Oubliée par les autorités, négligée par ses propres enfants: Oued Goussine, quelque part sur la côte

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Nombreux sont ceux qui empruntent -ou ont emprunté- la route nationale 11. Cet axe routier, qui longe la mer Méditerranée depuis Alger vers l’ouest du pays, est peut être l’une des voies les plus parcourues en Algérie avant la construction de l’autoroute est ouest. Offrant des sites marins uniques et des plages aux eaux limpides, Oued Goussine ne bénéficie cependant pas de la manne touristique. Explications.

Entre les deux villes côtières de Ténès et Béni Haoua, qui ne sont plus à présenter, se trouve Oued Goussine. Une commune côtière -et touristique en principe- qui demeure, malheureusement, marginalisée et délaissée par les autorités locales et de wilaya. En effet, Oued Goussine aurait pu être une destination privilégiée pour les estivants si elle avait bénéficié d’aménagements et d’équipements aptes à recevoir des touristes de plus en plus exigeants. Et ceux qui optent pour cette destination ne trouvent pas les commodités dont ils ont nécessairement besoin pour un agréable séjour sur le littoral.

Commençons par le commencement. Tout d’abord, il y a un manque flagrant de structures d’accueil. Cette carence dissuade les estivants à venir y passer leurs vacances, ce qui n’est pas sans conséquences sur l’économie locale. L’occasion de créer  des centaines de postes d’emplois pour la population locale et de booster le petit commerce local est ainsi gâchée. Comme nous l’avons cité plus haut, ceux qui ont déjà emprunté  ce tronçon se rappelleraient de cette petite ville. Elle se trouve exactement à une quinzaine de kilomètres à l’ouest du chef-lieu de la daïra de Béni Haoua dont elle est rattachée administrativement et à une trentaine de kilomètres à l’est de Ténès. Oued Goussine centre est traversé par la RN 11. La commune d’Oued Goussine est issue du découpage de 1984, elle est limité par Ténès de l’ouest, Béni-Haoua de l’est, Zeboudja du sud et la mer Méditerranée au nord. Le nombre d’habitants avoisine les 10 000 âmes éparpillés sur les six douars qui la composent qui sont Boucheghal, Hamoyen, Leghmouna, Khelloufa, Oued Sidi Ali, Elkhezna, Lassanine et Oued Goussine-centre

Un sous-développement chronique

Cette commune abrite 6 écoles primaires, un collège d’enseignement moyen, 6 salles de soins dont quatre assurent un service minimum alors que deux autres sont fermées. Celle de Khelloufa est en cours de réalisation. Le réseau routier de la commune avoisine les 100 km dont une grande partie se trouve dans un état déplorable. La seule piste goudronnée dans la commune est celle reliant l’agglomération de Khettar à celle de Sidi Youb, sur une distance de 3 km. L’axe le très important  des routes communaux est celui  qui relie la commune de Zeboudja  à la RN 11en passant par El Khezna et Leghmouna.Cet axe a bénéficié d’une opération de réhabilitation et d’aménagement partiels, mais la qualité des travaux déjà réalisés laissent à désirer, au grand dam des usagers.

Les structures et équipements culturels et sportif quant à eux font cruellement défaut. A l’instar d’ailleurs des autres communes de la région dans la mesure où il est accordé peu d’importance aux activités culturelles et sportives et ce, malgré le rôle incontournable qu’elles peuvent jouer dans l’éducation des jeunes et moins jeunes exposés aux différents fléaux sociaux comme la consommation de la drogue et la délinquance sous toutes ses formes.

La commune dispose uniquement de deux structures sportives, le stade communal qui ne répond pas aux normes exigées pour, notamment, recevoir les équipes dans le cadre des compétitions officielles, et la salle omnisports implantée au lieudit Dounia dont les travaux  sont  terminés pendant que son aménagement et ses équipements attendent toujours d’être réceptionnée. Les jeunes sportifs de la commune attendent avec impatience son ouverture pour pratiquer leurs disciplines préférées. Les jeunes que nous avons rencontrés débordent d’énergie et d’enthousiasme mais ne trouvent pas où dégager cette énergie, faute de structures sportives. Le club sportif amateur qui avait périclité vient de renaitre sous une nouvelle appellation grâce à ces jeunes qui n’ont pas lésiné sur les efforts et les moyens pour le recréer. Ce club amateur s’appelle de “Moustakbel Oued Goussine” (MOG).

Il faut rappeler qu’il a existé il y a des dizaines d’années de cela un club sportif qui s’appelait club “Souahlia” qui a disparu, faute de soutien. Le MOG vient le remplacer. D’après le président de ce club, le jeune Mohamed Anedjma, le nombre d’adhérents a atteint 120 sportifs avec 8 encadreurs de différentes catégories dans les différentes disciplines comme le football, le cross country et la pétanque.

La précarité à tous les niveaux

Sur le plan du développement local, la commune n’est pas mieux lotie que le reste de ses voisines. Bien qu’elle dispose d’un magnifique littoral, et malgré ses potentialités touristiques, Oued Goussine figure parmi les commune pauvres et déshéritées de la wilaya de Chlef. Vu ses atouts, elle aurait pu connaître un meilleur sort si on avait encouragé l’investissement dans le secteur du tourisme. La plupart des villages et douars de cette commune, pour ne pas dire tous, sont très faiblement urbanisés, ce sont des centres ruraux, qui diffèrent très peu du chef-lieu de la commune.

Ces villages sont dépourvus de toutes les commodités pouvant offrir à leurs occupants une vie décente, les routes et les chemins communaux sont dégradés, les écoles et les salles de soins sont dans un piteux état, il existe une multitude d’habitations précaires.

En tous cas, ce ne sont pas les doléances et les revendications qui manquent. Lors de notre déplacement au niveau de cette commune, les habitants que nous avons rencontrés nous ont fait part d’un grand nombre de lacunes. Parmi les problèmes que rencontre la population au, le manque d’eau potable. Même le chef-lieu de la commune est touché par ce problème. Cela sans parler des souffrances qu’éprouvent les habitants des différents hameaux éloignés. Ceux qui ont la chance d’être raccordés au réseau d’eau potable ne boivent pas ce liquide à cause du degré élevé de sel et de calcaire qu’elle contient, nous expliquent les citoyens. Ainsi, pour s’approvisionner en eau potable, ils sont contraints de recourir au servir des colporteurs d’eau dans des citernes tractables dont le prix varie entre 800 à 1200 DA. Sinon, il leur faut payer le jerrycan de 20 litres à 30 DA. Aussi, appellent-ils les autorités concernées à prendre en considération leurs doléances surtout lorsqu’on sait que la saison estivale approche à grand pas. C’est durant l’été que les besoins en eau potable s’accentue.

Nous avons appris auprès du maire d’Oued Goussine, M. Abdelkader Hassani, que la commune approvisionne en eau, avec des citernes, chaque douar un jour sur trois, en attendant qu’elle soit approvisionnée à partir de la mini-station de dessalement d’eau de mer de Béni Haoua. L’autre problème qui  préoccupe la population est celui du logement toutes formules confondues. La population considère que le nombre des logements dont a bénéficié leur commune est très insuffisant vu le nombre considérable des postulants qui va de 2 000 à 3 000 demandes alors qu’il y a une centaine d’unités qui est proposée. Vu le caractère rural de la commune, la population réclame plus de quotas dans la formule “habitat rural”. D’autant que  pour les autres formules, se pose le problème du manque d’assiettes de terrain pour leur construction. Nos interlocuteurs évoquent le cas d’une soixantaine de logements sociaux dont les travaux ont commencé il y a plus de 5 ans… qui sont à ce jour inachevées. Et quand bien même ces logements seront finis, il serait difficile pour les responsables de les distribuer vu le nombre importants des postulants. C’est pourquoi la population demande au wali de Chlef d’instruire les autorités concernées d’achever ce programme et de distribuer les logements dans les plus brefs délais et, dans le même temps, inscrire d’autres quotas supplémentaires pour satisfaire un maximum de demandes.

Insécurité, vols et agressions

Un autre problème inquiète la population : l’insécurité  qui règne depuis plus années et s’aggrave d’un jour à l’autre. L’absence d’un dispositif de sécurité a engendré la prolifération des fléaux sociaux et le développement de la délinquance qui fait des ravages au milieu de la catégorie juvénile. Ainsi, plusieurs cas de vols de biens d’autrui et des agressions sur des personnes ont été enregistrés ces dernier temps. La vente et la consommation des stupéfiants également ne cessent de gagner du terrain au niveau de la commune. Cela n’est pas sans conséquences sur l’image de région touristique que veut se donner la commune. Les habitants ont remarqué que les touristes ne s’aventurent pas à venir y passer leurs vacances en s’exposant aux différents dangers qui les guettent en l’absence de sécurité. Plusieurs campeurs ont eu la mauvaise surprise de voir leur lieu de résidences visités et volés. Dernièrement, un meurtre et un vol de véhicules ont été enregistrés.

Par ailleurs, les pêcheurs de la commune se plaignent du manque d’un port de pêche dans leur commune pour exercer leur métier dans les meilleures conditions. Les pêcheurs ne trouvent pas où abriter leurs embarcations. Les souffrances des lycéens de la commune ne sont pas en reste. En effet, des centaines d’élèves issus des différents douars de la commune poursuivent leurs études au niveau du lycée El Meki Abdelkader de Béni Haoua en demi-pension. Ils vont le matin et reviennent le soir dans le seul bus de la commune. Ce déplacement leur fait perdre énormément de temps surtout à ceux qui habitent dans les hameaux éloignés. Ils sortent de chez eux à l’aube pour ne rentrer qu’au crépuscule. Ces souffrances devraient interpeller la conscience des responsables concernés qui devraient penser à ouvrir un lycée au niveau de la commune, proposent nos interlocuteurs.

Hassane Boukhalfa

 

Abdelkader Hassani, président de l’APC d’Oued Goussine :

” Nos élèves ont besoin d’un lycée”

Le Chélif : Voulez-vous vous présenter aux lecteurs?

Abdelkader Hassani : Je suis né le 29 septembre 1980 à Oued Goussine, marié et père de trois enfants. J’étais enseignant des sciences physique. C’est la première fois que me présente pour les élections. Je suis élu de la liste UFDS qui a remporté 6 sièges sur 13.

La population se plaint du problème du logement au niveau de votre commune et elle veut savoir quel est le sort des 60 logements implantés au niveau du lieudit Doumia dont les travaux semble s’éterniser…

Vous parlez de logements sociaux. Nous avons 10 unités destinées au relogement des familles vivant dans des habitations précaires, nous avons aussi 60 logements finis. L’aménagement extérieur est en cours, ils attendent d’être distribués. Il y a 40 autres logements dont les travaux n’ont pas encore commencé. Il faut savoir que la décision de la distribution revient au chef de la daïra et je ne suis qu’un membre dans la commission d’étude des dossiers. Nous  sommes en contact avec l’Office de promotion de gestion immobilière (OPGI) pour  lancer les traveaux des 40 logements restants.

Qu’avez-vous à dire à la population de votre commune qui souffre du manque d’eau et quels sont les solutions pour résoudre ce problème ?

Le problème de l’eau dans la commune d’Oued Goussine ne date pas d’hier. Comme vous le savez, nous avons un seul forage à Boucheghal qui alimente toute la commune. Cette eau n’est pas potable à cause du taux élevé des sels et du calcaire qu’elle contient, elle est utilisée à d’autres effets. Les habitants achètent l’eau potable chez les colporteurs d’eau. Nous avons énormément de problème pour satisfaire l’ensemble de la population. Au niveau du chef-lieu? nous assurons 50 pour cent de ces besoins. A notre arrivée à la tête de la commune, nous avons buté sur l’accumulation des problèmes comme les fuites enregistrées à cause de la vétusté des canalisations en plus de la mauvaise gestion en matière de distribution. Nous sommes en train de réparer ces fuites, une tâche qui s’avère délicate dans la mesure où ces canalisations traversent des régions montagneuses et des terrains glissants. L’opération se fait de manière régulière chaque semaine. Nous fondons d’énormes espoirs sur la future station de dessalement d’eau de mer de Doumia dont le commencement des  travaux était prévu avant l’année en cours, mais nous n’avons rien vu venir. En attendant, nous avons proposé l’alimentation de notre commune à partir de la station de Béni Haoua car les besoins de la commune sont énormes et urgents. Actuellement, nous alimentons la population en eau potable avec les citernes tractables, ce qui n’est pas suffisant notamment durant la saison estivale puisque la population double avec l’arrivée des estivants qui passent leurs vacances sur les plages de notre commune. On aurait pu satisfaire le maximum des besoins si le projet de la source de Bissa était réalisé. Avec cette source, nous aurions pu satisfaire tous les besoins du grand douar de la commune à savoir El Khezna. Hélas, le projet a tombé à l’eau en dépit de la somme colossale qui a été dépensée. Le projet a coûté 12 millions DA pour rien. Une enquête a été déclenchée pour faire la lumière sur la destination de la somme.

La population soulève le problème des mauvaise conditions de la scolarisation des enfants des écoles primaires plus précisément la surcharge des classes, que dites vous à ce propos ?

Nous avons proposé la création de nouveaux groupements scolaires pour mettre fin à ce problème. Nous sommes une courroie de transmission. Nous avons ce que nous devions faire en attendant ce que décident les autorités concernées. Le chef-lieu de la commune et Doumia où sont implantés les 60 nouveaux logements sont prioritaires vu le nombre d’habitants qui ne cesse d’augmenter.

Dans le même ordre d’idée, que dite vous à propos des structures scolaires comme le manque d’un lycée pour accueillir les élèves qui souffrent le martyre pour rejoindre celui de Béni Haoua ?

Concernant les équipements éducatifs, nous avons 6 écoles primaires, une au chef-lieu de la commune, une à Hamoyen, une à Leghmouna, une à El Khezna, une à Boucheghal, un nouveau groupement scolaire vient d’ouvrir ses portes à Khelloufa. Ce groupement est considéré comme le meilleur au niveau de la commune. La pire est celle de Leghmouna qui date des années 1980 et se trouve dans une situation déplorable en plus du manque de la cantine tout comme celle d’El Khezna. Celle de Hamoyen fonctionne avec 4 classes, ce qui plus qu’insuffisant. Comme on le sait, il faut au moins 5 classes pour une école primaires. La plupart de ces écoles nécessitent d’être rénovées. Le seul collège d’enseignement moyen au niveau de la commune connait une surcharge importante depuis l’année scolaire en cours. Notre commune ne dispose pas d’un lycée sous prétexte du manque d’assiette foncière. Nous demandons aux autorités concernées d’inscrire la construction d’un lycée, nous nous débrouillerons pour trouver l’endroit où le construire. Le déplacement des élèves nous coûte des frais supplémentaire. La meilleure solution, c’est avoir notre propre lycée. Nous négocions avec les services forestiers pour nous autoriser pour construire un lycée sur un terrain qui leur appartient. Le transport scolaire est l’un de nos priorités, nous avons pu mobiliser 6 bus privés et 3 bus de la commune pour transporter les élèves.

Les jeunes de la commune s’impatientent pour la salle omnisport de Doumia, la seule structure sportive en plus du stade communal, qui, lui aussi, n’est pas conforme aux normes. Qu’est ce qui empêche l’ouverture de cette salle ?

La direction de la Jeunesse et de la Population est au courant de ce problème. Le directeur de la jeunesse et du sport nous a assuré qu’il fait de son mieux pour que la salle ouvre ses portes dans les plus brefs délais. Cette salle a été occupée par les services de sécurité dans les années précédentes.

Que dites vous à propos des deux familles qui ont squatté cette salle ?

Pour moi, les deux familles ne sont pas un obstacle. Une fois que l’enveloppe financière pour l’ouverture et l’équipement de la salle nous est accordée, nous trouverons une solution à ces familles. L’une d’entre elle est concernée par les quotas des logements sociaux.

Que dites vous aux pêcheurs qui souhaitent avoir leur abri de pêche ?

Vu la situation  économique actuelle du pays, nous ne pouvons rien promettre mais nous ferons de notre mieux pour satisfaire les besoins de nos concitoyens. Certes, ce port aura une plus-value pour la commune mais nos moyens financiers ne nous permettent pas de promettre de réaliser un équipement de cette importance.

Propos recueillis par Hassane Boukhalfa