Mme Nacéra Bouragbi, présidente de l’association française «Solidarité Enfants d’Algérie», que nous avons sollicitée pour une interview, a bien voulu répondre à nos questions. 

Le Chélif : Voulez-vous nous présenter votre association et quels sont ses objectifs ?

Nacéra Bouragbi : L’association française «Solidarité Enfants d’Algérie» que je préside est installée à Vaulx-en-Velin, près de Lyon, en France. Nous avons débuté en 1998. Notre association a été créée pour répondre à la décennie noire et au terrorisme, aux enfants et à tout ce qu’on a vu à travers la télévision. Il n’était pas possible qu’on puise regarder les images et ne rien faire, sachant que chaque algérien qui vit en France a de la famille en Algérie. Nous étions trois à l’époque et avons créé cette association pour pouvoir intervenir en Algérie, en partenariat avec les associations algériennes. Le 2 janvier 1999, nous avons organisé un grand gala de solidarité. Nous avons été étonnées de la réaction que nous avons obtenue. Les Français se sont réunis. Nous avons loué une salle de 1 000 à 1 500 personnes. La salle a réuni plus de 1 700 personnes, ce qui signifie que les Français et les Algériens de l’Est lyonnais ont été sensibilisés. Nous avons récolté de l’argent, mais on ne s’attendait pas à une telle somme.

Quelle a été votre première action en Algérie ?

La première chose qu’on a fait, c’est de venir en Algérie pour dresser un état des lieux. Nous avons rencontré à l’époque Mme Fatima Caradja, présidente de la pouponnière d’Alger qui travaillait en direction d’enfants victimes du terrorisme, des enfants dont les parents ont été tués. C’est la première chose que nous avons pu faire au niveau de l’association. Nous avons mis en place des formations, des colloques, psychologues, psychiatres, pédopsychiatres et médecins. Le but était de savoir comment faire pour que les enfants dont les parents ont été tués et également pour les enfants dont les parents ont tué, parce que les enfants n’y sont pour rien, puissent cohabiter dans un orphelinat. Ces enfants représentent l’avenir de l’Algérie. Cela s’est très bien passé, il y a eu un élan de solidarité incroyable. Puis nous nous sommes dirigés vers des endroits qui ont été aussi touchés et avons mis en place un espace multimédia à Sidi Hamed, du côté de Meftah, Eucalyptus. Cet espace a été utilisé par des enfants dans une école primaire. Le plus important était de mettre un lien entre une école à Vaulx-en-Velin et une école à Sidi Hamed pour qu’ils puissent échanger et cela s’est passé à merveille. Nous avons par la suite réalisé plusieurs projets : rénovation d’une pouponnière à Alger et un orphelinat à Boumerdes, nous avons apporté notre aide durant le tremblement de Boumerdes et les inondations de Bab El Oued, nous avons aussi contribué à la rentrée scolaire dans le sud, à El Oued, dans les village sur les hauteurs de Kabylie. Nous essayons d’intervenir là où il y a un besoin.

Comment s’est fait le lien avec le centre Amal ?

Nous avons été sollicités pour intervenir dans cette merveilleuse ville de Chlef pour aider le centre Amal. Nous sommes donc venus et avons constaté qu’il s’agissait d’une baraque, qui datait du temps où il y a eu le séisme de Chlef. J’en ai encore le frisson, l’endroit était complètement délabré, le toit tombait, il y avait de l’amiante. Comment réagir, d’autant qu’il y avait des enfants à l’intérieur ? Nous sommes arrivés en 2004. En 2005, nous nous sommes rencontrés. Et de 2006 à 2012, nous avons construit la première école, c’est à dire la classe pour enfant, la ludothèque, un petit dortoir pour que des enfants de 6 à 13 ans puissent s’y reposer et non dormir parce qu’il est important que les enfants rentrent chez eux. Nous avons trouvé une équipe dynamique avec un président hors du commun. En 2006, nous avons trouvé un directeur merveilleux et 2015, 2016 et 2017, il y a également un directeur merveilleux, un président formidable et surtout, il ne faut pas oublier Ait Saada, que Dieu le prenne en sa sainte garde. Si cette école existe aujourd’hui, c’est grâce à lui. Malheureusement, il est parti trop tôt. Nous avons aussi travaillé avec Daoud Belkacem. Nous avons essayé de construire cette école et nous l’avons fait grâce aux partenaires algériens, aux différents donateurs et à l’Etat algérien qui a vraiment apporté sa touche dans son édification.

Que s’est-il passé ensuite ?

Il nous a fallu continuer notre œuvre. Car cette école ne ressemble pas à une école traditionnelle algérienne, il nous fallait, en effet, réaliser une école adaptée à la problématique des enfants, des adultes et des adolescents, avec un toit, un seul étage et une disponibilité au rez-de-chaussée pour que les enfants puissent travailler correctement. Ensuite, il y a eu la cantine et aujourd’hui, nous arrivons à une salle de psychomotricité et la formation de psychomotes. J’ai sollicité des professionnels de l’autre côté de la Méditerranée, j’ai pas eu besoin de beaucoup de temps pour les convaincre, ce sont eux qui sont venus vers moi, parce que nous avons déjà effectué une formation avec Vanessa Pontus, qui est une professionnelle de l’établissement ou je travaille, en France, à l’IME, et qui est venue former un groupe de professionnels, ici, à Chlef, en ludothérapeutique, pour la ludothèque. Il faut faire jouer ces enfants, qui ne sont pas habitués à jouer. Je suis algérienne et nous ne sommes pas habitués à jouer. Nous avons commencé par les adultes avant de nous attaquer aux enfants. Aujourd’hui, nous sommes sur la formation des psychomotes. Les spécialistes qui sont avec moi font une initiation à la psychomotricité avec de la théorie et beaucoup de pratique.

Comment se passe cette formation ?

Cela se passe très bien, les spécialistes qui sont avec moi ont été étonnées par les échanges effectués avec les professionnels de Chlef. C’est quelque chose qui fonctionne. Nous avons fait l’initiation, puis nous allons faire le 1er degré, le 2ème, puis le 3ème et ainsi de suite. Nous allons mettre aussi en place des formations avec des éducateurs spécialisés. En France, je suis maintenant sollicitée pour faire ces échanges. Les gens ont compris que cela fonctionnait. Les français, quand ils viennent en Algérie, apprennent beaucoup de choses et réciproquement, les algériens, aussi. Je suis venue, pour l’inauguration, avec le directeur général d’une grosse fondation qui a 89 institutions. Lors de son, discours, il a dit qu’il n’avait jamais vu une école comme celle d’Amal en France, cela n’existe pas du fait que l’école a été réalisée en réponse à des problématiques des enfants, des adultes et des adolescents. Je suis ravie d’être ici et je ne sais si je ne vais pas m’installer à Chlef.

Entretien réalisé avec A. Cherifi