Par Rachid Ezziane

Quelques années après la Révélation, deux hommes issus de tribus arabes se déclarèrent prophètes et prétendirent qu’eux aussi ont reçu des révélations et commencèrent à appeler les gens à adhérer à leur nouvelle religion. Certainement, cette initiative n’a été fomentée que pour perturber la vraie révélation apportée par le Prophète Mohamed (qlssl).

Le premier faux prophète s’appelait Assouad el-Aanzi, et habitait dans les tribus du Yémen, du côté de Sanaa. Le deuxième, lui, s’appelait Moussaïlama le menteur, et était issu d’une tribu de la région d’El-Yamama. Chacun, dans sa contrée, essaya à faire revenir les convertis à l’Islam par la persuasion et le mensonge, et même qu’ils utilisaient la force pour les contraindre à quitter la vraie religion. L’un des deux fous, en l’occurrence Moussaïlama, eut même l’outrecuidance d’envoyer un message au Prophète (qlssl). Dans ce message, il était écrit : «De Moussaïlama, messager de Dieu, à Mohamed, Messager d’Allah. Paix sur vous. J’ai été associé dans «l’affaire» avec vous. Et nous avons la moitié de la terre et à Koraïche l’autre moitié…»

Comme s’il s’agissait de partage de terres, de biens et d’affaire à saisir, mais non pas de préceptes religieux. Ce qui fait confirmer la démence chez Moussaïlama le menteur. Mais nonobstant la folie de l’homme, le Prophète lui répondit par l’intermédiaire de son messager pour nous confirmer que ce que croient ces deux menteurs n’est qu’une démence pour s’enrichir des biens de la vie d’ici-bas. Il lui écrivit ce qui suit : «Au nom de Dieu le Clément et le Miséricordieux. De Mohamed, Messager d’Allah, à Moussaïlama le menteur. Paix sur celui qui suit le droit chemin. Et après… La terre est à Dieu et la fera hériter à qui Il veut…»

Mais cette lettre du Prophète (qlssl) fit rentrer l’homme dans tous ses états. Alors, en voyant Moussaïlama refuser de s’abstenir au mensonge, le Prophète (qlssl) décida de lui envoyer un messager. Le Prophète (qlssl) choisit Habib Ibn Zaïd pour porter le message verbal à Moussaïlama. Quelques jours après, arriva Habib chez le faux prophète et lui remit le message. Mais ce denier, enfreignant tous les usages de bienséance envers les messagers –comme il était de coutume chez les arabes─ ordonna l’emprisonnement de Habib. Même l’emprisonnement ne suffit pas à étancher la haine de Maïssara, alors il se mit à torturer le pauvre messager du Prophète (qlssl). Mais en voyant la résistance de Habib Ibn Zaïd, Maïssara voulut faire croire aux siens et à ses adeptes comment qu’il allait, par la force de son miracle, faire convertir Habib dans sa religion. Il fit appel à tous les habitants de sa tribu et commença à poser des questions à Habib. «Attestes-tu devant tous que Mohamed est le Messager de Dieu ?», lui dit Moussaïlama. «Oui, je témoigne que Mohamed est le Messager de Dieu», répondit Habib. «Et attestes-tu que je suis aussi Messager de Dieu», reprit Moussaïlama. «Je n’entends rien», dit Habib. Une grande colère s’empara de Maïssara qui appela sur le champ son bourreau et lui ordonna de découper le corps de Habib en morceaux. Jusqu’à son dernier souffle, Habib n’avait pas arrêté de crier : «Il n’y a de Dieu qu’Allah et Mohamed est son Messager».

La question qu’on peut se poser : pourquoi Habib n’avait-il pas feint de se convertir, mais une fois libéré, il aurait pu revenir chez le Prophète et redevenir musulman ? Mais tout simplement pour ne pas donner ne serait-ce qu’un faible espoir pour Moussaïlama et d’un autre côté pour donner l’exemple du bon et fidèle musulman. Habib avait préféré mourir en martyr que de donner une image de musulman faible qui a peur de mourir.

La nouvelle arriva jusqu’au Prophète (qlssl) qui prédit la mort de Moussaïlama le menteur. Et c’est de la mère de Habib Ibn Zaïd que viendra la vengeance. Car dès qu’elle sut que Moussaïlama avait tué son fils de la pire des morts, elle jura qu’elle ne saura connaître de paix qu’une fois son fils vengé.

Les années passèrent. Et après la mort du Prophète (qlssl), Abou Bakr devint khalifa. Alors, Moussaïlama ayant cru que les musulmans ont faibli après le départ du Messager de Dieu et constitua une grande armée pour les exterminer une fois pour toute. Mais c’était sans compter sur la foi des fidèles qui n’avaient, d’ailleurs, qu’un seul but : mourir en martyrs pour la cause de Dieu. Quand Abou Bakr eut vent de cette expédition, il constitua lui aussi une armée pour aller contrer Moussaïlama et son armée là-bas dans leur fief à El-Yamama. Noussaïba, la mère de Habib Ibn Zaïd, reçut l’aval d’Abou Bakr pour partir avec l’armée musulmane. Une fois arrivée sur le champ de bataille, Noussaïba ne s’attarda guère à combattre aux côté des fidèles. Dans sa main droite une épée, et dans l’autre une lance, avec un seul objectif, tuer Moussaïlama. La bataille prit de l’ampleur et les morts des deux côtés se comptaient par dizaines. Dans cette fournaise de sang et de sueur, Noussaïba avançait en criant : «Où es-tu ô ennemi de Dieu ?…»

Et Noussaïba tua Moussaïlama le fou menteur qui voulait être prophète pour partager la terre avec Koraïche. Malgré ses innombrables blessures, Noussaïba eut le cœur plus léger car elle avait réalisé ce à quoi elle était venue. Son fils Habib pouvait désormais dormir du sommeil du martyr et d’où il était, il pouvait être fier de sa mère qui avait débarrassé l’Islam d’un importent obstacle pour la propagation de la vraie religion de Dieu.

R.E.