Au cœur de la cimenterie d’Oued Sly

Un reportage de Khaled Ali Elouahed

«Nous participons activement à la construction de l’Algérie d’aujourd’hui et de demain», dixit le directeur général de l’ECDE de Chlef, M. Slimane Tabache qui ajoutera : «Il n’est pas question pour nous de garder cette image de pollueur. Nous sommes une entreprise citoyenne».

En ce mois qui nous rappelle la Révolution du 1er novembre, nous avons eu envie de réaliser un grand reportage sur le développement national. Mais le choix du sujet était cornélien : traiter de l’agriculture ? Du tourisme ? De l’industrie ? Ces trois secteurs, quand bien même prioritaires, sont éliminés ; l’agriculture à cause de la cherté des fruits et légumes ; le tourisme parce qu’il y a beaucoup à dire sur les lacunes (nous laisserons les responsables de ce secteur faire l’évaluation de la saison passée et préparer la suivante pour nous raconter comment nous exportons nos touristes).

Il reste l’industrie. La tendance est actuellement au montage des voitures étrangères. Sur ce plan, la wilaya de Chlef en est dépourvue. Nous avons donc choisi l’un des fleurons de l’industrie en Algérie, à savoir la cimenterie d’Oued Sly.

Quand nous nous sommes rendus aux bureaux de la direction générale à El Hamadia, à Chlef, prendre un rendez-vous pour un reportage sur la cimenterie, nous avons été surpris par la sollicitude du directeur général, M. Slimane Tabache, qui nous a conduits lui-même sur les lieux après nous avoir offert thé et café. Dans l’usine, nous avons vu et entendu ; nous y avons pris des photos sans aucune contrainte.

Ces derniers temps, les autorités centrales ont déclenché un vaste programme de nettoyage des villes et villages. La cimenterie de Chlef n’a pas voulu rester en rade. Elle veut participer activement à la vie citoyenne en préservant l’environnement.

M.Slimane Tabache, récemment installé dans ses fonctions, s’est assuré la participation de tout un chacun et a commencé l’exécution d’un très gros programme de réhabilitation de son usine. Ce ne sont pas des pièces de rechange ou autres. Imaginez chez vous dans votre cour qu’on arrose 24 heures sur 24 d’une poudreuse appelée ciment. Les eaux et les pluies font le reste pour boucher tous les avaloirs et les caniveaux de très gros diamètres pourtant. Ensuite, c’est couche après couche que le ciment se sédimente à telle enseigne qu’elles font partie intégrante des sols. Il a donc fallu utiliser les grands moyens. De gros marteaux piqueurs entrent en jeu. Des ouvriers acharnés font sauter les croutes de ciment. Les drains étaient complètement fermés, non ils étaient plutôt invisibles puisqu’ils étaient sous les amoncellements. Les pelleteuses et les gros bulldozers décapent et entassent des tonnes et des tonnes de terre. En fin de compte, ce n’est plus des tonnes mais des montagnes qui s’amoncellent au milieu des terre-pleins. Des camions de gros tonnages se chargent de dégager l’usine de ces saletés. Nous sommes restés éberlués devant ces montagnes de terre qu’il faut jeter. Alors nous nous sommes tournés vers le directeur général pour lui poser la question qui fâche : «Où est ce que vous jetez ces gravats ?». M Slimane Tabache répond : «On ne jette rien. Rien ne se perd, tout se transforme, comme dit l’adage. Nous renvoyons cela vers le départ des matières premières, c’est-à-dire au niveau de la carrière de Sidi Laaroussi, notre gisement de calcaire et d’argile. Ces terres reviennent par le tapis transporteur et sont donc recyclées».                                                                                                                  Rien à dire ! Nous avions cru un instant que l’usine se lavait pour aller polluer ailleurs. Cela fait des semaines que cette opération dure. Il est vrai aussi que l’usine de l’ECDE est devenue très propre. Avant, nous marchions dans la farine, aujourd’hui rien à dire. Lavage à grande eau. Y a-t-il  gaspillage d’eau ? Cette denrée très rare ? Non, la réponse est ailleurs.

 

Les cheminées ne fument plus

Pour comprendre ce qui se passe dans cette grande fourmilière, il faut revenir à la stratégie adoptée par la direction générale qui a su faire participer l’ensemble des acteurs de la production. Il y a eu d’abord le nettoyage des filtres qui ne s’est pas opérée depuis voilà cinq ans. Oui, depuis cinq ans ! Nous l’avons entendu et confirmé chez beaucoup d’intervenant sur place. Certains nous l’on dit mais nous ont demandé de ne pas jeter la pierre sur l’ancienne administration.

Mais à quoi bon nettoyer quand la poudreuse de ciment vous tombe sur la tête H24 ? Il fallait donc commencer par les filtres. Cette opération ne se fait plus avec l’apport des coopérants étrangers, ce sont les ingénieurs de l’ECDE qui s’en occupent.

Les cheminées ne fument plus. Nous nous sommes rendus compte par nous même. Les émanations étaient pratiquement invisibles à l’œil nu non exercé. Un pot d’échappement d’une voiture roulant à l’essence enverrait dans le ciel plus que ce nous avions vu. Que ceux qui ne nous croient pas regardent par eux même à partir de chez eux pour ceux qui habitent les environs. Il fut un temps où nous observions à partir des hauteurs de Béni Rached un très long filet de fumée qui s’étirait de l’usine jusqu’à Ain Defla. Toutes les zones que nous avions visitées sont propres, y compris la zone des expéditions. Avant l’opération de nettoyage, pour entrer dans cette zone il fallait avoir des bottes très hautes, se couvrir la tête et fermer la combinaison et encore ! A ce propos, le directeur général de l’ECDE de Chlef nous dira : «Il n’est pas question pour nous de garder cette image de pollueur, nous sommes une entreprise citoyenne. Nous ne voulons pas faire de publicité autour de nos actions envers la société civile. Nous avons aidé les associations. Pour le sponsoring, c’est de notoriété publique que nous soutenons l’ASO. En faisant cela, nous aidons les jeunes à s’exprimer».

Pour ce qui est de la pollution, les responsables du complexe ne demandent qu’à vous mettre sous les yeux les résultats. Ils cultivent les fleurs et le gazon sous les cheminées pour vous prouver l’efficacité de leurs filtres.

La production

Le mot est lâché. La production, c’est le fin mot de toutes les discussions qui tournent autour de l’usine de ciment de Chlef. Il est à la bouche de tous les responsables, les ouvriers, les agents de sécurité, des femmes de ménage. Où sont-ils allés prendre cette prise de conscience ? Comme nous sommes têtus, nous avons demandé des chiffres à l’appui pour nous convaincre. «Nous étions à 1,7 million de tonnes l’an dernier. Cette année nous allons relever le défi pour atteindre les 2,4 millions de tonnes ! C’est énorme mais nous le ferons. Nous connaissons les enjeux de la politique de l’état vis-à-vis du logement en particulier ?», nous répètent les différents responsables.

Où vont-ils chercher cette prise de conscience ? Ce ne sont pourtant que des salariés. Nous avons senti chez ces gens comme s’ils étaient actionnaires de cette usine. Le partenaire social est-il derrière cela ? Le groupe GICA est-il dans quelque chose dans ce sens sans prévenir la presse ? Et puis, qui pourrait nous cacher quoi que ce soit éternellement ?

La deuxième ligne en 2018

L’Algérie est depuis des années un véritable chantier à ciel ouvert. Les autorités supérieures de l’État et le groupe GICA ont décidé de répondre aux besoins pressant des différents programmes de logement ainsi que des travaux publics sans oublier les autres secteurs d’activité utilisant le ciment comme intrant. Tout cela s’insère dans le cadre du programme de développement initié par le président de la république.

Raison qui explique le lancement de la deuxième ligne de production. Elle sera livrée bien avant la fin du premier semestre de l’année 2018. Nous nous sommes rendus compte par nous-mêmes de l’état d’avancement des travaux conduit par une société étrangère qui emploie de la main d’œuvre algérienne. Nous avons visité la zone des matières premières, puis le hall des mélanges, plus l’additif, c’est-à-dire le sable stocké dans un silo qui l’envoie vers le broyeur après traitement, puis vers le silo d’homogénéisation et enfin vers le four. Le mélange d’argile, de calcaire, de sable et d’autres composants devient ainsi du «clinker». Il sera stocké dans un silo conçu spécialement à cet effet. A cette étape de la fabrication du ciment, le clinker est envoyé vers le broyeur de ciment. Le broyage se fait en réalité avec quatre grosses machines (broyeurs) qui concassent la matière jusqu’à la rendre poussière. Cette dernière est stockée dans une dizaine de silos.

Les expéditions se font en vrac ou en sac. Bientôt, ce sera par trains entiers que sortiront les ciments des usines de l’ECDE de Chlef. En fin de compte, ce que nous voulions aussi que vous sachiez, c’est que pour la construction de la deuxième ligne de production de ciment, toutes les constructions sont menées de front pour être au rendez-vous à la date butoir, c’est-à-dire avant le mois de ramadan 2018, pour calculer comme le citoyen lambda.

Reportage de Khaled ALI ELOUAHED

À suivre