Par Izdihar Bouchakour

En visitant la poudrière d’El Asnam qui fait aujourd’hui office de musée, j’ai pu me faire une idée, vague il faut le dire, sur les différentes étapes par lesquelles est passée notre ville plusieurs fois centenaires et qu’expriment à merveille tous les vestiges qui y sont exposés. Les pièces archéologiques présentes à l’intérieur de la poudrière et dans sa petite cour que prolonge l’actuelle siège de l’APC de Chlef sont un condensé de l’histoire tumultueuse de la vallée du Chélif. Certes, on sait que des hommes ont vécu depuis les temps les plus reculés dans cette plaine bordée de deux massifs majestueux, l’Ouarsenis et le Dahra, refuges naturels et quasi-imprenables pour les occupants de l’actuelle ville et ses alentours qui, de tout temps, ont dû affronter des ennemis avides de la conquérir pour ses riches terres agricoles et pour sa position militaire stratégique.

L’une des curiosités du musée d’El Asnam est sans conteste les restes de l’ancienne église St Reparatus, construite en 325 après J, et considérée comme l’une des plus anciennes de l’Afrique du nord. Comme vestiges, il n’en reste malheureusement que quelques morceaux de mosaïque finement exécutée par des mains expertes, preuve de la grandeur de l’ex- Castellum Tingitanum, la citadelle tingitane.

En pénétrant à l’intérieur du bâtiment de forme circulaire, le visiteur est transporté vers une autre époque, celle de la conquête française de l’Algérie. En témoigne le buste en bronze de Paul Robert, né à Orléansville (El Asnam – Chlef) en 1910. Le regard est attiré aussi par le piano qui trône à l’intérieur de l’édifice ramené dans les bagages d’un colon en 1849.  On put admirer également une collection d’armes de guerres constituée de fusils et de lames utilisées durant la colonisation de la vallée du Chélif.

Pêle-mêle sont exposés des ustensiles de cuisine, des tapisseries anciennes du sud du pays, des objets usuels en cuir et des tenues traditionnelles de plusieurs régions d’Algérie.

En vérité, le musée El Asnam est une halte obligée pour tous ceux et celles qui s’intéressent à l’histoire de l’Algérie. Certes, la collection muséologique n’est pas très riche comparée à celles qu’abritent les grands musées nationaux, mais le détour vaut la peine.

La poudrière ou «dar el baroud» comme appelée en arabe a été construite en 1847 sur ordre du général Cavaignac dont un buste en bronze est exposé au musée national Abdelmadjid Meziane de Chlef. Ce général sanguinaire voulait en finir avec la résistance algérienne, farouche il faut le noter, qui a obligé l’occupant français à envoyer des colonnes de fantassins et des dizaines de pièces d’artillerie pour en venir à bout.

C’est au lendemain de l’indépendance que l’idée de faire de ce lieu un musée local a germé. Situé en plein cœur de la ville, pratiquement à quelques mètres de la vieille mosquée, la poudrière est un édifice qui attire le regard par sa forme architecturale atypique et par les matériaux avec lesquels il a été construit. Quoi de mieux donc pour en faire un lieu de mémoire qui rappelle aux Algériens les sombres années de la conquête coloniale qui a vu une armée moderne massacrer des centaines de milliers de civils qui refusaient la soumission et l’esclavage.

I .B