Par Rachid Ezziane

Saha Ramdhankoum et Ramdhan Karim. Mais c’est plutôt des vœux spirituels que je vous souhaite, pas de bien manger les meilleurs plats et boire les meilleures «charbat». Pour ce Ramdhan 2018, j’ai envie de vous parler de la quintessence spirituelle du mois sacré du jeûne qui, comme vous le savez, n’a pas été prescrit qu’aux musulmans. «Croyants ! Le jeûne vous est prescrit comme il le fut à vos devanciers, afin que vous vous prémunissiez». (Coran. Sourate Al-Bakara, verset 183).

Je me suis toujours posé la question du pourquoi de l’engouement envers «l’alimentaire» que le spirituel. Et pourtant, les fidèles remplissent les mosquées au «Tarawih». Et pourtant, il faut le reconnaître, mettent leurs mains sur leurs cœurs pour des actions de bonnes œuvres. Mais la passion de la bonne chère dépassent, et de loin, celle du comportement de musulman en harmonie avec ses préceptes. J’ai vu des gens acheter, pour une famille composée de quatre personnes seulement, jusqu’à dix pains de différentes formes. Qu’est-ce qui fait qu’au mois de Ramadhan on préfère le pain rond saupoudré de «sanoudj» à la traditionnelle baguette ? Et la «charbat», vendu dans des sachets en plastique, sur l’eau et les autres boissons ? La «tchicha» sur la soupe ordinaire ou la «zlabia» sur les autres friandises ? De quel commandement tirent les ménagères l’idée de changer d’ustensiles de cuisine à l’arrivée de chaque Ramadhan ? Il n’y a pas que ça. Même les médias s’y mettent avec leur «caméra cachée» à la tronçonneuse. Souvenons-nous de ses méfaits de l’année passée. Les Algériens, à ma connaissance, regardent la télé à longueur d’année, et peut-être plus les autres mois de l’année que durant le mois du Ramadhan, alors pourquoi les chaînes de télé s’acharnent, contre vents et marées, à ne produire de nouvelles émissions ─ qui sont la majeure partie du temps bâclées ─ que pour le Ramadhan ?

Les commerçants, quant à eux, dérivent complètement et ne voient que le côté mercantile du Ramadhan. Une habitude plus que nuisible pour les poches des jeûneurs et pères de famille. J’ai  vu dernièrement sur le net des annonces au niveau des supermarchés dans quelques pays occidentaux qui proposent à l’occasion du Ramadhan une remise de 30% sur tous les produits de consommation pour la communauté musulmane. Un acte de bienséance et de solidarité inimaginable chez nous (les musulmans).

Ce qui rend la chose incompréhensible, chez nous, c’est que nous savons tous que tous ces comportements «épicuriens» n’on aucune relation avec le jeûne et le Ramadhan. Même qu’ils sont à proscrire, mais quand même on persiste, par habitude et cupidité, à en faire une règle intouchable. Certes, ces actes avec modération, peuvent être un apport économique à un certain point. A un certain point car, avec cette ardente passion «alimentaire», on risque de déstabiliser l’équilibre de l’offre et la demande et en faire un moyen de spéculation tous azimuts.

Les Oulémas ont beau prêcher que seul le jeûne spirituel est compté comme adoration et que tout le reste n’est que «bidaa» et fausse dévotion. Les Hadith du Prophète, que la prière et le Salut d’Allah soient sur lui, nous l’enseignent avec insistance : «Celui qui jeûne le mois de Ramadhan avec foi et espérance verra ses péchés pardonnés».

Et il n’y a qu’un seul remède pour atténuer cette fougue : se satisfaire de ce que Dieu nous a donné. Sans oublier de le glorifier dans le faste et la disette. Sans oublier que celui qui aide une seule personne à vivre, c’est comme s’il avait aidé tous les hommes…

Je ne vais pas clore cette chronique, et nonobstant tout ce qui se trame et se concocte dans les souks et les cuisines, dans l’avide instinct des uns et des autres,  sans pour autant souhaiter à tous les musulmans du monde et notamment mes concitoyens Algériens un meilleur Ramadhan plein de foi et que leur jeûne en soit récompensé par Allah. «Toutes les œuvres du fils d’Adam sont pour lui sauf  le jeûne. Il est pour Moi et c’est Moi qui en donne la récompense», dit Allah dans un Hadith Koudoussi. Alors, faisons en sorte de vivre ce mois sacré par la piété et la foi tout en pensant à nos frères démunis en les aidant par nos bonnes actions pour mieux supporter les aléas de leur dure réalité.

Néanmoins, à dire vrai, il y a ces dernières années comme une décantation qui commence à se sentir. Les fidèles n’accourent plus comme il y a quelques années sur tout ce qui aide à compenser la longue journée d’abstinence et les mosquées se remplissent pour la prière et les invocations. Avec plus de sensibilisation et de prise de conscience, les âmes s’apaisent et reviennent à l’essentiel. Et l’essentiel dans le jeûne est un acte d’adoration à notre Créateur en remerciement pour tous les biens qu’Il nous a procurés dans notre vie de tous les jours. Aussi, le Ramadhan peut être un moyen de communion entre les membres de la société sans distinction de sexe, d’âge ou de situation sociale.

A tous, je dis qu’Allah vous accorde toute sa Miséricorde et vous illumine, Inchallah, de la lumière de «Laïlate El-Kadr»…

R.E.