Mme Fatima Bekara, directrice de la Culture de la wilaya de Chlef :

«Redémarrer les salles de cinéma est pour moi un rêve qui doit se réaliser»

Depuis plusieurs années, les autorités tentent du mieux qu’elles le peuvent, d’assurer une animation culturelle aussi bien dans les centres urbains que dans les petites localités, au profit de toutes les catégories sociales. Si, dans certaines wilayas, cette animation est soutenue, dans d’autres, elle se pratique par à-coups, en fonction des circonstances, politiques notamment, ou pour combler, sans conviction, un programme imposé par la tutelle.

Depuis la nomination de Mme Fatima Bekara à la tête de la direction de la Culture à Chlef, les choses semblent changer. Quand bien même serait-elle plus «visible» durant la saison estivale, l’animation culturelle est une action permanente. Ecoutons ce que dit à ce propos Mme Bekara.

 

Le Chélif : Madame la directrice, pouvez-vous nous parler du programme d’animation pour cette saison estivale qui vient de commencer ?

Fatima Bekara : Après plusieurs réunions avec M. le wali de Chlef, et en application des recommandations du ministère de l’Intérieur et des collectivités locales qui insiste à ce que la saison estivale doit être préparée et prise en charge sérieusement, surtout au niveau des villes côtières où les familles et tous les citoyens et citoyennes convergent vers les plages pour profiter des bienfaits de la mer, du soleil et de l’environnement ainsi que de l’animation qui y règne. D’où le nouveau slogan : «Sayf esna, sayf elhna», et c’est que nous souhaitons. Nous avons procédé à l’ouverture de la saison estivale le 28 juin dernier à Ténès, en présence du wali de Chlef et des représentants de la direction du tourisme, de la Jeunesse et des Sports, de la gendarmerie nationale, de la protection civile et tous les services concernés de près où de loin pour la réussite de cette saison estivale ainsi que de nombreuses associations.

Quelles sont les missions dévolues dans ce cadre à votre direction ?

Pour ce qui est de la direction de la Culture, et comme tout le monde le sait, nous allons pratiquer la politique de nos moyens vu la situation financière difficile que traverse le pays. Suivant les recommandations du ministère de la Culture, il a été décidé que l’on accorde la priorité aux groupes musicaux et chanteurs nationaux. Nous avons à cet effet programmé des soirées au théâtre de plein air de la Marina de Ténès avec les associations culturelles locales. Je tiens à remercier l’APC de Ténès qui a pris en charge les travaux de réhabilitation de l’éclairage, la peinture et qui assurera le service d’ordre. A cause du faible niveau de financement des activités culturelles, nous avons opté pour l’artiste local pour les raisons citées, car une prise en charge d’un artiste étranger avec son orchestre est coûteuse dans tous les domaines : le cachet, la restauration, le transport, l’hébergement et tout ce qui s’en suit. Plusieurs soirées sont programmées qui ont débuté la veille du 5 juillet et qui dureront jusqu’à la fin du mois d’août. La dernière soirée est programmée le 18 août prochain. Toutes les soirées sont programmées en fin de semaine en ce qui concerne la ville de Ténès. Nous avons aussi programmé des soirées avec des associations culturelles dans les centres de colonies de vacances de Béni Houa, Sidi Abdelrahmane et Oued Goussine. Il y aura une nouveauté cette année, nous allons recevoir d’Alger pour cinq jours le cinéma des plages qui va se produire sur la plage de Ténès du 14 au 18 août 2018. Ce ciné-plage prévoit la projection des courts et longs métrages ainsi que des classiques du cinéma algérien, il propose aussi des productions récentes pour raviver notre patrimoine culturel très riche avec ses artistes, ses penseurs, ses écrivains qui ont connus la célébrité et une reconnaissance mondiale dans leur domaine méritent d’être pris en considération.

En plus des soirées musicales, avez-vous pensé à d’autres activités ?

Il y aura aussi la bibliothèque ambulante, le bibliobus qui sillonnera les plages durant toute la saison estivale. Ce bibliobus est aussi programmé pour les communes éloignées à l’image de Beni Bouatab, Mossadek, Ouled Ben Abdelkader, etc. Nous avons prévu des sorties sur les places publiques pour animer des ateliers de dessin et de lecture pour enfants. Nous avons pensé à un concours où le gagnant recevra comme prix un livre comme récompense. Mardi dernier, le bibliobus a fait une halte  au niveau de la commune de Marsa et la localité d’El Guelta, le lendemain, il s’est arrêté à Ténès… Plusieurs communes suivront. Enfin, nous organisons deux festivals qui se tiendront à Tenes et qui seront pris en charge financièrement par le ministère de la Culture : les journées de la musique andalouse, avec l’association «El Othmania» du 2 au 4 août, et la cinquième édition des journées nationales de la chanson andalouse qui sera animée par l’association «Awtar Tenes» le 8 et 9 août.

Pouvez-vous nous parler du programme de réhabilitation des salles de cinéma au niveau de la wilaya ?

Le ministre de la culture à insisté sur la récupération de toutes les salles de cinéma qui sont à l’abandon afin de les réhabiliter et inciter le citoyen à se diriger vers les salles de cinéma afin de les connaître car, il faut bien l’avouer, le cinéma reste la grande inconnue pour le jeune algérien en général. Il faut trouver des mécanismes pour le rapprocher à aimer cet art qui a disparu de nos villes et villages où les affiches de film ont toutes disparues des lieux autrefois très fréquentés. Au niveau national, nous avons 12 wilayas qui possèdent des salles de cinéma et qui activent. Pour ce qui est de Chlef, la ville compte une seule salle de cinéma «El Djamal» qui est gérée par l’APC de Chlef. Il est impératif que cette dernière se désiste d’elle au profit du ministère de la Culture qui saura la réhabiliter et la destiner à sa juste vocation avec un matériel adéquat qui existe au niveau du ministère, tel que l’écran qu’en appelle le DCP en HD qui sont à notre disposition et qui n’attendent que l’aval des services de l’APC pour faire redémarrer le cinéma à Chlef. Idem pour toutes salles de cinéma de la wilaya qui sont fermées ou en manque de réaménagements. Nous pouvons les prendre en charge et les rénover après désistement bien sûr ! Je cite à ce sujet l’exemple de Ténès où l’APC s’est désisté pour son unique salle de cinéma au profit de la direction de la Culture. Les travaux sont  90% achevés, elle sera opérationnelle à la fin de cette année. La semaine prochaine, l’avis d’appel d’offre sera publié sur les journaux pour l’acquisition et la pose de l’écran. La pose des sièges est en cours, la correction des gradins va démarrer incessamment. Une fois les travaux terminés, ce cinéma sera actif suivant les paramètres du cinéma moderne en HD.

Qu’en sera-t-il dans les autres communes ?

A Chlef, nous allons profiter de la venue de ce ciné-bus pour nous réunir avec les responsables de l’AARC (Agence Algérienne pour le Rayonnement Culturel) pour discuter sur un projet de cinéma. Je verrai avec le président de l’APC pour que la direction de la Culture ramène des ciné-films que l’APC va diffuser. Il y aura à régler la question de la billetterie certes, mais l’essentiel est de créer une activité de cinéma, redémarrer cette activité et en faire une tradition. Et si l’APC veut se désister de la salle de cinéma à notre profit, c’est encore mieux pour l’intérêt de la culture en général. La salle de cinéma «El Djamal» est adéquate, elle est située au cœur de la ville et donc facile d’accès pour le public. Je la trouve parfaite et je tiens à cœur à ce projet. Il existe une autre salle de cinéma à «El Karimia», elle conserve toujours des 35 mm en bon état, j’ai convenu avec le président de l’APC de la remettre et j’attends sa réponse. Pour toutes ces salles de cinéma qui existent à Chlef, les redémarrer est pour moi un rêve qui doit se réaliser inchallah.

Parlez-nous de la politique d’encouragement à la création littéraire, artistique, musicale et théâtrale. Quel est votre rôle dans ce domaine ?

En ce qui concerne les nouveaux où les jeunes écrivains, la bibliothèque principale joue un rôle très important. Depuis que je suis à Chlef, j’ai rencontré pas mal de littéraires qui ont écrit des livres. Nous avons participé à la promotion de leurs œuvres à travers des ventes-dédicaces afin de les encourager, nous avons organisé pour eux des rencontres avec des citoyens au club littéraire. La direction de la Culture ne peut pas prendre l’initiative d’imprimer les livres, parce que chaque livre doit passer par une commission au niveau du ministère. Je vous donne un exemple : un écrivain vient nous proposer de lui imprimer son livre, pour ma part je l’oriente avec un écrit à la direction du livre au niveau du ministère qui dispose d’un fonds pour l’impression. Après le quitus de la commission, le livre est imprimé après discussion sur certaines modalités (contrat, ventes, bénéfices, etc.) La direction de la culture n’a pas le droit d’imprimer, on est tenu par des obligations. Même pour l’achat des livres et publications, nous devons envoyer une liste au ministère pour avoir un quitus pour engager l’achat pour un marché ou une consultation pour la suite de l’opération.

La direction de la Culture dispose-t-elle d’un budget pour aider les créateurs et autres hommes de culture ?

Malheureusement non, nous n’avons que le budget de fonctionnement, c’est le ministère qui chapeaute ses subventions.

Une dernière question Mme, à qui profitent les subventions ?

Pour les associations culturelles, nous avons deux types de subventions. Il y a d’abord la subvention de la wilaya. D’après les documents en ma possession, cela fait deux ans qu’elles n’en ont pas bénéficié. Ensuite, il y a la subvention du ministère. Chaque année, à sa demande, sept à huit associations qui activent vraiment profitent d’un budget de fonctionnement d’un montant compris entre 150 000 DA et 300 000 DA à condition qu’elles n’en aient pas bénéficié auparavant. Il y a aussi une autre forme de subventions du ministère, ce sont les fonds du livre, du cinéma, de la diffusion des activités littéraires et culturelles. Il y à des associations qui bénéficient de subventions d’un montant compris entre 800 000 DA et 3, 99 millions DA, suivant le projet proposé après un contrat, suivi d’un bilan d’activités. La politique du ministère de la Culture, c’est l’investissement qui rapproche et qui rapporte sur des thèmes bien connus.

Un dernier mot Mme.

Je remercie le journal Le Chélif pour le grand travail entrepris dans tous les domaines pour le développement de la région et pour son professionnalisme. C’est un grand acquis et une fierté pour la wilaya de Chlef d’avoir un hebdomadaire tant suivi et respecté par les autorités et toute la population.

Propos recueillis par Hocine Boughari