La vie dans sa nudité

Son vrai nom est Abou Zeid Sidi Abderrahmane, on l’appela El Mejdoub en raison de ses analyses pointues et de ses déductions quasi-divinatoires comme le pensent beaucoup. En fait, El Mejdoub est un fin observateur du monde qui l’entoure et de la société de la société au sein de laquelle il vécut. Ses sentences ne laissaient personne indifférents tant elles semblaient découler de visions prophétiques.

El Mejdoub a vécu à Meknes, sous le règne du sultan alaouite El Majid, il émigra ensuite à Fès où il apprit beaucoup de ses professeurs et penseurs , c’est à ce moment qu’il décidé de vivre en ermite et de ne plus se faire violence avec les délices de la vie terrestre.

Sidi Abderrahmane est né vers l’an 1504 et décéda en 1565, à l’âge de 61 ans.

Il existe un grand nombre de textes et de sentences attribués à El Mejdoub. De peur qu’elles ne disparaissent, elles furent réunies par des contemporains. Ses propos sont autant d’enseignement sur la vie et de conseils prodigués par un homme qui s’est pleinement investi dans la connaissance de l’univers et du cœur des hommes.  Que l’on ne s’y méprenne pas : sous son aspect plaisant et parfois humoristique, le répertoire du cheikh est à prendre au sérieux.

El Mejdoub a vécu sans tenir compte des aléas de la vie et de ses déboires, il ne cherchait ni compassion ni reconnaissance, il vivait libre sur la terre de dieu, il se déplaçait d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre, sans se sentir pour le moins attiré par les richesses du monde.

Ses recueils sarcastiques seraient-ils en partie responsables de leur manque de notoriété chez les érudits d’hier et d’aujourd’hui ? Sa plume acide et ses propos sans retenue auraient en effet joué en sa défaveur auprès des classes cultivées qui méprisent, à ce jour, tout ce qui est populaire et non formaté. Certains sont allés jusqu’à dire que sa littéraire était incomprise par le commun des mortels, d’où le peu d’intérêt qui lui aurait été accordé à son époque. En réalité, les vérités de Sidi Abderrahmane El Mejdoub sont un véritable trésor de la littérature orale et écrite populaire d’Afrique, elles sont le condensé des expériences de la vie. Les amoureux de la littérature populaire maghrébine  trouveront certainement matière à s’inspirer des célèbres maximes du maître à pensée des derviches et autres ascètes qui ont marqué de leur empreinte leur époque respective.

Voici ce qui disait entre autres Sidi Abderrahmane El Mejdoub :

“La vie est comme une pastèque, qui résonne dans un tas d’autres pastèques

“Nombreux ont été ceux qui ont été séduits par sa saveur, qui ont fini dans un puits sans fond”. Autrement dit, la vie ne dure pas, l’homme ne devrait jamais la regretter, les biens matériels ont été la cause de la décadence des hommes, ils se sont liés aux choses, oubliant qu’elles ne sont pas éternelles.

Izdihar Bouchakour