Des septuagénaires regrettent le temps qui passe

L’idée est ancrée chez tout le monde : «Avant, c’était mieux», disent pratiquement toutes les personnes plus ou moins âgées qui considèrent qu’il faisait bon vivre autrefois, c’est-à-dire dans les années de leur prime jeunesse. A telle enseigne que l’on oublie qu’en ces temps-là, la misère et la privation était le lot de la grande majorité des Algériens. Des septuagénaires évoquent le temps jadis, regrettant les bonnes manières en usage autrefois.

Autres temps, autres mœurs, dit-on. C’est une évidence car l’expression fait penser à une évolution dans le temps du fait qu’un événement de nos aïeux semblerait dépassé pour nous tout comme nos conduites qui seraient obsolètes pour les générations montantes. Toutefois, cela ne semblerait pas concerner les règles d’éthique régissant les comportements sociaux qui se basent sur les règles d’universalité et d’intemporalité. L’exemple qui nous a menés à revenir sur cette expression, quoique banal, fait l’objet d’une réflexion approfondie. Il s’agit tout simplement de la célébration des fêtes nuptiales de nos jours. Un observateur averti est capable de constater un tel changement qui risque de nuire ou du moins porter atteinte aux traditions. Autrefois, dit-on, le marié n’osait pas croiser son père tout au long de la période sur laquelle s’étalait la fête qui durait près d’une semaine. Justement, de nos jours, cela se fait en un seul jour, et le marié se permet de tout faire à la présence de son père, de son grand-père et d’autres personnes à qui il doit devoir un respect par pudeur. La présumée modernité a pris le meilleur sur les traditions. Le marié s’adonne à des pratiques opposées aux mœurs comme le fait de prendre des photos avec sa belle mariée en présence de son père.

Certains pourraient me prendre pour une quiche, toutefois, ces pratiques que nous jugeons banales, peuvent entraîner d’autres plus graves. Un septuagénaire raconte qu’autrefois deux cortèges nuptiaux ne devaient pas se croiser dans la route, on essayait autant qu’on pouvait d’éviter ce croisement. On prétendait que l’une des deux mariées finirait par regagner le foyer parental. Il dit aussi qu’on changeait l’itinéraire, celui emprunté à l’aller n’est pas le même au retour.

Le couvre-chef, la cigarette et le sens des responsabilités

La discussion était tellement fascinante qu’un autre homme a interféré, il semble être pris par la nostalgie. Lui qui doit avoir plus de 75 ans s’est lamenté en prenant la parole : «Nous n’osions pas rencontrer nos parents pendant 15 jours, une semaine avant les noces et une semaine après, ce n’était plus comme de nos jours où tout est permis. Le jour de la fête, le futur marié s’éclipsait des vues, il ne revenait qu’à la tombée de la nuit, il faisait de son mieux pour éviter de croiser son père. Actuellement, ils prennent des photos ensemble. Il y a d’autres pratiques de notre temps qui ne sont plus en usage aujourd’hui : la famille de la mariée essaye à tout prix de provoquer ses hôtes le jour du mariage. La mère de la mariée ou souvent sa tante maternelle s’en mêle en demandant ce qu’on appelle «Drahem el henné», l’argent du henné ; c’est une somme d’argent qui était exigée de la famille du marié, la somme variait entre 4000 DA et 5000 DA, elle est souvent négociable. La famille du marié s’oppose, et généralement, ça se termine en queue de poisson. Les deux parties entrent en altercation, et si ce n’est l’intervention des sages, on risquait de ne pas s’en sortir. Cela signifiait que pour se marier, il faut être à la hauteur de la responsabilité. Pour qu’un père accorde la main de sa fille, il faut que son beau-fils soit un vrai homme.

De nos jours, on assiste à de multiples cortèges en même temps à tel point qu’on n’arrive pas à distinguer les choses. Il arrive souvent qu’un automobiliste faisant partie d’un cortège se trompe pour se retrouver dans un autre.

Hors du contexte des fêtes nuptiales, beaucoup de choses ont changé et beaucoup de nouvelles pratiques ont fait leur apparition. Autrefois, on ne pouvait pas s’habiller n’importe comment, reprend le premier vieillard à qui nous nous sommes adressés, on ne pouvait pas fumer devant une personne plus âgée que soit ou enlever son turban devant elle. Il n’y a pas très longtemps, nous dit Abdelkader Bensalah, un notable s’est rendu chez le coiffeur du village, il voulait se coiffer mais il a rebroussé chemin dès qu’il a appris que son fils était chez le coiffeur et qu’il était tête nue. «Où sont passées les traditions, se lamentent les interlocuteurs, nous allons les regretter ?». «Nous n’accusons pas la nouvelle génération et sa façon de s’habiller ou de se coiffer, nous souhaitons juste qu’ils soient attachés de leurs valeurs», concluent-ils.

Abdelkader Ham