Nessma Farah, un acquis pour les Chélifiens

En dépit des apparences, la clinique Nessma Farah concentre les dernières technologies en matière de chirurgie urologique, viscérale, infantile, orthopédique, neurologique,  vasculaire, ORL et ophtalmologique. Les équipements de dernière génération installés font d’elle un important acquis pour la population de Chlef et pas seulement. En effet, les services de cette structure de santé, fruit d’un investissement privé, sont sollicités par les patients des différentes régions du pays.

Selon le Dr Abdelkader Djilali Saiah, chirurgien urologue, les équipements acquis au prix fort par la clinique répondent à tout type d’intervention chirurgicale. Même les opérations les plus pointues sont pratiquées dans cette clinique qui fait appel à plus d’une vingtaine de chirurgiens, toutes spécialités confondues, avec lesquels elle est conventionnée.

Et pourtant, explique le directeur administratif, la superficie totale de la clinique ne dépasse pas les 400 m2. Nous sommes donc loin des mastodontes tout en béton et en acier érigées dans quelques villes du pays où le gigantisme ne signifie pas forcément de meilleures prestations. Sur cette superficie, l’architecte qui a conçu l’établissement a du génie. A chaque niveau –elle en compte 4-, les espaces ont été pensés de façon à offrir de meilleures conditions d’accueil pour les patients et leurs accompagnateurs, et au personnel médical et paramédical.

La chose qui impressionne le plus, c’est cette sensation de quiétude qui se dégage des lieux. Explication : l’architecte a travaillé sérieusement sur l’acoustique qui n’autorise aucun bruit extérieur, et sur la fonctionnalité de l’ensemble du bâti. On peut accéder aux différents services par différentes issues, certaines n’étant autorisées qu’au personnel médical et paramédical, les autres aux visiteurs, de façon à assurer une meilleure protection des patients hospitalisés.

Autre constat : la propreté impeccable des lieux sur lesquels veille l’ensemble du personnel. Plus qu’une exigence, c’est «la marque de fabrique» de l’encadrement médical. A ce propos, le Dr Djilali Saiah se dit intransigeant envers tout manquement aux consignes.

Certes, nous a-t-il avoué, «nous ne sommes pas parfaits, mais nous tendons toujours vers le meilleur, vers des prestations de qualité pour nos patients».

Mais également pour le personnel qui, chaque jour que dieu fait, assimile les gestes et les conduites à tenir, quelles que soient les circonstances.

Dans le même ordre d’idées, les propriétaires ont voulu faire de Nessma Farah une clinique ouverte, où toutes les spécialités chirurgicales sont les bienvenues. Cela, en raison du magnifique plateau technique dont elle dispose.

Derni7rement, le comité médical a pris sur lui d’initier les médecins généralistes à l’urologie à travers des cycles de formation qui se déroulent à l’intérieur même de l’établissement. Une trentaine de praticiens est conviée chaque mois à des conférences sur la spécialité pour le diagnostic rapide des affections urologiques dont on connait les graves conséquences. Ce partenariat mérite d’être généralisé dans les autres spécialités pour le grand bénéfice des citoyens et de l’économie nationale.

D’accès facile, la clinique d’urologie de Chlef dispose d’un laboratoire d’analyses médicales qui  comprend un plateau technique assurant le bon déroulement de la pratique d’analytique. Ces compétences s’étendent aux principaux domaines de la biologie médicale : biochimie, hématologie,      bactériologie, parasitologie, hormonologie, hémostase.

Le centre d’imagerie médicale est une référence dans la région. Il donne accès aux techniques d’imagerie comme l’IRM (1,5 Tesla), le scanner multi-barrettes, l’échodoppler, le panoramique dentaire, la mammographie numérisée et la radiographie standard numérisée

Dans l’entretien qui suit, le Dr Djilali Saiah explique en détail l’activité de son établissement mais aussi et surtout ses déboires avec l’environnement quand il a eu à lancer la construction de la clinique.

Entretien :

Dr. Djilali Saiah Abdelkader, urologue, clinique Nessma Farah de Chlef :

«Nous utilisons les techniques les plus innovantes en Algérie»

 Le Dr Abdelkader Dkjilali Saiah, chirurgien urologie, directeur médical de la clinique Nessma Farah d’urologie de Chlef nous a longuement reçus dans son bureau. Il nous a parlé de sa spécialité, de son établissement et surtout des techniques innovantes qu’il est le premier à introduire non pas à Chlef seulement mais à travers toute l’Algérie. Malgré les embûches de toutes sortes dressées en travers de son projet, le chirurgien se dit confiant en l’avenir. Chlef, nous dit-il, rayonnera de mille feux dans les disciplines médico-chirurgicales les plus pointues si et seulement si ces élus se comporteraient en vrais managers du développement local. Ecoutons-le.

La clinique est le fruit d’un investissement qui a abouti il y a près de deux ans. Quel est son apport au plan de la prise en charge de la santé des citoyens de Chlef ?

C’est un investissement important au niveau de la wilaya. Notre établissement  s’ajoute aux autres  cliniques qui ont été ouvertes à Chlef et qui prennent en charge nombre de pathologies que l’on opérait auparavant dans les structures de santé d’Alger, Blida ou Oran. Et puis, je peux vous assurer que plusieurs chirurgies innovantes sont présentes à Chlef. Dans ma spécialité, à savoir l’urologie, je peux citer les problèmes de calculs rénaux. Auparavant, nous opérions tout le monde. Maintenant, non. Nous disposons dans notre clinique de la lithotritie extracorporelle électromagnétique de dernière génération. Cela veut dire qu’on peut casser 80% des calculs rénaux et les faire évacuer sans opérer le malade. Et ce n’est pas tout, nous employons une chirurgie innovante, c’est à dire qu’on n’ouvre pas le malade, on entre dans le rein par voie endoscopique et on pulvérise les calculs par le biais d’un faisceau laser. Nous utilisons donc les deux techniques, la litho et le laser, qui n’étaient pas disponibles auparavant. A Alger, l’urétéroscopie existe depuis 4 à 5 ans, je la faisais à Alger mais, maintenant, je la pratique à Chlef. Il y a aussi les traitements innovants de la prostate, entre autres la vaporisation. Cette technique a été introduite dans les années 1994-1995 en Algérie, nous l’avons pratiquée en 2 000 à Chlef. La résection endoscopique (ou vaporisation)  n’exige pas le laser comme beaucoup le pensent, c’est une espèce de rabotage de cet organe (cette intervention consiste à élargir le canal de l’urètre intra-prostatique en enlevant l’adénome qui l’entoure et qui empêche l’écoulement de l’urine. Le tissu prostatique peut être soit enlevé par petits copeaux -résection à l’aide d’une anse électrique ou d’un laser- soit vaporisé par une anse électrique ou par laser, ndlr).

Nous avons introduit également une autre technique de vaporisation de la prostate qui est sans risque pour les personnes âgées, notamment celles souffrant d’autres maladies chroniques ou intolérantes à certains produits. Nous n’utilisons d’ailleurs que le sérum salé et aucun autre produit susceptible de provoquer des réponses allergiques. En plus, avec cette technique, les malades reprennent rapidement, on peut enlever la sonde le lendemain. Avec les autres techniques, on attend 3 à 5 jours pour le faire.

Je peux le dire avec fierté, nous sommes les premiers à le faire non pas à Chlef mais en Algérie. J’ai commencé le premier et à Alger, personne ne le fait encore. Même en Europe, c’est une technique qui est nouvelle et qui n’a pas plus de 10 années.

Ce sont des techniques innovantes comme vous dîtes, mais les malades ne sont pas forcément au courant. Du fait que le code de déontologie vous interdise de faire de la publicité autour des actes médicaux, comment le faire savoir aux malades ?

C’est la qualité du travail que nous effectuons dans cette clinique qui est le meilleur support publicitaire pour nous. Quand nous prenons en charge un malade, on lui explique la nature des actes médico-chirurgicaux. Après, c’est lui qui va en parler à son entourage. C’est le bouche-à-oreille qui fait le reste.

Il y a quand même une espèce d’opinion générale partagée par les gens de Chlef qui estiment que les traitements médicaux et chirurgicaux ordinaires ne se pratiquent que dans les grandes villes et cela, malgré la présence de compétences humaines et d’un plateau technique appréciable. Qu’en dites-vous ?

Effectivement, comme vous le dites, il y a un plateau technique appréciable à Chlef qui permet toute sorte d’intervention chirurgicale. Dans notre spécialité, nous faisons tout ce qui se pratique de par le monde. Il y a une chose qu’on ne fait pas et qui n’est lié aux compétences ou aux moyens, c’est une autorisation qui ne nous a pas été donnée. C’est l’utilisation du robot dans la chirurgie urologique ou dans les autres chirurgies. Le robot est un monopole aux mains des USA, ils ont autorisé son utilisation en Europe et ce n’est que dernièrement que  la commercialisation de ces robots a été autorisée dans la région du Moyen-Orient. L’Afrique n’a pas obtenu ces autorisations jusqu’à maintenant. Mais ça viendra quand des pays comme la Chine, la Turquie ou l’Inde vont s’approprier cette technologie. Dans moins de deux ans, nous pensons pouvoir y avoir accès.

Quel message pouvez-vous donner à la population de Chlef ?

Nous sommes là au service des malades. Nous avons ramené quelque chose de plus pour soulager les patients. Nous avons mis les moyens pour faire de notre clinique un centre de rayonnement médical ; nous avons acquis tous les appareillages de dernière génération, nous avons les compétences humaines. Nous essayons d’améliorer autant que faire nos prestations, nous ne sommes pas parfaits, mais nous tendons toujours vers le meilleur.

Est-ce qu’il y a une équipe médicale qui est disponible ?  

Oui, l’équipe se compose de deux urologues et d’un médecin généraliste, il y a aussi les intervenants. Nous ne somme spas un établissement fermé, c’est une clinique ouverte aux autres chirurgiens dans d’autres spécialités qui peuvent opérer leurs malades chez nous. Nous mettons à leur disposition notre plateau technique. Il y a près d’une vingtaine de chirurgiens qui interviennent dans notre clinique.

Avez-vous des échos sur votre établissement ?

Les échos doivent venir de vous, la presse, de la rue… Effectivement, devant nous, les malades et leurs familles peuvent vanter nos mérites. Mais peut-être qu’ils pensent le contraire. On ne sait ce qu’ils peuvent-ils dire lorsqu’ils sont dans un autre environnement où ils ne subissent pas l’influence du corps médical. Cependant, je vous dis que nul n’est parfait, mais quand il y a une défaillance ou un manquement, nous sommes là pour y remédier. Nous essayons aussi d’éduquer le personnel, de le former à l’accueil, l’orientation et la prise en charge du malade; il n’y a pas de centres de formation spécifique dans ce domaine, nous intervenons dans ça pour que nos employés sachent comment s’adresser aux malades et à leurs familles, c’est très important. Je dirai même que la prise en charge du malade par le personnel paramédical joue à 80% dans la guérison. Quand vous arrivez dans une clinique, un cabinet médical ou un hôpital et que vous êtes mal reçus, il est certain que cela influe sur le moral. J’essaie du mieux que je peux d’intervenir pour que ce genre de situation n’arrive pas, de trouver des solutions et de fournir par conséquent de meilleures prestations. Ça fait partie des prestations de l’établissement, il n’y a pas que l’acte médical en lui-même, il y a un accompagnement.

Comment vous est venue l’idée d’ouvrir une clinique ?

J’avais un cabinet et j’exerçais comme tous les médecins libéraux. J’opérais dans des cliniques mais cette situation ne m’arrangeait guère, je voulais évoluer dans ma spécialité et ce n’était pas possible avec les conditions qu’on m’offrait au niveau des cliniques où j’étais conventionné. Les propriétaires ne voulaient pas investir dans le matériel et les équipements récents, et cela posait des problèmes de conscience sachant qu’on pouvait répondre de la meilleure manière qui soit aux attentes des patients.

J’ai été bloqué dans ma pratique et c’est à partir de là que j’ai commencé à réfléchir à une structure dotée de tous les équipements modernes et utilisant les techniques les plus récentes en matière de chirurgie urologique à mettre au service de la population de Chlef. Il me fallait aussi introduire les nouvelles techniques en usage dans la spécialité laquelle évolue constamment.

C’était difficile à mettre en pratique ?

Tout est difficile chez nous, malheureusement. Il y a une bureaucratie telle que celui qui n’est pas patient et qui n’est pas persévérant, ne peut rien faire. Pour vous dire vrai, il y a eu beaucoup de problèmes qui ont entravé la bonne marche du projet dès le démarrage. Quand on a commencé à construire, et bien que nous ayons payé le terrain, assez cher d’ailleurs et pas à un prix symbolique comme l’imaginent certains, et que nous étions en possession d’un permis de construire et de l’autorisation du ministère de la Santé, des individus se sont opposés au projet. Ils ne voulaient pas du tout que l’on entame le chantier, criant haut et fort que nous sommes dans l’illégalité. Devant cette situation inédite, j’ai dû entrer en contact avec le commissaire de police. D’emblée, il m’a demandé si j’étais en possession des documents légaux me permettant d’entamer la construction. Je lui ai remis tous les documents et c’est à ce moment seulement que nous avons pu arrêter le mouvement de contestation. Le second écueil, nous l’avons rencontré lorsque nous avons terminé la construction et que nous avons commencé à l’équiper. L’importation des équipements ne s’est pas déroulée sans encombre, loin s’en faut. Une fois que tout était en place, nous avons rencontré un problème à l’ouverture de la clinique. Les responsables de la direction de l’urbanisme ont mis leur grain de sel dans l’affaire en nous signifiant que les plans n’étaient pas conformes. Ils ont remis en cause les compétences de l’architecte du ministère de la Santé, qui est spécialisé en la matière. Les tergiversations de la DUCH ont fait que l’ouverture a été retardée de 8 mois alors que tout était en place. En fin de compte, c’est le wali de Chlef qui est intervenu pour débloquer la situation et c’est lui-même qui a procédé à son inauguration. Malgré cela, les élus de la commune de Chlef ont tenté de bloquer la signature de l’attestation de conformité. Autre problème, lorsque nous avons bétonné l’accès à la clinique, l’ex-maire de Chlef a envoyé la police qui nous a signifié que nous avons agressé le domaine public. Je me suis retrouvé devant le juge pour «construction illicite». Quand on a remis au juge le permis de construire, il était tout étonné de voir qu’il a été délivré et signé par notre accusateur. J’ai eu énormément de problèmes. Aujourd’hui que la clinique fonctionne, c’est tout le monde qui accourt pour bénéficier de ses services et en particulier les gens à l’origine du blocage de son ouverture. Tous ces retards n’ont pas été sans conséquence : un endettement plus important de la clinique et un manque à gagner pour les malades.

Existe-t-il des conventions entre votre clinique et les caisses d’assurances ?

Il n’y a pas de convention avec la CNAS et la CASNOS en matière de chirurgie urologique. Il y a seulement des conventions pour la chirurgie cardiovasculaire et l’hémodialyse. C’est le malade qui paie. Il y a un semblant de codification qui n’a pas changé depuis les années 1970, ce qui veut dire que les remboursements sont ridicules.

Rencontrez-vous des difficultés et de quelle nature ?

Nous ne pouvons, après quelques mois d’existence, avoir un retour sur investissement. Il faut dire aussi que la récence de notre structure fait que nous ne sommes pas très bien connus malgré la qualité et le haut niveau des prestations que nous fournissons. Mais c’est avec le sérieux et avec la qualité du travail que nous effectuons ici que nous pouvons attirer les patients. Il faut dire aussi que nous ne sommes pas les seuls à Chlef, nous sommes les derniers à nous installer.

Entretien réalisé par Ali Laïb