Par Saïd Kahoul

En référence à la présentation du nouveau plan d’action du gouvernement devant l’APN et aux différentes analyses socio-économiques en rapport avec la crise financière aigüe annoncée froidement, sourire aux lèvres par le premier ministre, nos dirigeants semblent se diriger droit dans le mur en se figeant dans l’application de mesures aussi contraignantes qu’improductives qu’ils s’évertuent à adopter dans un climat de doute et de contradiction…

De quoi s’interroger sérieusement sur le devenir de l’Algérie et des conséquences inquiétantes qui peuvent en résulter à l’horizon 2019-2020 sur la sphère économique et sociale, voire par effet d’entrainement sur la stabilité du pays.

L’année 2017 suggère à divers points de vue une année de graves bouleversements au sein de la sphère décisionnelle ou à la tête de différentes institutions. La plus importante demeurant celle d’un gouvernement écarté moins de 90 jours après son installation et le retour à la case départ par la nomination d’un Premier ministre remercié quelques années auparavant.

Si ces décisions semblent traduire certes des efforts du premier magistrat du pays à vouloir insuffler une dynamique de relance accompagnée de gestes rigoureux, voire sévères en direction du pouvoir exécutif, des contraintes lourdes persistent encore au même titre que des déséquilibres récurrents qui affectent la confiance, l’investissement (le vrai), l’emploi, la qualité de vie du citoyen auxquelles s’ajoutent des contradictions chroniques dans des discours approximatifs ainsi que l’application de mesures suicidaires… Recours au financement non-conventionnel (planche à billet) et retour à l’idée d’extraction de gaz de schiste en dépit de la mise en garde des experts quand aux effets néfastes et pollueurs de cette opération.

Ces contraintes, évidemment moins liées à la situation économique ou financière du pays, semblent résulter d’une volonté délibérée de verser dans la provocation ou la «mise en attente» de toute amélioration sans considération aucune des graves conséquences qu’elle pourrait engendrer.

C’est à partir de ce climat général d’incertitude et dans cet esprit d’inquiétude pour l’avenir immédiat du pays qu’il est fait appel à vous, Monsieur le Président de la République, afin de mettre fin au bricolage et recentrer l’action gouvernementale sur les véritables enjeux économiques et la sensibilisation de tous les Algériens autour d’une action concertée en vue d’une sortie de crise honorable encore possible.

Dans ce débat important qui se déroule depuis le mois de juin dernier et relancé brutalement depuis quelques semaines par le nouveau Premier Ministre aussi bien sur la bonne gouvernance que sur l’économie et la société, l’ensemble du monde du travail est unanime pour souligner avec force qu’il est impératif que le chef de l’État agisse pour mettre un terme à ces dérapages en considération de ses propres orientations et leur mise en application sur le terrain avec tout ce que cela comporte comme mesures d’accompagnement drastiques.

Mesures, qui à nos yeux doivent se recentrer sur une approche pertinente et ciblée, urgente à plus d’un titre et tenant compte des solutions possibles dans la configuration des politiques et programmes visant une véritable relance économique et par voie de conséquence une stabilité pérenne du pays.

L’économie Algérienne dispose d’un fort potentiel de développement mais reste vulnérable puisque dépendante de décisions politiques purement électoralistes de conjoncture et souvent inappropriées.

Il est en effet établi que la confiance de l’Algérien en l’administration est sérieusement altérée. Les lois de finances concoctées unilatéralement sous forme de racket continuent d’accentuer la méfiance, fragilisant un peu plus une économie qui peine à sortir de la paralysie fonctionnelle que nous lui connaissons tout en portant atteinte à la crédibilité de l’État.

L’amélioration du climat d’investissement continue de buter sur des contraintes, pour la plupart liées à l’environnement administratif direct (bureaucratie, accès au foncier, corruption, passe-droit).

Les discours prometteurs essentiellement populistes de certains responsables soufflant le chaud et le froid ont montré leur limite.

Il s’agit donc de coordonner sans attendre une démarche économique de relance pour accroitre les avantages et juguler une inflation qui ne cesse de progresser avec une accélération à une échelle exponentielle dès la mise en service promise de la planche à billets…

Le défi ne se limite pas seulement à prévenir l’aggravation ou à atténuer temporairement le ralentissement, il s’agit également de veiller au positionnement du pays et à sa crédibilité par une reprise économique dans un contexte de mondialisation évidente.

S. K.