufferait avant d’arriver à la ferme.

Le malheureux ne se fit pas répéter deux fois cette invitation, et il arriva juste à temps à la ferme pour tomber devant le portail.

Le sang qui découlait de son oreille et qui le couvrait entièrement faisait croire à une profonde blessure. On parvint avec peine à le délier (car Bouzian s’entend à ficeler un homme : avis à ceux qui nient son existence). On le ranima avec un peu d’eau, et ce fut alors qu’il nous raconta sa malheureuse aventure.

Le lendemain, de bon matin, une domestique qui venait pour la première fois à la ferme se trompa de chemin et prit celui qui longe le cimetière à un kilomètre à peine du Tlétat elle rencontra sept Arabes qui, d’après le signalement qu’elle donna, étaient les mêmes qui avaient arrêté le cuisinier.

D’après le récit de cette brave femme, il n’est pas douteux que ces misérables n’aient passé la nuit dans le cimetière. Depuis plusieurs voyageurs ont rencontré des Arabes à mines suspectes, mais aucun n’a été inquiété.

On prétend qu’un caïd de nos environs aurait hébergé cette bande. Cela n’est pas encore prouvé.

Quelques spahis trouvèrent, cachés derrière les meules appartenant à un chef nommé Bel-Missoun, une bande d’Arabes dont l’un faisait faction.

A leur approche, cette bande prit sa volée et les spahis ne purent arrêter que Bel-Missoum et son fils, qui expliquèrent facilement cette réunion.  –Ils jouaient aux cartes, dirent-ils. –Pourquoi cette fuite ? Pourquoi ce factionnaire ? J’ignorais que les Arabes prissent tant de précautions pour faire une simple partie de cartes. Le plus clair de l’affaire pour les spahis est qu’ils avaient mis la main sur une bande de malfaiteurs.

Ce qu’il y a de plus curieux dans tout ceci, c’est l’espèce d’acharnement que mettent nos administrateurs à atténuer les faits, à les rendre si petits que, dans cette affaire, on n’y verrait qu’un petit bout d’oreille coupé. Tant de bruit pour si peu ! Pourquoi cette persistance à vouloir nier l’existence et l’apparition du célèbre bandit dans la plaine du Tlétat ? Pourquoi?… Vous êtes trop curieux.

Je dois cependant dire que l’administrateur du Tlélat n’a rien négligé pour mettre la main sur cette bande. Plus de trois cents cavaliers ont sillonné la plaine et ont convergé vers la ferme Sommer, lieu du rendez-vous. Il était déjà trop tard ; l’oiseau avait pris sa volée vers d’autres parages. Du reste, ce n’est pas par des battues si brillantes, où les Arabes vont comme à une fantasia, que l’on parviendra à les arrêter.

Ces assassins sont de chair et d’os comme nous. Ils doivent se nourrir de quelque chose. Si les tribus ne les approvisionnaient pas, ils seraient vite réduits. Aux  grands maux les grands remèdes : rendez les chefs des tribus responsables, et, dans quinze jours, vous aurez tous ces brigands pieds et poings liés. Que cet état de choses dure, quelque temps encore et les Arabes, sûrs de l’impunité, organiseront d’autres bandes.

C’est ainsi que l’insurrection a commencé dans la province de Constantine. Avis aux amateurs avides d’émotions.

 

«Adressez-moi vos propositions de récompenses»

Compte tenu de l’ampleur des actions audacieuses de Bouziane El Kalaï contre les intérêts des colons, la capture a fait une grande sensation à tous les niveaux. Les premiers organes de presse qui se sont emparés de l’information furent «Le Journal des Débats» et «La Presse» du samedi 23 octobre 1875 qui ont annoncé la nouvelle en ces termes dans un petit encadré : «On a arrêté Bouzian, le fameux bandit poursuivi depuis longtemps et qui désolait la province d’Oran.» Le journal «Le Temps» l’annonça à ses lecteurs le lendemain dimanche 24 octobre avec autant de précision : «Les journaux d’Oran racontent qu’un bandit indigène Bouzian-el-Kalaï, qui opérait depuis longtemps dans l’ouest du département, a été arrêté samedi 16 octobre dans la section de Benian (aujourd’hui chef-lieu de commune dans la wilaya de Mascara, ndlr), à 45 kilomètres de Mascara, par un chef de douar El-Hadj ben-Youssof et par son fils, qui l’ont livré à la gendarmerie.»

«Le journal des débats», après avoir annoncé l’arrestation de Bouziane El Kalaï dans sa livraison du 23 octobre, revient à la charge dans un autre article plus détaillé le mardi 26 octobre 1875 en page 2 sous le titre de : «Arrestation de Bouziane El Kalaï».

«Le gouverneur général a reçu, à la date du 17 octobre, le télégramme suivant du préfet d’Oran :

Le sous-préfet de Mascara m’informe que le bandit Bouzian El-Kalaï, dont l’identité a été bien constatée, a été arrêté hier (16 octobre 1875, ndlr) vers deux heures de l’après-midi, par El Hadj ben Yousef et son fils, section de Benian, à 46 kms de Mascara.

Cinq compagnons de Bouziane ont tiré sur le douar, et le feu n’a cessé qu’à l’arrivée du goum des tribus voisines. Bouzian est arrivé à Mascara, escorté par un nombreux goum et par une affluence d’Arabes considérable.

La conduite d’El-Hadj ban Yousef est digne d’éloges. Je vous adresserai prochainement des propositions en vue de récompenser sa belle conduite.

Le gouverneur général a répondu au préfet d’Oran :

«Je suis très heureux d’apprendre l’arrestation de Bouzian. C’est un fait important pour la sécurité du pays et qui fait le plus grand honneur à ceux qui ont pris part à ce résultat. Félicitez en mon nom El-Hadj ben Yousef et ceux qui l’ont aidé. Adressez-moi vos propositions de récompenses.»

«La Presse» du vendredi 29 octobre 1875 s’empresse elle aussi de donner en page 3 d’autres précisions et détails sur l’affaire de l’arrestation de Bouziane El Kalaï  sous le titre «Capture d’un bandit en Algérie».

«Dans ma dépêche, je vous annonçais que Bouzian avait été arrêté dans la nuit du 16 au 17 courant. Voici dans quelles circonstances et à quelle heure son arrestation a été opérée : Le 16 courant, vers 3 heures de l’après-midi, le nommé El Hadj ben Youssef, de la tribu de Benian, située à 43 kilomètres de Mascara et à 20 ou 25 kilomètres de Traria, était occupé dans les champs lorsqu’il vit sortir d’une broussaille, près de lui, le fameux Bouzian, le bandit que ses vols ont rendu légendaire. Bouzian lui demanda une somme assez importante et l’engagea vivement à aller au douar qui se trouvait à 200 mètres pour dire à ses compatriotes d’avoir à lui fournir ce qu’il désirait. L’Arabe lui obéit. Quelques minutes après, El Hadj benYussef revint auprès de Bouzian. Il était accompagné de son fils, chef du douar.

Comme, d’habitude, le bandit était armé jusqu’aux dents. Le cheik discuta les prétentions du visiteur exigeant ; à un moment donné, le vieil El Hadj, qui est âgé de soixante ans, profitant de ce que Bouzian s’était retourné et avait les bras pendants, sans avoir aucune arme à la main, se jeta sur lui, l’étreignit fortement et le terrassa.

La lutte fut violente, à en juger par la morsure profonde que le bandit fit à la main de son agresseur.

Le fils prit immédiatement part à la lutte, dégagea son père et, tous deux, désarmèrent et garrotèrent ce brigand qui prétend agir sous la direction divine et dans un but d’humanité.

Quelques secondes après, tous les Arabes du douar arrivaient sur le lieu de la lutte. Bouzian était pris, mais il était à craindre que les hommes de sa bande, inquiets de la disparition de leur chef ne vinssent à son aide. On conduisit le prisonnier au douar.

On y était à peine arrivé que des détonations se firent entendre. Les coups partaient des broussailles.

La fusillade dura environ une heure, mais personne n’osa se montrer.

Cependant, le chef du douar envoyait des émissaires aux tribus voisines, à Traria et à Mascara. L’apparition d’une masse de cavaliers arabes qui arrivaient, força les bandits qui composaient encore la bande de Bouzian à se retirer pour ne pas subir le même sort que leur chef.

A 10 heures du soir, la gendarmerie de Mascara requise par l’administrateur de Traria, M. Gouin (futur sous-préfet d’Orléansville et qui donna sa fille Jeanne comme épouse en 1894 à Paul Robert, maire de la ville de 1904 à 1910, tué en duel à Alger, ndlr), montait à cheval et se mettait en route. Arrivés à Bénian, à 4 heures et demie du matin, M. Gouin et son escorte y trouvèrent les gendarmes de Traria. Ils purent apercevoir aussi sur la limite du territoire civil les goums du territoire militaire qui étaient prêts à les secourir si le besoin s’en était fait sentir.

Bouzian déclara, avec une certaine crânerie que c’était bien lui qui était le fameux Bouzian. Il fut garrotté de nouveau et, vers cinq heures, on le dirigea sur Mascara. Il était porté sur un mulet.

A fin de rendre toute évasion impossible, l’administrateur de Traria avait placé en avant-garde 8 cavaliers armés.

Après eux, venait Bouzian entouré de quatre gendarmes et suivi de quatre chaouchs également armés. M. Gouin et le lieutenant de gendarmerie, suivis de plusieurs caïds et de leurs goums armés, fermaient la marche. C’est ainsi que Bouzian fit son entrée à Mascara. Une foule d’Arabes venus de tous les points et presque tous les Européens se pressaient les uns sur les autres.

Tous voulaient voir ce bandit  dont on a  tant parlé. Le cortège traversa l’Argoub, la place

Belle-Vue, remonta jusqu’à la rue Chellalah et se rendit à la gendarmerie.

Pendant tout ce trajet, Bouzian n’a cessé de regarder avec un souverain mépris toute cette population qui l’entourait. Il tenait la tête haute, son œil promenait sur la foule des regards provocateurs. Sa physionomie dénotait une mâle énergie, une forte et puissante nature, il était une heure de l’après-midi. A deux heures, M. Berge, juge de paix de Mascara, allait commencer l’instruction.

Bien des personnes connaissent depuis longtemps Bouzian. Toutes l’ont reconnu.

Nous pouvons donc être tranquilles dès maintenant. Il est plus que probable que les bandits qui composaient sa bande seront bientôt arrêtés et que notre arrondissement jouira de la tranquillité dont il a tant besoin. M. T.

À suivre